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Paysages mystiques à Orsay

20/05/2017

Extrait musical de l’opéra Lakmé de Léo Delibes – Le duo des fleurs avec Sarah-Jane Brandon et Rosie Aldridge Glynn. Lire aussi sur ce site le billet Intoxication de Lakmé .

Au-delà des étoiles – le paysage mystique de Monet à Kandinsky
NB Introduction reprise de mon compte fb
En collaboration avec le AGO de Toronto
Musée d’Orsay jusqu’au 25 juin

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore… Laurence des Cars dirige dorénavant le Musée d’Orsay; mais avant de tirer sa révérence, Guy Cogeval à la tête de la direction depuis 2008 et ancien directeur du Musée des Beaux-Arts de Montréal collabore ici avec Katharine Lochnan du Art Gallery of Ontario, ce qui explique qu’une bonne partie de l’exposition soit composée de tableaux d’Emily Carr et du Groupe des Sept représentant la nature dans toute sa splendeur & son mysticisme. Vous pourrez lire, dans le catalogue de l’exposition, un article de Pascal Rousseau intitulé L’hymne de Munch au vitalisme – sur le pouvoir curatif du soleil pour Munch. Il relate aussi que ce peintre angoissé et dépressif avait aussi subi des traitements de radiothérapies et de chocs électriques en 1902 et 1908 respectivement. Les visiteurs pourront toutefois voir de lui, une scène d’une période plus clémente – La danse de la vie.

MuseedOrsay2017_FormeethereeJamesMacDonald
Forme éthérée  1936 de James « Jock » MacDonald et Extrait d’un texte du Musée d’Orsay
pour l’exposition Au-delà des étoiles – le paysage mystique de Monet à Kandinsky.

L’astrophysicien Peter Martin et le professeur de médecine Dr. Andrew Baines se sont joints à l’équipe interdisciplinaire  responsable du projet,  incluant psychologue et psychanalyste. Plusieurs textes du catalogue de l’exposition font d’ailleurs référence aux Portes de la perception d’Aldous Huxley publié en 1954 et tiré d’un recueil de William Blake (1757-1827) «  Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est, infinie » – Le mariage du ciel et de l’enfer. De ce fait aux p.38-39, on mentionne quelques chercheurs qui avaient constaté que la consommation de psychotropes tels que la mescaline, la psilocybine, le LSD ou le DMT pouvaient générer une certaine extase mystique et sont de surcroit appelés enthéogènes (enthéos : possédé du divin ; genestai : qui vient de l’être – voir sur ce site les références aux billets Neurons to nirvana et Michaux : mouvements), citant aussi Georges A. Coe auteur de Psychology of religions, Chicago UPress 1916, 365 p. qui disait que «  Pour le psychologue qui reste dans le domaine de la science, le mysticisme religieux est une révélation non de Dieu mais de l’homme. ». Les sociétés de théosophie et d’anthroposophie fondées, l’une par Madame Blavatsky et l’autre par Rudolf Steiner, ont certainement influencé Mondrian et Kandinsky, tout comme les écrivains Léon Bloy et Edouard Schuré dans le cas de Maurice Chabas. Quant à Arthur Garfield Dove, il fut plutôt imprégné par le transcendantalisme de Walt Whitman alors que dans le Paysage aux corbeaux 1911 d’Egon Schiele, ce sont les vers de Rimbaud qui feront écho : «  Seigneur quand froide est la prairie, /  quand dans les hameaux abattus, / les longs angélus se sont tus… / sur la nature défleurie / faites s’abattre des grands cieux / les chers corbeaux délicieux […] / laissez les fauvettes de mai / pour ceux qu’au fond du bois enchaîne / dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir / la défaite sans avenir.»

MuseedOrsay2017_LObjetdArtno111L’objet d’art – hors-série no.111 mars 2017 avec en page couv.  Nuit étoilé 1909 de Wenzel Hablik et encadré d’un article sur une œuvre de Vassily Kandinsky – Étude pour Improvisation 26 à la p.20

Voir aussi sur ce site le billet sur l’exposition permanente d’Emily Carr à Victoria.

