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Dora Garcia

23/05/2014

Mad Marginal Chart de Dora Garcia

Dora Garcia 
Autour des crimes et des rêves
Fonderie Darling au 745 rue Ottawa
Jusqu’au 24 août

Détail de Mad Marginal Charts 2014
Publications de Dora Garcia aux éditions
Presses du réel , Walther Khönig et Book Works

 

Les recherches de l’artiste conceptuel Dora Garcia intègrent littérature, psychiatrie et sociopolitique. Artiste en résidence au centre d’art 3bisf l’été dernier, son laboratoire de création impliquait alors les membres de l’hôpital psychiatrique Montperrrin à Aix-en-Provence. Leurs discussions autour du rêve à partir d’un livre de James Joyce et d’un autre de Felix Guattari sont projetées présentement à la Fonderie Darling. F. Guattari est un psychanalyste décédé en 1992, auteur d’un ouvrage clé en écosophie – Les trois écologies (environnementale, sociale et mentale) publié en 1989. Dora Garcia, relate en entrevue avec le philosophe Jean-Pierre Cometti, qu’elle avait auparavant également travaillé à Copenhague au « Glad Theater »- un théâtre professionnel dirigé entièrement par des gens ayant des troubles psychologiques et qui fait  partie du programme pédagogique AspIT pour les personnes atteintes du syndrome d’Asperger.

Jusqu’à quel point peut-on encore rêver dans le contexte d’un environnement mondial axé sur le développement postlibéral du capital ? Qu’arrive-t-il de ceux qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas suivre ? Quelle est la place de l’utopie ici ? L’utopie est-elle une arme, forte de désir et d’une propension vers l’avenir, vers le projet et le progrès ? Sont des questions que soulève généralement l’artiste Dora Garcia et que nous reporte la commissaire de l’exposition Chantal Pontbriand , dans un document en ligne sur le site de la Fonderie Darling, sous-titré : Dora Garcia – une arène pour la libération politique.

Au Pavillon de l’Espagne à la Biennale de Venise en 2011, Garcia s’est posée le même genre d’interrogations avec Inadequate, mais en s’intéressant de plus près aux conditions sociales des marginaux. Elle s’est méritée ensuite le Prix International d’Art Contemporain 2013 de la Fondation Prince Pierre de Monaco pour The deviant majority – From Basaglia to Brazil. Toujours aussi productive, il y a deux semaines, a eue lieu l’inauguration de sa murale Tu es la langue plurielle, érigée dans le cadre du parcours de poésie Vers Bruxelles, sur laquelle on peut y lire, malgré des lettres absentes mais toutefois lisibles,  l’extrait du poème ci-dessous de Sabah Zouein en français, flamand et arabe.

La magie de la langue et son secret,/ tu es la langue multiple, j’ai lu les avenues de Forest/ dans ton dédoublement,/ le secret de ton labyrinthe,/ dans l’étonnement face aux lettres et leurs couleurs ;/ j’ai lu la liste de leurs noms dans le dédale des deux expressions.

Dora Garcia

Le documentaire The Joycean Society de Dora Garcia, est également projeté dans la salle principale de la Fonderie Darling – les références au billet Littérature aux RIDM vous pointeront certaines allusions scientifiques dans l’œuvre de James Joyce.

Ne manquez pas non plus, Anne-Marie Cadieux incarnant avec brio Molly Bloom
d’après Ulysse de James Joyce et mis en scène par Brigitte Haentjens, avec une
scénographie pure et limpide d’Anick La Bissonnière,
à l’Espace Go jusqu’au 31 mai.

Et asurez-vous de jumeler systématiquement vos visites à la Fonderie Darling
avec un succulent repas au Restaurant Le Serpent – sujet du prochain billet.

4 commentaires leave one →
  1. Robert Richard permalink
    29/05/2014 17:40

    MOLLY BLOOM
    ou…
    DE LA MOITIÉ INDÉCENTE DES FEMMES, CACHÉE EN DESSOUS DE LA CEINTURE.

    J’ai vu, avant-hier soir, « Molly Bloom », suggéré ici, au théâtre de l’Espace Go à Montréal. Excellent! À voir absolument avant le 31 mai, date de la dernière représentation.

    Pourquoi le monologue de Molly Bloom est-il si célèbre? Il faut commencer par préciser que ce monologue constitue le tout dernier chapitre — le 18e — du roman de James Joyce, « Ulysses », publié à Paris en 1922.

    Donc à quoi ce monologue doit-il sa célébrité?

    PREMIÈRE OBSERVATION: avant ce monologue, on n’avait droit, en littérature (mais pas seulement en littérature), qu’à des moitiés de femmes, c’est-à-dire que les femmes n’avaient d’existence qu’à partir de la ceinture et en montant. Tout ce que les femmes pensaient ou pouvaient vivre se situait ou DEVAIT être situé au-dessus de la ceinture.

