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Michaux: mouvements

29/10/2013
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« J’étais possédé de mouvements,
tout tendu par ces formes qui m’arrivaient à toute vitesse, et rythmé.
Un rythme commandait la page, parfois plusieurs pages à la file et plus il venait de signes
(certain jour plus de cinq mille), plus vivants ils étaient. «
Mouvements de Henri Michaux (1951) – Postface

Michaux et Chouinard

La compagnie de danse Marie Chouinard présente
Henri Michaux : Mouvements suivis de Gymnopédies
Extraits sur le site Danse Danse
31 oct.,  1er et  2 novembre
Théâtre Maisonneuve à 20h

La rythmicité et la fébrilité qui se dégagent de l’extrait ci-haut du poème d’Henri Michaux, se retrouveront certainement dans le spectacle de Marie Chouinard qui sera présenté cette semaine en programme double avec Gymnopédies. Les chorégraphies de Marie Chouinard sont sans cesse des fenêtres vers d’autres horizons tels que les mathématiques (Le nombre d’or) et la mythologie (Orphée et Eurydice) ou la musique de Bach, Chopin, Stravinsky, etc. Cette fois-ci, la brillante chorégraphe, nous donnera certainement à tous envie de réécouter Erik Satie et de plonger dans l’œuvre complète d’Henri Michaux (1899-1984) – peintre et écrivain qualifié par Elisa Bruni d’audacieux, subversif et «réveillateur».

« Les drogues nous ennuient avec leur paradis. Qu’elles nous donnent plutôt un peu de savoir.
Nous ne sommes pas un siècle à paradis. »   Connaissance par les gouffres (1961)

Connu entre autres pour ses œuvres mescaliennes, qu’il aborde selon une démarche scientifique et  que résument  A.Gourio et D.Legallois de l’université de Caen dans Michaux, témoin halluciné. Son rapport aux sciences est d’ailleurs largement discuté dans les ouvrages en références dans ce billet.  Au colloque Henri Michaux est-il seul  ?, le médecin Gérard Danou explique également que la sensation physiologique pour Michaux « n’est pas l’œuvre, elle est le vivre, mais crée la condition nécessaire de l’œuvre » (réf.p.194 de Henri Michaux et le visuel : ekphrasis, mimèsis, énergie par Karl Kürtös).

Quant à son côté naturaliste, il y sera bien représenté dans la chorégraphie de Marie Chouinard. Les bestioles diverses qu’incarneront les danseurs font partie des allégories souvent utilisées par Michaux. D’après Karl Kürtös, par exemple, « L’araignée (expression des effets hallucinogènes) allégorise le contre-savoir parce qu’elle répond aux critères de cet autre savoir négatif et personnel qui se soustrait à l’organisation épistémologique institutionnelle. » p.93 Actes de colloque Zurich 2004. Des métaphores animalières sont également analysées dans deux articles de Notre animal intérieur et les théories de la créativité  (2009) aux éditions l’Harmattan. Celui de L.Brown,  décrit en plus le modèle de pli de Michaux et la remise en question de l’identité humaine et de l’impact de l’Homme sur ses semblables et les autres espèces.

 

« Les raies cornues ne tombent pas des arbres. Elles n’y grimpent pas non plus. Il reste encore dans la nature de saines séparations. On crie pour taire ce qui crie. Le montreur de girafes cache un nain. Le montreur d’ours cache un chauve. »  Face aux verrous (1954)


« Il bat de l’aile, il s’envole. Il bat de l’aile, il s’efface.

Il bat de l’aile, il réapparait. Il se pose, Et puis il n’est plus.
D’un battement il s’est effacé dans l’espace blanc »
La vie dans les plis (1949)


«
Il faut prendre garde que notre peuple entier ne s’en aille pas en mouches. »
Henri Michaux

 

Livres à la une

HALPERN Anne-Élisabeth Halpern (1998). Henri Michaux : le laboratoire du poète, 381 p.
Résumé par M.Segarra sur le site de la revue Textyles
BRUN Anne (1999). Henri Michaux ou le corps halluciné, Les empêcheurs de pensée en rond, 334 p. Résumé par Olivier Douville directeur de la revue Psychologie clinique

Henri Michaux

PARISH Nina (2007). Henri Michaux- Experimentation with Signs, éd. Rodopi, 346 p.
ROGER Jérôme (2000). Henri Michaux- Poésie pour savoir, Presses Univ.de Lyon, 352 p.
PACQUEMENT Alfred (2006). Henri Michaux, éditions Gallimard, 188 p.
MICHAUX  Henri – Oeuvres complètes– Tome III, éditions Gallimard, 2048 p.

