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Blues de l’hippocampe

16/04/2013

hippocampes_poésie et sculpture

À gauche, Hippocampus barbouri; À droite, Hippocampe dans la mer de Gérard Collas

Le no 136 février 2013 de la revue Moebius : écritures / littérature
Ouvrir le XXIe siècle : anthologie de 80 poètes québécois et français
comprend un poème de Jean Royer,  intitulé  Blues de l’hippocampe
Lire aussi « Jean Royer : le passeur de littérature » de F. Bordeleau

 

Blues de l’hippocampe*

Je suis votre fiction, votre image océane
L’hippocampe en rut depuis quatre cent mille siècles
Debout, d’une seule nageoire, j’avance depuis l’éocène
Auguste figure du poète, éloge de la lenteur

Cheval des mers, j’habite une éternité de nuit(s)
Je défie toute grammaire, déroute l’onde des mots
J’appréhende l’étrange langage des herbes et des pierres
Poète caméléon, mémoire des profondeurs

Entre l’algue et l’oiseau, j’étais votre premier séjour
Sous mon ventre de mâle amour les constellations de vos désirs
L’énigme du silence, musiques d’origine

Aujourd’hui vos pêches barbares déchirent l’horizon
Nous voici de même poussière, fossiles d’ardoise et de boue
La terre aurait besoin de son eau, quelle était votre soif ?

Copyright © Jean Royer Juin 2006

 

* « L’hippocampe, mammifère premier et singulier, est un modeste pèlerin des âges. Comme nous, sœurs et frères humains, il est une espèce en voie de disparition. Chaque année en effet des millions d’individus sont pêchés, séchés et utilisés en herbologie traditionnelle chinoise comme aphrodisiaque. Faut-il tuer des chevaux d’écume pour faire tourner le carrousel de nos rêves ?

Nous aussi, sœurs et frères humains, nous évoluons vers les poussières, vers le monde asséché des déserts et la pharmacopée des eaux perdues. Il n’y aurait plus de matin et nous ne serions que poussières de lumière, fossiles inconnus de la fin de l’histoire. La terre aurait besoin de son eau, quelle était notre soif?

Après les dix mille années de l’ère holocène et de son climat stable, voici qu’en tant qu’humains industriels et vulnérables par notre faute, capables de modifier notre environnement, nous nous sommes enfoncés dans l’ère anthropocène : combien de temps encore pourrons-nous vivre des ressources de la Terre et résister au réchauffement climatique?

L’hippocampe, auguste figure du poète moderne, nous avait pourtant appris l’éloge de la lenteur.
L’amour pourra-t-il toujours naître d’une goutte de sel bleu? »

© Jean Royer – Extrait d’un texte inédit magnifique L’hippocampe dans ses eaux de mémoire

 

Pour en savoir plus sur les périodes géologiques et sur ce cheval de mer, demi-frère de Pégase
(comme dirait le poète et écrivain Jean Royer)

TESCHE Sigurd (2010). « L’Hippocampe un poisson unique en son genre  » Film de 43 min

a. Fiche d’identification  b.Planète Hippocampe et c.Blogue Hippo and Co
a. La lenteur de l’hippocampe, dont fait référence le poème est de 25 cm en 5 minutes.
b. Les plus anciens fossiles de  l’hippocampe à ce jour,  remonte à  13 millions d’années.
c. L’hippocampe mâle peut incuber jusqu’à 650 oeufs à la fois.

Projet Seahorse– advancing marine conservation dont fait partie
Sara Lourie– conservatrice au Musée Redpath et spécialiste qui s’inquiète de la survie des hippocampes car plus de 20 millions par années sont capturés pour des fins diverses.

LORIUS Claude et CARPENTIER Laurent (2011). Voyage dans l’anthropocène, Actes Sud, 200 p. et Calendrier des temps géologiques sur le site de Geosociety.org

N’oubliez pa s que le Festival littéraire international Metropolis bleu débute bientôt !

2 commentaires leave one →
  1. Jean Royer permalink
    16/04/2013 17:18

    Quel beau site vous avez fait et quel belle présentation pour l’hippocampe!
    Bravo et merci!
    Jean Royer

    • 16/04/2013 17:45

      Mais c’est à moi de vous remercier M.Royer, d’avoir accepté de partager avec nous, ce magnifique poème majestueux et onirique à l’image de cette créature.
      En espérant que vous continuerez à sensibiliser ainsi les lecteurs à l’environnement par le biais de la poésie et souhaitons-nous de traverser cette ère anthropocène dans le respect de l’humanité & de la nature.

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