    Or avec James Joyce, voici que l’autre moitié de la femme entre en scène, c’est-à-dire la moitié qui se trouve en dessous la ceinture. Et effectivement, l’essentiel du monologue de Molly (qui passe d’une pensée à l’autre alors qu’elle est allongée dans son lit) a lieu nettement en dessous de ladite ceinture.

    Autant dire: oui, les femmes ont un sexe.

    DEUXIÈME OBSERVATION: le discours que tient Molly est ancré non pas dans un quelconque romantisme idéalisant, ou dans des rêveries pieuses et précieuses, mais DANS LE CORPS et dans les fonctions corporelles.

    Autant dire que l’âme de la femme, c’est son corps.

    Le roman de Joyce, je le disais tout à l’heure, a été publié en 1922. C’est à peu près à cette même époque que Freud se met à écouter ces femmes — ses patientes — qui étaient venues s’allonger non sur un lit, mais sur son divan. Et là, Freud va entendre un discours inédit, tout à fait nouveau, celui de l’inconscient. Autrement dit: il va entendre parler l’autre moitié de chaque femme, c’est-à-dire la moitié en dessous de la ceinture. Ainsi des femmes vont-elles, sur le divan de Freud, commencer à mettre, pour elles-même, des mots sur des choses auxquelles il leur était formellement interdit de réfléchir, des choses auxquelles elles s’était ELLES-MÊMES interdites de parler. D’où ce qu’on dit souvent: C’est à des femmes que Freud doit d’avoir découvert cette choses qu’on appelle l’inconscient.

    TROISIÈME OBSERVATION, mais elle est archi-connue: la monologue de Molly Bloom est un « stream of consciousness », c’est-à-dire un flux de paroles que Joyce nous transcrit à peu près sans ponctuation et sur quarante pages (selon l’édition).

    Autant dire qu’enfin, « ça » parlait.

    QUATRIÈME OBSERVATION: il en va, dans ce monologue, d’un discours de la véridiction. Il y a là un dire-vrai, un franc-parler qu’on n’avait jusque-lè jamais lu ou entendu dans le domaine littéraire (mis à part un Rabelais ou deux par-ci par-là). Oui, on disait la vérité en littérature avant Joyce, mais cette vérité devait être sublimée, camouflée sous un ‘vêtement’ langagier qui en atténuait le choc. Mais voici que ce roman, celui de Joyce, dit la vérité tout crument.

    Si bien, qu’on pourrait même dire qu’il en va, ici, d’un discours de la « parrêsia » (Michel Foucault). Le mot grec « parrêsia » signifie: le franc-parler. Mais pour qu’il y ait « parrêsia », il faut que ce dire-vrai ou ce franc-parler soit cru et, élément important, qu’il comporte un RISQUE pour celui ou celle qui tient ce franc-parler. Or l’on sait que le roman de Joyce a été interdit — interdit en Angleterre, de 1923 à 1936; en Australie, de 1929 à 1937, puis de nouveau de 1941 à 1953; et au Canada, de 1933 à 1949.

    Autant dire que la littérature n’est moderne que de courir le risque de la « parrêsia », ce qu’elle (la littérature) a su faire depuis Baudelaire et Flaubert (tous deux traînés devant les tribunaux), Joyce et quelques autres.

    JE REPRENDS. Il y a au moins quatre raisons pourquoi le monologue de Molly Bloom marque un tournant en littérature: 1) le monologue fait parler la moitié ‘indécente’ de la femme, celle située en-dessous de la ceinture; 2) le monologue est ancré dans le corps et non dans de quelconques considérations ou rêvasseries romantico-idéalisantes; 3) l’écriture est celle dite du « Stream of Consciousness »; 4) enfin, il y a là un discours qui est celui d’un dire-vrai cru, avec ce que cela comporte ou a pu comporter de risques pour Joyce.

    La mise en scène à l’Espace Go est de Brigitte Haentjens. Le rôle de Molly est joué par la comédienne Anne-Marie Cadieux. La traduction (très bien faite) du texte de Joyce est de Jean Marc Dalpé. Jusqu’au samedi 31 mai.

  2. Robert Richard permalink
    29/05/2014 17:52

    Le commentaire après le « ‘deuxièmement » dans le texte ci-dessus, commentaire au sujet de l’âme de la femme comme étant son corps, est inspiré de la théologie du Moyen Âge où l’âme est vue comme étant la forme du corps.

    • Michel Dussault permalink
      01/06/2014 18:10

      Il est juste de dire que la philosophie médiévale,
      inspirée d’Aristote, considère que l’âme est la
      forme, c’est-à-dire le principe d’organisation
      et de vie du corps humain, masculin ou féminin.
      Mais l’âme humaine est aussi PRINCIPE SPIRITUEL
      de la raison et de la volonté, PRÉSENTES CHEZ LA
      FEMME COMME CHEZ L’HOMME ET IRRÉDUCTIBLES
      AU CORPS. Il convient de le dire clairement!
      M.D.

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