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Sciences à la Biennale d’Art de Venise

15/06/2019

À droite : This is the Future 2019 de Hito Steyerl à l’Arsenal

Biennale d’Art de Venise jusqu’au 24 novembre
May You Live In Interesting Times
Commissaire : Ralph Dugoff

Interesting times… qu’est notre ère du numérique & transhumanisme et période de bouleversements climatiques qu’abordent plusieurs invités de la 58e Biennale d’Art de Venise. Les visiteurs auront la chance cette année de voir deux installations du même artiste, l’une à l’Arsenal et l’autre aux Giardini qui dialoguent entre elles et qui laissent en même temps libre court aux multiples facettes de l’artiste et interprétations du public. À l’Arsenal par exemple, This is the futurede Hito Steyerl nous invite à pénétrer son jardin numérique dont des algorithmes contrôlent le cycle de vie de fleurs qui auraient des pouvoirs,  non seulement médicinale et écologique, mais également politique ex. contre la propagande, la dépendance aux réseaux sociaux, etc. d’où le titre Power Plants,  installation constituée de 8 écrans géants. H.Broome décrit une version de réalité augmentée (RA) de Power plantsOS présentée à Londres il y a un mois, quant à la bande sonore composée en collaboration avec Kojey Radical et Susuma Yokota, elle est disponible sur le site de Vinylfactory.com.  Côté  jardins  cette fois, l’artiste nous rappelle d’une certaine façon le mythe de Promethée avec des dessins de sous-marins de Leonard de Vinci, tirés de son Codex Leicester, qu’il ne publia pas de son vivant de peur que les humains l’utilisent à mauvais escient. Toutes ces questions qu’HitoSteyerl  soulève à travers ses œuvres se retrouvent dans sa récente publication Duty free art – Art in the age of planetary civil waret fait écho à la thématique de cette biennale dont les œuvres ont tous en commun le fait de susciter une réflexion.

STEYERL Hito (2019). Duty free art – Art in the age of planetary civil war, éd.Verso, 256 p.
Quel est le rôle de l’art dans notre ère de mondialisation numérique ? Comment pouvons-nous concevoir les institutions d’art dans une période de guerre civile et d’iniquités croissantes ? Que pouvons-nous faire lorsque les manufacturiers d’armes commanditent les musées ? Comment déceler l’infox ? etc.

 

Biologizing the machine (Terra Incognita) 2019 d’Anicka Yi aux Giardini Pavillon central
Toxic reef : CO2 CA CO2 LA Ocean 2007-2019 de Christine & Margaret Wertheim 
Microworld 2018 de Liu Wei

Voici d’autres œuvres qui traitent de nature, science & technologie avec pour débuter du Bio-Art d’Anicka Yi qui explore les réseaux de communications entre l’intelligence artificielle et diverses formes vivantes dans sa nouvelle série Biologizing the machine.  Son installationTerra Incognita, consiste en des panneaux suspendus entre lesquels cohabitent des colonies d’algues microscopiques qui réagissent aux odeurs émient par des bactéries également présentent, le tout soumis à des variations d’humidité, de lumière et de températures. Anicka Yi fait recours à la colonne de Winogradsky afin d’illustrer l’interdépendance des divers organismes et leur interaction. Sergei Winogradsky est un des fondateurs de l’écologie microbienne; il publie en 1949 Microbiologie du sol, un traité qui couvre ses cinquante années de recherche et dans lequel il constate que  « le fonctionnement de la microflore ne devait pas être envisagé comme la somme des activités individuelles, mais comme le travail d’un collectif autoréglable« . Pour en savoir plus lire « Sergi Winogradsky : a founder of modern microbiology and the first microbial ecologist »  dans FEMS Microbiology reviews Vol.36, no.2 2012 p.364-379 ainsi que « Ce que doit l’assainissement à Serge Winogradsky » dans la revue EIN 2019 no.421 p.106-111 et étapes à suivre pour la préparation d’une colonne de Winogradsky sur le site de Didier Pol.  Quant à l’arsenal, Anicka Yi fait allusion à l’origine de la vie, mais aussi à l’impact de l’humain sur le climat et la biodiversité dans cette période que l’on désigne par le terme Anthropocène, à travers des lanternes en forme de chrysalides contenant algues, cellules cancéreuses et insectes animés électroniquement suspendus sur un étang. Lauréate du Prix Hugo Boss 2016, vous pouvez lire « Anicka Yi, celle qui créait l’improbable »de P.Pys sur lofficiel.com qui décrit ses installations olfatives et plusieurs autres…