En lien avec l’exposition du Musée d’Orsay se tiendra une conférence
Esthétique et théologie au Collège des Bernardins le 6 juin à 20h
Avec Isabelle Morel-Loutrel conservatrice du Musée d’Orsay
ainsi que Marianne Lanavère, Tatiana Pozzo di Borgo,
Jérôme Alexandre et Alain Cugno.

One Comment leave one →
  1. Robert Richard permalink
    21/05/2017 17:09

    Il est question dans ce billet très intéressant de mystique. Cela me fait penser au dernier ouvrage du philosophe, Henri Bergson (1859-1941) : « Les deux sources de la morale et de la religion » (1932).

    Dans cet ouvrage, Bergson fait une distinction entre le clos et l’ouvert, distinction qu’il voit dans certaines sociétés et dans la morale et la religion de ces sociétés, si bien qu’il y aurait des sociétés CLOSES (avec leur morale et leur religion closes) et des sociétés OUVERTES (avec leur morale et leur religion ouvertes).

    Qu’est-ce qui nous ferait passer d’une société close à une société ouverte, avec bien sûr la morale et la religion ouvertes qui vont avec une telle société? La réponse de Bergson : LE MYSTIQUE. Voyons de quoi il retourne.

    Une société close, avec sa morale et sa religion closes, serait dominée par un ensemble d’OBLIGATIONS auxquelles tous les membres de la société en question se soumettraient. Ces obligations ne seraient pas ressenties comme des contraintes par les membres de ces sociétés, car ceux-ci les vivraient plus ou moins comme des HABITUDES dont on s’acquitterait sans y penser véritablement. Ainsi la morale, les obligations sociales, les politesses à rendre, le culte et la vénération des ancêtres, les cérémonies religieuses et civiles et les prières collectives, etc. seraient vue comme étant ‘ce qu’il y a à faire’, sans plus. Autrement dit, ce serait là des obligations que le membres du groupe auraient si bien intégrées qu’ils n’y verraient aucune pression, aucune contrainte, aucune, comment dire?, ‘obligation’. Donc : des obligations qui ne seraient pas véritablement vécues comme des obligations.

    De telles sociétés closes – on peut penser ici aux sociétés plus primitives ou anciennes (tribus africaines, Grèce antique, Rome ancienne, etc.) – tournerait en rond, pour ainsi dire. Il y aurait là un ronron permettant à ladite société de se conserver dans le temps et de se préserver contre l’autre (ennemi, envahisseur, étranger, etc.). Car ces obligations/coutumes avaient ou ont pour effet de souder une telle société CONTRE l’agresseur, qu’il soit tribu voisine ou nations étrangères. Une telle société (close) consoliderait l’amour des membres pour le peuple qu’ils forment, et cultiverait ainsi une méfiance, voire une haine pour les humains venus d’une autre tribu, nation ou peuple. Ces sociétés closes seraient donc proto-nationalistes, selon Bergson. Et, toujours selon Bergson, la religion juive serait un exemple d’une religion close, veillant au destin du peuple juif, le protégeant, comme peuple élu, contre les peuples ennemis (non-élu). Notons par ailleurs que Bergson était Juif.

    Maintenant qu’en est-il des sociétés OUVERTES. Eh bien, selon Bergson, la société ouverte pratiquerait non pas l’amour d’un peuple pour soi-même, mais l’amour de l’humanité en général. Il y aurait donc élargissement depuis un sentiment uniquement nationaliste ou proto-nationaliste vers une perspective et un amour de type universaliste. Aussi, une société ouverte serait moins régie par un ensemble d’OBLIGATIONS (coutumes, habitudes, rituels et prières, etc.) que par une POUSSÉE. De quoi s’agit-il? Quelle serait cette POUSSÉE?