Ainsi que  toutes les publications, informations et colloques sur Henrimichaux.org
Voir aussi références dans le billet Neurons to Nirvana

6 commentaires leave one →
  1. Robert Richard permalink
    29/10/2013 10:45

    La revue « Liberté » a fait un numéro sur René Char. Il s’agit du numéro 277 de septembre 2007. Jean-Guy Pilon, poète et fondateur de la revue « liberté » en 1959, et René Char étaient de grands amis.

    Puis, il y a une référence fugace à René Char dans le roman « Trou de mémoire » (1968) d’Hubert Aquin, le plus virtuose et peut-être le plus brûlant des romans d’Aquin, où il est question de « René Char usagé ». Le jeu de mot est sans doute un peu facile, mais montre tout de même que René Char était une présence dans l’esprit de certains écrivains dans le Québec des années 1960.

    Et comment ne pas rester songeur, nous, Québécois, devant cette phrase d’Henri Michaux cité ici: « Il faut prendre garde que notre peuple entier ne s’envole pas en mouches. »

    • 29/10/2013 18:36

      « Chacun d’eux fait valoir une modalité moderne et personnelle de l’expérience poétique : la célébration, l’exploration du « dedans », l’arrêt sur l’objet et sur le mot,
      la résistance et la révolte….  »
      MAULPOIX Jean-Michel (2013). Par quatre chemins: Francis Ponge, Henri Michaux, René Char, Saint-John Perse,
      éditions Pocket, 288p. http://www.maulpoix.net/index.html

  2. Robert Richard permalink
    29/10/2013 12:15

    Il faut peut-être préciser en quoi la phrase d’Henri Michaux peut nous laisser songeurs en tant que Québécois. Il n’en va pas d’une inquiétude au sujet d’une hémorragie sur le plan de la population québécoise ou autre malheur du genre, tel le poids démographique québécois qui diminue au sein de la fédération canadienne.

    « S’envoler en mouches » évoque plutôt un peuple qui s’américanise de plus en plus, qui parle mal sa langue, qui ne connais pas ou si peu ces « trésors nationaux » dont le compositeur Gilles Tremblay entre autres, qui se laisse entiché par des supercheries comme celle promue autour d’André Mathieu, triste et douloureux personnage s’il en est un, etc.

    « S’envoler en mouches » veut donc dire un peuple qui perd sa vigueur critique et qui rate son entrée en scène.

    Au XIXe siècle, le Canada français croyait avoir un destin dans le monde: celui de préserver l’Amérique du Nord — ce n’est pas rien! — de l’impureté des moeurs et de la pensée libérales. C’était la vocation messianique que ce peuple catholique s’était donné.

    Si ce peuple a aujourd’hui un destin, ce ne peut pas être celui-là qui a tout d’un délire. S’il a toujours un destin, c’est un destin critique, au sens d’être ou de constituer un butoir critique. Et cela, de par sa production livresque, artistique, philosophique et autres. C’est peut-être là le destin de tout peuple quel qu’il soit. Un peuple ne doit pas être — c’est un point de vue tout à fait personnel — une auge à identité, mais une déflagration. Il se peut d’ailleurs que saint Paul ait été d’accord avec cela.

  3. Michel Dussault permalink
    29/10/2013 17:09

    Oui, il faut aller vers l’ Autre, en sachant
    que, de toute manière, notre identité est
    constituée d’altérité ( nos parents, nos
    éducateurs, la langue maternelle qu’on doit
    apprendre pour pouvoir dire et SE dire… ).
    S’enfermer dans un illusoire sentiment
    d’autosuffisance serait d’ailleurs suicidaire.
    D’autre part, s’il y a toujours de l’autre en soi,
    il n’y a pas que de l’autre. Il y a un irréductible
    « même » sans lequel on ne pourrait même pas
    changer! Avoir honte de ce même, chercher à
    l’oublier, à le nier, pour s’asservir à l’autre,
    serait aussi délétère. Comment s’ouvrir à
    l’autre, sans, pour autant, s’y nier et s’y perdre ?
    La figure historique de Paul ( nom romain
    pour Saul ), « Hébreux fils d’Hébreux », citoyen
    romain, infatigable voyageur, « éducateur »
    judéo-chrétien des « païens », homme des
    frontières, des ruptures et des continuités,
    est ici sûrement suggestive, comme le signale
    monsieur Richard.Un exemple célèbre, détermi-
    nant, sans doute, dans l’histoire de l’Occident.
    M.D.