Ci-dessus à gauche, de gigantesques sculptures en aluminium de Liu Wei, représentant un univers imaginaire de l’infiniment petit. Liu Wei, fait partie des artistes chinois les plus influents et touche à différents médiums; son Indigestion II avait fait la une il y a quelques années et dans cette entrevue pour Christie’s, il exprime son opinion sur les limites du monde digital 1/5/2019. Au centre,  une image du projet Hyperbolic Crochet Coral Reef qui a pour but de sensibiliser la population sur l’urgence de protéger les récifs coralliens qui abritent un tiers des espèces végétales et marines. Ne supportant pas de grandes variations de température, les coraux sont très vulnérables aux changements climatiques, ce qui explique entre autres la perte de 20% au cours des dernières années. Voir documentaire Chasing Coral 2017 de Jeff Orlowski 91 min. et suivre les bulletins de l’IFRECOR – l’initiative française pour les récifs coralliens. Les deux sœurs Wertheim, Christine qui est également poète & Margaret auteure d’une trilogie de vulgarisation scientifique se sont inspirés du crochet hyperbolique que s’est servit la mathématicienne Daina Taimina pour illustrer la géométrie non-euclidienne. Elles dirigent l’Institut For Figuring dédié à promouvoir les activités jumelant Arts & Sciences. Ci-bas deux ouvrages vous permettant de crocheter divers des coraux (cnidaires), concombres de mer (échinodermes), algues brunes, etc. A. WERTHEIM Margaret & Christine (2014). Crochet Coral Reef a project of the Institute For Figuring, 248 p. B. TAIMINA Daina (2018 nouvelle édition). Crocheting adventures with Hyperbolic planes – Tactile mathematics, éditions CRC Press, 372 p.

Notez également l’écran de 4500 néons de Tavares Strachan, qui souligne l’histoire méconnue de Robert Henry Lawrence Jr , premier astronaute afro-américain qui meurt en 1967 avant d’aller dans l’espace; Le buste en silicone de Faris, premier cosmonaute arabe Muhammed Faris d’origine syrienne qui faisait partie de la mission Soyouz 3 en 1987 par Halil Altendere; Dong Fang Hong I de Yin Xiuzhen réplique du premier satellite chinois mis en orbite en 1970; Data-verse 1 de Ryoji  Ikeda; Aero(s)cene de Tomás Saraceno; Veins aligned de 26 m de long en marbre et en vitre d’Otobong Nkanga donnant l’impression d’une cours d’eau polluée; Gabriel Rico, mélangeant taxidermie et Arte povera; La projection du cœur par hélice holographique d’Antoine Catala; Une construction d’Augustas Serapinas à partir du démantèlement de la centrale nucléaire d’Ignalina et en souvenir des 6 000 Lituaniens qui ont participés au nettoyage du site de Tchernobyl, etc. Puis ci-dessous de gauche à droite :  Divorce dump 2019 d’Andra Ursuta, L’origine du monde 2018 d’Alexandra Bircken exposant un placenta humain; Memoria nuqui 2017 du réalisateur Apichatpong Weerasethakul et de l’artiste japonaise Maria Katayama, née avec une maladie congénitale appelé Hémimélie tibiale et radiale en plus, qui se manifeste habituellement par un tibia et radius peu développés ou absents mais avec un péroné et un cubitus relativement normaux, qui l’a poussé à l’âge de neuf ans de se faire amputer les jambes.

Voir le précédent billet sur la performance Sci-Art d’Hicham Berrada
et ceux à venir sur d’autres artistes de la Biennale d’Art à Venise.

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