Aller au contenu principal

Riopelle & Nordicité

31/08/2021

Rois de Thulé de Jean-Paul Riopelle et un moulage de pétroglyphes de l’Institut culturel Avataq

Riopelle – À la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones
Commissaires : Andréanne Roy, Jacques Desrochers et Yseult Riopelle
Musée des Beaux-Arts de Montréal jusqu’au 12 septembre
Visite virtuelle disponible sur le site du MBAM

Le Musée des beaux-arts de Montréal présente les œuvres de Jean-Paul Riopelle (1923-2002) à travers son amour pour la nature, le grand Nord et les cultures autochtones. Tout au long de l’exposition, des sculptures, masques ou lithographies d’artistes des Premières Nations font écho aux créations de Riopelle. En plus de voyager dans les territoires nordiques, il se nourrissait de lectures d’ethnologues célèbres tels que Marius Barbeau, Claude Lévi-Strauss ou Jean Malaurie auteur de Les derniers rois de Thulé; Les Inuits de Thulé sont ceux de la région la plus septentrionale du Groenland et c’est à cet ouvrage écrit en 1955 que Riopelle fait référence dans sa série Rois de Thulé, de laquelle s’est inspirée à son tour la chorégraphe malécite Ivanie Aubin-Malo (vidéo ci-bas). Selon l’archéologue spécialiste de l’arctique Mari Kleist, il est fort possible que l’idée des Rois de Thulé  provient des pétroglyphes anthropomorphiques de Qajartalik au Nunavut. Dans les années soixante, l’anthropologue Bernard Saladin d’Anglure avait découvert presque une centaine de roches peintes dorsétiennes (500 A.E.C. – 1500 E.C.) au large d’une île dans la région de Kangiqsujuaq et dont on peut voir un moulage au MBAM ainsi qu’un article dans la revue The Beaver magazine of the North de 1973.  Quelques années auparavant, on y publiait des visages tracés dans de l’ivoire de morse et bois de caribou. Pour en savoir plus sur ces gravures rupestres de la région du Détroit de Hudson, correspondant à la portion québécoise de l’Arctique canadien,  lire la chapitre de Daniel Arsenault dans Le(s) Nord(s) Imaginaire(s) aux éditions PUQ 2008, 340 p.et visiter l’excellent site Images dans la pierre du Musée de la Civilisation de Québec.

Fontaine 1964-1977 et Point de rencontre – Quintette 1963 de Jean-Paul Riopelle

De renommée internationale, Jean-Paul Riopelle compte 6000 œuvres dont Fontaine présentée pour la première fois au public. Elle fut d’abord fabriquée dans la fonderie de Meudon en 1964 puis complétée qu’en 1977 à l’atelier de Saint-Cyr en Arthies, mais depuis les quinze dernières années, la sculpture en plâtre était restée dans son atelier à l’Esterel. À droite ci-haut, Point de rencontre – quintette 1963 accueille les visiteurs en haut des majestueux escaliers du MBAM. Le titre de cette autre œuvre phare, fait référence à Tkaranto ou Toronto – un mot Wendat en langue iroquoienne qui signifie là où les arbres poussent dans l’eau ou en d’autres mots… point de rencontre de la grande confédération des Haudenosaunee qui sont en fait une quintette de nations soit les Sénécas, Cayagas, Oneidas, Odondagas et Mohawks auxquelles se joindront les Tuscaroras pour former finalement six nations. Dans le cadre des vidéos Au regard d’artistes autochtones, le sociologue et artiste Guy Siou Durand souligne également que Riopelle s’est d’ailleurs installé à l’Esterel – une région des Laurentides jouxtant « la rencontre » des territoires des Nitaksinan et Atikamekw mais aussi Anishinaabe par l’Abitibi. Ces cinq panneaux représentent en fait, la plus grande et la plus connue des œuvres de Riopelle, car bien que destinée pour l’aéroport Pearson de Toronto à l’origine, elle fut par la suite exposée à l’Opéra de la Bastille à Paris.

Guy Sioui Durand, Eruoma Awashish, Ivanie Aubin-Malo, Ulivia Uviluk, Caroline Monnet & Sébastien Aubin et Martin Akwiranoron Loft font partie des sept artistes invités à commenter l’univers de Jean-Paul Riopelle dans des vidéos en ligne sur le site du MBAM

L’exposition Riopelle – à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones comprend  également des livres, documents et archives comme par exemple The downfall of Temlaham du premier ethnologue canadien Marius Barbeau (1883-1969), qui porte sur une nation autochtone du Nord-Ouest du Canada vivant dans un village le long de la rivière Skeena en Colombie Britannique et qui accompagne Sous le mythe de Gitksan – une série de dix gouaches peintes par Riopelle. Quant à sa série Jeux de ficelles, c’est du manuel de l’anthropologue Guy Mary-Rousselière des jeux d’enfants des Arviligjuarmiut qu’il s’inspire et qui est disponible sur historymuseum.ca. Vous remarquerez que la plupart des figures portent le nom d’animaux. Au centre, ci-dessous Tyuk – onomatopée du bruit de l’oiseau qui s’envole, de la figure représentée. À droite, une sculpture en pierre de Luke Akuptangoak (1940-1987) étirant celle du Béluga.  Par ailleurs, Riopelle, s’identifie plutôt au hibou, qu’il représentera à moulte reprises sous formes de lithographies, toiles ou bronzes. Finalement, ce magnifique tour de l’univers riopellien au MBAM, se termine avec une salle de ses imposants icebergs, incluant des photos de voyage en Arctique avec son fidèle ami Champlain Charest, capté par le fils de Georges Duthuit qui les accompagnés et une dernière salle de délicates estampes de son Lied à Emile Nelligan.

Voir aussi les sites de la Fondation Riopelle et du Catalogue raisonné de Jean-Paul Riopelle

Pour d’autres pétroglyphes à travers le Canadacanadianencyclopedia.ca

4 commentaires leave one →
  1. Élise Joubert permalink
    31/08/2021 10:58

    Y es-tu allée ou si tu publies seulement? Je me demande si j’aurai l’audace d’aller en ville… La dernière fois, il y a environ 2 ans, ce fut l’enfer… et depuis la pandémie je visite en ligne!

    • 05/09/2021 11:59

      J’y suis allée et ça en vaut vraiment la peine pour les œuvres de Riopelle mais aussi pour les liens que les commissaires tissent avec les arts & cultures autochtones.

  2. Claudette Hould permalink
    12/01/2022 18:52

    Comme toujours, Linda offre une excellente et complète présentation de l’exposition Riopelle au MBAM.
    Rappelons-nous, ce que le musée ne mentionne jamais dans ses communications, que Nathalie Bondil a conçu et planifié cette exposition dès 2016 et que dans son dernier texte ouvrant le catalogue, « Je me souviens », elle annonçait la création dans le musée qu’elle dirigeait d’un « Espace Riopelle », une aile transparente au sommet du Pavillon Jean-Noël Desmarais « dans un face à face immersif avec la montagne boisée du mont Royal… »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :