Skip to content

Corps médiés, augmentés, altérés

12/02/2017
tags:

« Est-ce que je salue plus souvent mes appareils numériques que mes amis ? »
Extrait de What shall we do next ?  2014 de Julien Prévieux

 

Journée d’étude du CELAT
Corps médiés Corps augmentés Corps altérés
Quelles nouvelles configurations sensoriperceptuelles pour quelle(s) humanité(s) ?

Le Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CÉLAT), comprenant des membres de plus d’une quinzaine de disciplines, a organisé vendredi dernier une journée d’échanges sur le thème du corps médié, augmenté, altéré.  Cette journée fort stimulante réunissait des chercheurs, artistes et écrivains de divers horizons mais partageant tous une passion contagieuse pour leurs champs d’expertise.

La première présentation donna bien le ton de la journée avec les riches références littéraires et philosophiques (Descartes, Spinoza, Ricoeur, Deleuze, Derrida) de Michaël La Chance, qui passa des études sur les membres fantômes de Ronald Melzac, dans les années 1970, jusqu’aux toutes récentes insertions d’implants dans le cerveau donnant l’espoir de remarcher à des patients atteints d’une lésion de la moelle épinière. Comme on peut lire sur le site de l’Université McGill, Ronald Melzac, auteur de Le défi de la douleur (The Puzzle of pain, 1973) avançait que « la douleur n’est pas strictement affaire de causes et d’effets ». Il estimait que « la façon dont le cerveau perçoit une blessure est moins tributaire du stimulus que des expériences antérieures et d’autres afférences (input) dans le cerveau lui-même, en d’autres termes, [que] la douleur est dans la tête, pas dans les nerfs ». C’était une approche radicale et controversée à l’époque. Vous pouvez également le voir en entrevue dans une production de McGill NCS Multimedia.

neuroprothese_epflinserm
http://presse.inserm.fr/des-macaques-retrouvent-le-controle-dun-membre-paralyse

Magali Uhl, directrice du CÉLAT-UQAM, et Catherine Duchesnau, doctorante en sociologie, ont enchaîné avec la vidéo qui a valu en 2014 à Julien Prévieux le Prix Marcel Duchamp. Tandis que la performance Que le cheval vive en moi !  en 2011 par  Marion Laval-Jeantet du groupe Art Orienté Objet, décrite par Sofia Eliza Bouratsis, a suscité bien des réflexions bioéthiques. Pour en savoir plus sur cette transfusion de plasma et d’immunoglobulines de cheval que s’est faite l’artiste, vous pouvez consulter la monographie parue aux éditions Presses du réel en 2013 ou lire l’article de Chloé Pierson dans la revue ETC 2014 no.101,  p. 52-55.

marionlavaljeantet_benoitmangin

Par la suite, le volubile pédagogue, compositeur électroacoustique et artiste Jean Décarie, a qui l’on doit de superbes conceptions visuelles pour Chants libres, dont Chants du capricorne, a fait mention du concept d’autopoïèse élaboré par Humberto Maturana et Francisco Varela (résumé sur le blogue Le cerveau à tous les niveaux), et n’a pu résister à partager avec l’audience une vidéo des rats « télépathes » communicants à distance via une microélectrode – voir le site Science et avenir, en lien avec l’article de E. Lecomte paru le 5 septembre 2014. Quant à Moulud Boukala, spécialiste en anthropologie des médias, il présenta les images obtenues via un oculomètre lors d’un parcours à pieds de quelques mètres. Ses publications antérieures traitent d’autres sujets tels que le handicap et la mort au cinéma et dans la bande dessinée. Finalement, la journée s’est terminée par les présentations de deux artistes flamboyants et charismatiques, soit Isabelle Choinière, une des pionnières au Québec qui allie danse & nouvelles technologies, et doctorante à l’Université de Plymouth au Planetary Collegium, anciennement connu comme le Centre for Advanced Inquiry in the Interactive Arts, et Patrice Tremblay, qui, on l’espère, pourra présenter à Montréal sa performance Le bord de l’eau de la mort, incluant des extraits du poème « Météores » du recueil Crapaudines de Michaël La Chance ainsi que des sons du monde sous-marin et cosmique.

 

michaellachance_crapaudinesLes météores p.46-51

Dans la nuit où les pierres chantent
j’ai convoqué les météores
dans leurs robes de paysages
le chant des fosses abyssales
passe à travers les murs
avec des rituels nucléaires
fasciné par tant de cruauté
le hasard s’est échoué
dans le ventre-océan
tant j’ai de questions
ce que je touche me répond
quelle est cette époque cannibale ?

De Michaël La Chance
Crapaudines, éditions Triptyque 2015, 76 p.

 

Et procurez-vous le prochain numéro de la revue Inter Art Actuel (Automne 2017)
dont le dossier principal aura comme titre « Technocorps et cybermilieux ».

Voir aussi sur ce site le billet à propos du livre de Marc Jimenez Bioart et neuroesthétique
et des références traitant du transhumanisme sous Exposition Automata ainsi que
Ce corps qui parle, F.A.R. de Wayne McGregor et Corps et imaginaire.

2 commentaires leave one →
  1. Robert Richard permalink
    13/02/2017 10:23

    Un beau poème de Michaël Lachance!

    J’ai raté ce bel événement, hélas. Thématique passionnante. Dans « The Puzzle of Pain » (que je n’ai pas lu), Ronald Melzac dirait que le douleur qu’on ressent au genou ou dans la main est dans la tête beaucoup plus que dans les nerfs. Ce qui me rappelle — j’y vais à l’aveugle — « Matière et mémoire » (1896) de Bergson où le philosophe, se basant sur la science de son temps, montre comment la mémoire (ce qu’on a ‘dans la tête’) module la perception.

    « Corps mediés corps augmentés corps altérés » — le titre est beau. Me vient à l’esprit ceci par association libre: libre circulation — «libre-échange» — entre les mondes humain, animal et technologique…

    Puis, il y a la question — elle persiste — de Spinoza: « Que peut un corps? »

    • 13/02/2017 10:50

      Vous auriez non seulement adoré mais contribué grandement aux discussions ! Quand au recueil Crapaudines, il recèle bien d’autres poèmes splendides dont L’illumination du crapaud p.27 et ce paragraphe p.61
      « Emporté dans le VORTEX NAUSÉEUX des sociétés brutales, je perds la constance du vivant: une innocence primitive qui nous rappelle que nous partageons l’existence avec les animaux et les plantes. Une telle expérience se déclare dans l’amour du paysage qui libère l’espace sous nos yeux, amour du corps qui révèle la fluidité de l’instant. Et finalement, amour de la vie elle-même. Car l’amour du monde révèle que nous en faisons partie. Comment échapper à la dictature de ce qui est ? Comment entrer dans l’émotion multiple des choses ? Il ne suffit pas de faire sens, il faut le rappel du possible, où nous sommes plusieurs: « en racontant le possible, il [le poète] reste fidèle à sa fonction; il est une âme collective qui interroge, qui pleure, qui espère, et qui devine quelquefois » – Michaël La Chance – Crapaudines 2015 aux éditions Triptyque
      http://www.triptyque.qc.ca/argu/arguCrapaudines.html

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :