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Sciences & Lettres à la Biennale de Rabat 3/3

03/11/2019

Solstice de Takk – M. Luzárraga & A. Muiῆo et capture d’écran de la vidéo Floodplain de Tala Hadid

Biennale d’art contemporain de Rabat – Un instant avant le monde
Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain et autres lieux
Commissaire Abdelkader Damani
jusqu’au 15 décembre

La première édition de la Biennale de Rabat se terminera en décembre par une carte blanche littérature & poésie  confiée à l’écrivaine féministe Fawzia Zouari  et à Sanae Ghouati  auteure de nombreux ouvrages sur le thème de la femme au Maroc et spécialiste de Diderot, qui organiseront un Parlement des écrivaines. À travers la ville, les passant·e·s peuvent déjà lire des messages prônant l’égalité des genres de Zahra Sebti et Katharina Cibulka – c’est d’ailleurs une broderie en rose de sa série Solange (as long as) qui tapisse le mur extérieur du musée.  Des textes brodés reviennent dans une œuvre d’Anila Rubiku résumant son projet sur les femmes incarcérées et une de Ghada Amer sur des penderies en satin  avec des extraits du coran sur la femme. Outre la calligraphie et des écritures en français, anglais et arabe qui apparaissent à la biennale, une typographie dédiée à Fatima el Fihriya la fondatrice de la plus ancienne université au monde – Al Quarouiyine à Fès fut créé pour l’occasion par Bea Schlingelhoff.

En exergue pour son mot d’introduction, le commissaire Abdelkader Amani cite La Crise de la culture d’Hannah Arendt et vous remarquerez que plusieurs artistes de la biennale de Rabat répondent pertinemment aux grandes questions que la philosophe se pose dans cet essai.  « Comment penser dans la brèche laissée par la disparition de la tradition entre le passé et le futur » en est une à laquelle on pourrait associer la mosaïque pixelisée Ulysse de la Hafsia de Mouna Jemal et d’autres artistes mentionner dans le précédent billet.  On passe aussi des plus anciens écrits – l’Épopée de Gilgamesh d’il y a 3000 ans, dans une vidéo de Tala Hadid à la Villa des arts, aux contes de Kalila wa Dimna dans Stream of stories chap.6 de Katia Kameli,  jusqu’au roman graphique futuriste de Milumbe Haimbe bousculant les stéréotypes – The revolutionist.

Stream of stories chap.6 de Katia Kameli / Private rooms – détails de Ghada Amer /
Measuring of distance de Mona Hatoum / BD The revolutionist – planche de Milumbe Haimbe  /
« Art »  de Katharina Cibulka / Les femmes : la justice et la loi d’Anila Rubiku /
Typographie Fatima Al Fihri de Bea Schlingelhoff

L’Esprit de plusieurs poètes traverse la biennale de Rabat, en partant de la projection du concert mythique d’Oum Khaltoum chantant le poème d’Ibrahim Nagi – Al Atlal qui nous accueille à l’entrée ainsi que les leporellos d’aquarelle d’Etel Adnan –  un poème d’Aliah Mamdouh et  L’offrande à Neruda d’Al Bayati un peu plus loin à l’étage ou Le Surplus humain de Mohamed Al Maghout qui habite Séverine Chavrier, la directrice du CDN Orléans et dont la pièce de théâtre Après coups, projet un-femme dénonçant la violence faite aux femmes fut présentée en septembre dernier. D’un autre côté, des échanges épistolaires sont au cœur de certaines créations, par exemple la lettre à sa mère de Mona Hatoum ou directement à la Biennale par Celle qui manque soit Sonia Gassemi et pour l’œuvre textile d’Amina Agueznay, Ghita Triki lui rédige Le conte de l’indicible. Le Magazine Diptyk publiera quant à lui des communications ou réflexions des membres de son équipe dans Un instant avant le monde – solitude interrompue sous la direction d’Abdelkader Damani et Marie Moignard et terminons enfin avec quelques paroles puissantes d’artistes telles :

 « Des silences qui sont violences. Les trois jeunes femmes ne disent rien….mais ça ne veut pas dire qu’elles ne disent « plus » rien. Dans ce silence tout est dit, le poids du vécu, les blessures du corps, la souffrance de l’âme, la dignité bafouée mais reconquise. Un silence qui se veut traversée. Elles traversent des strates d’elles-mêmes, transpercent ce pacte du silence jusqu’à ce que la parole se libère, jaillisse et ébranle. Tombent les voiles, les armures, tout est dépouillé, dénudé, plus rien d’autre n’existe que cette sublime humanité qui est, simplement. Dans sa douleur, dans ses fragmentations, dans ses vérités. Et tout fait sens, et tout devient limpide. Et tous ceux qui seront témoin de cet instant, tous ceux qui se laisseront toucher par la grâce de cet instant, seront embarqués vers eux-mêmes, vers ce socle humain commun, éternel. » Bahïa Bencheikh El Fegoun – cinéaste

Poésie de Nadia Benbouta et poème d’Al bayati – L’offrande à Neruda d’Etel Adnan
Et quelques nues: The little girl de Ghada Amer / Fenêtre du beau sur jardin de Sadika Keskes d’Émouvance des Émouvants / Envers-Endroit de Zoulikha Bouabdellah / Source Mystérieuse dans laquelle le ventre féminin, origine du Tout de Khadija Tnana / Artefact de Eartly Wonders, Celestial Beings  de Rand Abdul Jabbar et vidéo de Clarisse Hahn sur les manifestations contre les expropriations de paysans au Mexique – Los Desnudos de la trilogie Notre corps est une arme.

« … Comment accepter de vieillir alors que l’on n’a pas grandi? / Enfermée, solitaire dans une bulle acidulée nécessaire à ma création / Une transe, une danse libre de jugement, libre de tourment / Bercée par la houle d’un océan mélancolique en perpétuel mouvement / Une mise à nu / Un rêve fou de jeunesse éternelle / La quête d’un amour immortel et absolu / Comme dans les films! / Le culte du corps et de la beauté / Un moment de grâce suspendu pour l’éternité / Quand les angoisses laissent place à la joie / À l’amour! » Où sont mes rêves ?  de la photographe Deborah Benzaquen

Voir les deux précédents billets sur la Biennale de Rabat qui se poursuit jusqu’au 15 décembre et ne manquez surtout pas la carte blanche à Mohamed El Baz – exposition collective La Forêt
au sous-sol du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain.

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