    Cette POUSSÉE serait, par certains côtés, ‘biologisante’ – en ce sens qu’elle serait branchée sur l’élan vital (thème important chez Bergson) des espèces et l’espèce humaine en particulier. Il faut avoir à l’esprit le livre précédent de Bergson intitulé : « L’évolution créatrice » (1907) qui raconte l’histoire de l’évolution de la vie depuis les tous débuts jusqu’à l’homme, l’homme étant l’apogée, selon Bergson, de l’évolution de la vie sur terre. Il y aurait donc une poussée ou ‘élan vital’ qui ferait ‘avancer’ ou ‘progresser’ les différentes espèces, les acheminant vers l’humanité dont le destin est d’exprimer et peut-être même d’accélérer cet élan.

    Une des thèses centrales de l’ouvrage de 1932 (« Les deux sources de la morale et de la religion ») est de présenter le ou la mystique comme celui ou celle qui serait, en quelque sorte, branché sur cette poussée ou élan vital caractérisant l’évolution de la vie sur terre. Le ou la mystique (une sainte Thérèse d’Avila, pour ne prendre qu’elle) nous servirait, à chacun de nous, d’exemple à suivre pour « aller de plus en plus loin » — c’est-à-dire de plus en plus loin dans l’amour de l’humanité, et de plus en plus en plus loin dans la nouveauté, dans la création ou créativité, dépassant ainsi les contraintes de l’intelligence humaine, trop humaine. On débouche ici sur des questions esthétiques et artistiques, la poussée étant une sorte d’instinct (par-delà l’intelligence) que Bergson nomme « instinct virtuel » (car contrairement à la fourmi, à l’abeille ou à l’animal, l’homme ne jouit pas d’un instinct véritable, selon le philosophe).

    Dans une société close, il y a des artisans et de l’artisanat, mais pas d’artistes ni d’art en tant que tel – pas de Dante, pas Beethoven, pas de Beckett, etc.–, l’art étant créateur de nouveauté et d’élargissement des perspectives vers du toujours plus d’universel. Et il faut bien remarquer ici que le point de vue de Bergson est et demeure rigoureusement BIOLOGIQUE, et donc matériel. Et si Bergson est ce qu’on appelle en philosophie un « spiritualiste » – ce qu’il est effectivement, en ce qu’il croit à l’existence réelle de l’esprit – ce spiritualisme est ancrée dans le biologique comme poussée, dans le biologique comme élan vital et donc dans la matérialité des espèces comme telles.

    Chez Bergson, le ou la mystique serait celui ou celle qui parviendrait à ressaisir le flux même de la vie. Pour Bergson, le/la mystique n’est pas un contemplatif qui tombe en extase à tout moment. C’est un actif (et non, encore une fois, un contemplatif). Le/la mystique est agissant, car il/elle est porteur de l’élan vital, nous obligeant, par son exemple, de passer d’une société/morale/religion CLOSE à une société/morale/religion OUVERTE. On peut citer encore une fois en exemple sainte Thérèse d’Avila qui étant une ‘agissante’, fondant couvent après couvent.

    Je répète, car c’est l’essentiel que je voulais dire : le mystique n’est pas un doux rêveur extatique. Il ou elle est, au contraire, celui/celle qui est traversé par le CHOC de l’élan vital, élan qui remonte au tout début de la vie sur terre et le mystique sent en lui, et qu’il mène ainsi toujours plus avant, toujours plus loin, nous entraînant avec lui ou elle vers un avenir toujours nouveau, toujours plus « divin » (on aura compris que Bergson était croyant).

    NOTE : Bergson considérait que la chrétienté (religion ouverte) représentait un « progrès » par rapport à la religion juive (religion close). Le Christ était pour lui – je cite – un « SUPRA-MYSTIQUE ». À la fin de sa vie, Bergson avait décidé de se convertir au catholicisme. On sait que le mot « catholique » veut dire « universel ». Si, finalement, il n’a pas donné suite à sa décision, c’était pour demeurer solidaire du peuple juif qui se retrouvait, dans les années 1930, à subir les attaques virulentes, haineuses de la part de l’idéologie du nazisme. Bergson meurt en 1941.

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