    • 29/10/2013 18:38

      Et pour ceux qui voudraient poursuivre la réflexion…
      GUILLOT Céline (2013). Inventer un peuple qui manque » : la communauté humaine chez Maurice Blanchot, Henri Michaux et René Char entre 1940 et 1950, éd. Les presses du réel, 272 p.
      http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2640
      qui tente dans cette publication
      de répondre aux questions suivantes:
      Mais alors qu’en est-il aujourd’hui de la communauté ? Est-il possible d’imaginer ce qu’elle serait, dégagée de ses grands référents ? Que resterait-il de ses anciennes définitions, de l’idée de communauté, de ses possibilités essentielles ? Peut-on continuer à croire à la possibilité d’un « nous », à une époque où les mécomptes grandioses de l’histoire avaient fait connaître ce terme sur un fond de désastre et de ruine ?

  4. Robert Richard permalink
    30/10/2013 13:02

    Pour ces questions fort passionnantes relatives à la possibilité ou impossibilité d’un NOUS, c’est Hubert Aquin qui apporte une réflexion particulièrement intéressante car inspiré par le catholicisme. Aquin était indépendantiste, dit-on, ce qui est vrai. Il a même été le « commandant » d’une cellule felquiste en 1963-1964, et a connu les malheurs (capturé, il est renvoyé dans un asile psychiatrique par la cours de justice). Tout cela a été bien décrit dans l’excellent documentaire par Jacques Godbout: « Deux épisodes dans la vie d’Hubert Aquin » (1979).

    Hubert Aquin, il faut se le rappeler, appartenait à la génération qui a VRAIMENT fait la Révolution tranquille — car, il faut bien le préciser, CE N’EST PAS, comme on le pense trop souvent, la génération des baby boomers, née autour de 1946, qui a fait cette Révolution. Après tout, les boomers n’ont que 14 ou 15 ans quand Jean Lesage est élu Premier Ministre, le 5 juin 1960. Les boomers ont profité de la Révolution tranquille, mais ils ne l’ont pas faite. Voir le sociologue, Gilles Gagné, sur cette question.

    Les véritables artisans de la Révolution tranquille seraient donc plutôt ces hommes et ces femmes, nés plus ou moins autour de 1920. Il s’agissait d’une génération qui était en général catholique croyante et qui était mue par un désir profond de servir de façon désintéressée la collectivité canadienne française de l’époque. C’est une génération qui avait à peu près 40 ans — la force l’âge — quand Duplessis meurt en 1959.

    Alors… c’est ici qu’Hubert Aquin apporte quelque chose de particulièrement significatif. Il appartient, justement, à cette génération née autour de 1920 (pour être exact, Aquin est né en 1929). Son combat politique était donc coloré par le catholicisme de sa génération — effectivement, Aquin était un fervent croyant. Si bien que, lorsqu’Aquin évoque, dans ses romans, la notion d’un NOUS, il pense à l’idéologème catholique du « corps (mystique) du Christ ». Quand Aquin parle du PEUPLE, ce qu’il a en tête, c’est cette entité mystique, celle du « corps du Christ », qui est un corps UNIVERSEL. D’où dans ses romans, tous les personnages — ils sont nombreux — aux patronymes pas de ‘chez nous’: Lewandowski, Ghezzo-Quénum, Bernatchez, etc. D’où aussi des prénoms et patronymes christiques: Christine, Jules César Beausang (= précieux sang), K. (= Krist) « qui marche sur les eaux » (est-il dit dans « Prochain épisode »), etc.

    Aquin se suicide en 1977 à l’âge de 46 ans. Dans les premiers temps après ce suicide et jusqu’à la fin des années 1980, la critique littéraire universitaire (composée de boomers devenus adultes) est passée complètement à côté de la dimension catholique du parcours d’écriture d’Aquin. Elle ne voulait pas voir qu’Hubert Aquin est en fait un écrivain de romans sacrés (comme on dit de Bach ou de Gilles Tremblay qu’ils sont des compositeurs de musique sacrée).

    Donc… oui, il y a, chez Aquin non pas un NOUS nationaliste ou ethnique étroit, mais un NOUS universel, inspiré du catholicisme profond qui était le sien.

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