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Science & Culture

02/09/2013

Dans le cadre du colloque international
Innovations technologiques et diversité culturelle (III) :
Nouvelles perspectives pour le développement durable ?  L’exemple des nanotechnologies du 4-6 sept.
Organisé par Marie-Hélène Parizeau  professeure de philosophie à l’Université Laval et  auteure de
 Biotechnologies, Nanotechnologies, Écologie : entre science et idéologie (2010), Quæ 86 p.

Auteurs invités aux débats

Débat public – La science et la technologie font-elles partie de la culture ?
Université Laval à Québec pavillon Kruger salle 2320
Jeudi 5 septembre de 12h30 à 13h30

Invités

Yves Gingras – sociologue et directeur scientifique de l’OST, auteur de
Sociologie des sciences  (2013) aux éditions PUF, 128 p. et
Éloge de l’homo techno-logicus (2005) aux  éditions Fides, 56 p.

Bernard Reber – philosophe et directeur de recherche au CNRS, auteur de
La démocratie génétiquement modifiéeSociologies éthiques de l’évaluation des technologies controversées (2011) aux éditions PUL, 302 p.

Raphaël Larrère – ingénieur agronome et directeur de recherche à l’INRA , coauteur de
Du bon usage de la nature (2009) aux éditions Flammarion, 355 p.

 

Autres opinions à ce sujet

La science est-elle culturelle ?
Restitutions de la conversation de la Maison Midi-Pyrénées du 18 mai  2005
Référenciant de nombreux  rapports et articles de Jean-Marc  Lévy  Leblond , Michel Serres, etc.
« La science fait partie de la culture  » (décembre 2012) sur le site du CSA
« Étienne  Klein : La science rend  la culture vivante  » (novembre 2010)
sur le blogue de Leïla Marchand.

5 commentaires leave one →
  1. Robert Richard permalink
    04/09/2013 19:28

    Quand j’entends le mot « culture », je sors non pas mon revolver — je n’en ai pas de toute manière — mais mes livres…

    C’est que ce mot « culture » possède une histoire. Disons, du XVIe siècle jusqu’au XVIIIe siècle, le mot culture ne s’employait qu’au singulier. L’utiliser au pluriel aurait paru une erreur. On ne parlait tout simplement pas « des cultures », mais de la culture dont pouvait faire preuve tel ou tel individu.

    À cette époque, donc, le mot culture signifiait l’arrachement qu’on avait pu favoriser entre soi et la nature ou entre soi et ce qu’on pourrait appeler les circonstances immédiates de vie (village, communauté, groupe social, etc.). Et cet arrachement, on le provoquait comment? Eh bien, par la pratique assidue des arts et des lettres (philosophie, poésie, musique, etc.). Pour devenir cultivé, on devait donc consentir un EFFORT (lectures, réflexions et ainsi de suite). La conséquence de cet effort était que la personne dite ‘cultivée’ développait un esprit critique par rapport à son environnement social et politique, ce qui, à son tour, avait pour effet que cette personne pouvait être perçue comme étant devenue étrangère à son village d’origine. Elle n’avait plus les mêmes préjugés spontanés, les même réflexes, les même instincts, etc., que les gens du milieu où cette personne avait vu le jour.

    Pour résumer, on peut dire que le mot avait, jusqu’au XVIIIe siècle, un sens ESTHÉTICO-ÉTHIQUE. La part « esthétique » réfère aux arts et lettres comme outils propres à nous cultiver; la part « éthique » réfère à l’attitude ou à la position critique qui devenait presque automatiquement celle de la personne cultivée ayant fréquenté les arts et les lettres.

    Mais le sens du mot culture va subir une modification à compter de la fin du XVIIIe siècle. en grande partie à cause des clercs (ou intellectuels) allemands dont certains avaient pris en grippe la position universaliste de la Révolution française. Ainsi le mot culture va-t-il commencer à signifier une certaine manière d’être et de faire ensemble. C’est-à-dire que le mot culture aura un sens non plus esthético-éthique, mais ANTHROPOLOGIQUE. Il désignera un ensemble de valeurs — une histoire, des coutumes, des traditions, des moeurs, une langue, etc. — que partagent des hommes et des femmes, lesquels, en raison de ce bagage qu’ils détiennent en commun, forment une collectivité ou une communauté. Les clercs allemands vont donc commencer à parler de la « culture allemande » comme étant distincte de la « culture italienne », lesquels étaient distinctes de la « culture anglaise » et ainsi de suite. Chaque culture avait donc ses traits, ses qualités, son ‘profil’ sociologique. Et on remarque d’ailleurs, qu’à ce stade, le mot « culture » est susceptible d’être employé au pluriel.

    Cette signification anthropologique du mot culture va s’imposer de plus en plus au XIXe et XXe siècles. La naissance des nationalismes au XIXe siècle fait partie de cette évolution.

    Cet historique que je viens de faire n’est qu’une esquisse. Il faudrait s’attarder sur les détails de cette longue et passionnante histoire, mais qu’on peut résumer ainsi: le mot culture avait d’abord un sens esthético-esthétique, signifiant ainsi la DIFFÉRENCE qu’un individu — eh oui, UN individu — avait réussie à introduire entre lui et la nature ou entre lui et son milieu d’origine; puis le mot culture a acquis un sens anthropologique, signifiant la ou les MÊMETÉS qu’on pouvait déceler dans un groupe d’humains (communauté, tribu, ethnie, pays, etc.). On passe donc d’une préoccupation qui est l’affaire d’individus et à une préoccupation visant à caractériser des groupes. Enfin, on peut situer le moment de bascule autour de la Révolution française. D’autres éléments ont bien sûr servi à donner au mot « culture » son nouveau contenu, tel que les voyages des explorateurs. Mais restons schématique.

    Ajoutons cette remarque: autant le mot « culture » dans son sens esthético-éthique signifiait que l’individu devait faire un EFFORT pour devenir cultiver (il lui fallait lire, réfléchir, etc.), autant ce même mot, dans son acception anthropologique, signifie que la culture peut s’acquérir et de fait s’acquière SANS AUCUN EFFORT : on ‘naît’ Italien, on ‘naît’ allemand, c’est-à-dire qu’on participe spontanément de sa culture d’origine, et cela, du simple fait de sa naissance.

    Dernière remarque: ce n’est pas que le sens anthropologique aurait remplacé l’ancien sens esthético-éthique du mot « culture ». Les deux sens subsistent côte à côté aujourd’hui. Ainsi parle-t-on d’un homme cultivé ou d’une femme cultivée pour désigner une personne qui a beaucoup lu, qui a fréquenté les arts etc. Puis, on parle de la culture italienne ou la culture hongroise (etc.) pour désigner des manières d’être et de faire ensemble caractérisant un peuple.

    • Michel Dussault permalink
      28/10/2013 16:34

      À propos du rapport entre la culture classique et le « vécu »,
      j’aimerais simplement citer un paragraphe de la biographie
      de Nietzsche par Curt Paul Janz ( t. 1, p. 329 ). L’auteur évo-
      que le désarroi d’intellectuels allemands comme Nietzsche
      à la veille du conflit franco-allemand de 1870. Cela,me semble-t-il,
      donne à réfléchir:
       » Ces hommes étaient acquis à une « culture classique ».On lisait
      et on commentait les auteurs de l’Antiquité, on étudiait la
      philosophie ancienne, on s’enthousiasmait pour les mètres
      sublimes des poètes épiques, lyriques ou tragiques; on vouait
      un culte immodéré à la « beauté classique », à ce peuple idéal
      qu’étaient, dans l’esprit de Winckelmann et de Goethe, les
      Hellènes, mais on n’avait pas d’yeux pour l’existence réelle d’un
      peuple dont la seule période vraiment heureuse fut le demi-
      siècle que dura, à Athènes, le règne de Périclès.On goûtait leurs
      tragédies, mais on oubliait que ce tragique avait également été
      une réalité quotidienne; on admirait les beaux discours de
      Thucydide, mais on ignorait ce qui avait fait de celui-ci un grand
      historien: qu’il eût entrepris de mettre en scène la tragédie de sa
      nation et, ce faisant, fût parvenu à une découverte politique de la
      plus haute importance, introduisant la distinction entre motif,
      prétexte et occasion de guerre. »
      En somme, ne pourrait-on pas dire que, tel Ulysse, la culture dite
      classique, ayant quitté la terre natale de la culture « anthropologique »,
      déployé de grands efforts d’arrachement et de confrontation avec
      l’ « étrangeté », doit savoir revenir à la terre d’origine pour raconter,
      dans la langue du pays, de fort belles histoires, dont certaines sauront
      dépasser les frontières de la tribu pour susciter une universelle
      admiration?
      M.D.

  2. 05/09/2013 00:07

    Merci beaucoup pour l’historique du mot « Culture » qui malheureusement fait moins souvent les manchettes et la une dans le sens esthético-éthique – sauf en cas de mauvaises nouvelles telles des coupures gouvernementales dans les Arts & les Lettres. Il est par ailleurs très d’actualité ces temps-ci pour son aspect anthropologique comme dans « multiculturalisme ». Et dans cette merveilleuse citation de Kundera qui suit, peut-on présumer qu’il incluait dans « livres » le savoir en général et donc les sciences également ?
    D’où la question qui sera débattue demain à Québec:
    La science et la technologie font-elles partie de la culture ?

    « La culture, c’est la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre. Les livres et les tableaux ne sont que le miroir où cette culture profonde se reflète, se concentre, se conserve. »
    Milan Kundera

  3. Robert Richard permalink
    08/09/2013 21:57

    Je ne sais pas sur quel pied danser face à cette citation de Milan Kundera, écrivain et essayiste que j’aime pourtant beaucoup. Mais cette citation me pose problème. Elle a une façon, comment dire?, ‘océanique’ de régler la question. Tout y entre, tout est bon, dans cette citation ‘bouillie’. Il y a là un curieuse absence de dialectique. Puis, il y a ceci qui est le clou: « Les livres et les tableaux ne sont que le MIROIR où cette culture profonde se REFLÈTE […] ». C’est précisément là où le débat blesse — du moins, c’est ce qu’il me semble.

    Quand le mot ‘culture’ signifiait une rupture ou un arrachement, parfois violent (!), par rapport à la nature ou aux circonstances de vie immédiate, il avait, ce mot, un sens qui était presque entièrement ACTIF. Il y avait là comme une figure ou un rapport métaphorique entre le fait de « se cultiver » et le fait de cultiver un champ en friche, un champ qu’on trouve dans un état sauvage, pour tenter d’y faire pousser des fruits et des légumes. Effectivement, au départ, le mot latin ‘cultura’, qui a donné le mot français ‘culture’, signifiait le soin apporter aux champs et au bétail.

    Mais au détour des XVIIIe et XIXe siècles, le sens anthropologique prendra lentement les dessus (par rapport au sens esthético-éthique), et cela aura un impact sur le rôle des arts et des lettres qui s’en trouveront profondément modifiés. Les arts et les lettres n’auront plus comme fonction de déclencher un arrachement par rapport à un contexte donné, mais se retrouveront rabaissés, réduit à un rôle de second plan, en ce sens qu’on leur demandera de n’être plus que le miroir PASSIF qui fournit une image fidèle de la réalité, voire, la ‘photographie’ authentique de l’identité ou de l’âme d’un peuple.

    Naguère ACTIFS, les arts et les lettres se trouveront relégués au beau rôle PASSIF de miroir ou de reflet.

    Conséquence: les arts et les lettres deviennent décorations, accessoires. Ils étaient jadis absolument commençant. Mais voilà qu’ils ressemblent de plus en plus à la chouette de minerve qui, comme on le sait, ne prend son envol qu’au crépuscule.

  4. Robert Richard permalink
    12/09/2013 10:27

    Puis, il y a la question pour savoir si la technique ou la technologie fait partie de la culture. Je pense que pour se faire une première idée face à cette question cruciale, il faut lire le très beau texte — texte essentiel — de Heidegger, intitulé: « La question de la technique », publié en 1954 dans « Essais et conférences », éditions Gallimard.

    Dans cette conférence, Heidegger dit que la technique ou la technologie est l’essence même du programme énoncé par Descartes pour qui l’homme doit devenir « comme maître et possesseur de la nature » (Discours de la méthode). On a beaucoup glosé sur le mot « comme » dans cette citation, mais passons…

    Dans sa conférence, « La question de la technique », Heidegger utilise le terme allemand « das Gestell » qu’on a traduit en français pas « arraisonnement », terme désignant le fait d’arrêter ou d’intercepter, par exemple, un bateau, comme pourrait le faire un navire des forces côtières, pour vérifier l’état, la cargaison ou l’équipage de ce bateau.

    Selon Heidegger, c’est exactement ce que fait la technologie, surtout au XXe siècle: la technologie ARRAISONNE la nature (« l’étant » dans la terminologie du philosophie), lui demandant en quelque sorte de produire ses papiers, d’avouer sa destination. Et pour finir, la technologie détourne cette nature de son périple d’origine (qui jusque-là naviguait librement vers l’Etre) pour l’asservir, la manipuler c’est-à-dire l’obliger à accomplir telle série de tâches permettant toujours plus à l’homme de devenir « comme maître et possesseur de la nature ».

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