Skip to content

Syndrome d’Othello et analyse

28/01/2016

Othello2016MartinGrandJean

« Graphe de réseau : la taille des cercles est fonction de leur centralité de degré,
leur couleur de leur centralité d’intermédiarité. » Explications additionnelles sur http://www.martingrandjean.ch/network-visualization-shakespeare/

Visualisation de données par Martin Grandjean, représentant Othello, le maure de Venise (1604) de Shakespeare, qui rappelons-le est basé sur la nouvelle Un Capitaine maure dans Ecatommiti (1565) du poète italien Giovanni Battista Giraldi, appelé Cinzio. Notez que l’Otello (1885) de Verdi, inspiré de celui de Shakespeare, s’écrit sans « h ». Kristian Benedikt de la Lituanie jouera le rôle-titre dans la prochaine production de l’Opéra de Montréal avec à ses côtés Hiromi Omura du Japon (Desdemona), Aris Argiris de Grèce (Iago) et Antoine Bélanger du Québec (Cassio).

 KristianBenediktOtelloYves Renaud1.JPG
Kristian Benedikt dans le rôle d’Otello de Verdi à l’Opéra de Montréal © Yves Renaud 2016

L’Opéra de Montréal présentera l’Otello de Verdi le 30 janvier et les 2, 4 et 6 février
Sous la direction de Keri-Lynn Wilson  Pré-opéra avec Pierre Vachon à 18h30

 

Craignez, seigneur, la jalousie.
C’est une hydre obscure, livide, aveugle;
de son propre venin elle s’empoisonne;
Iago – acte II dans Otello de Verdi et libretto d’Arrigo Boito
Traduction J. Barnabé sur le site murashev.com

Dans le monde médical, le syndrome d’Othello est un terme utilisé à l’origine par le psychiatre John Todd (1914-1987) pour décrire la jalousie morbide en référence à cet abominable drame projeté sur grand écran en 1952 avec Orson Welles dans le rôle-titre, et la Québécoise Suzanne Cloutier en Desdemona. Ce délire de jalousie pathologique est un symptôme du trouble mental psychotique qui se trouve d’ailleurs dans le DSM-5 297.1 (F22) mais non dans toutes ses formes. Les manifestations de cette jalousie irrationnelle sur scène, sont décrites par Sebastian Dieguez dans la revue Cerveau & Psycho no.36 2009 « Othello, ou la folie du soupçon ?» ainsi que dans l’article du 6/10/2010  sur Neurocritic.blogspot.ca. Le syndrome d’Othello peut-être associé à des troubles de la personnalité, des atteintes cérébrales, l’alcoolisme et la toxicomanie – particulièrement la cocaïne, les méthamphétamines ou médicaments agonistes dopaminergiques, comme ceux que l’on prescrit aux patients atteints de la maladie de Parkinson. Dans ce dernier cas, des chercheurs suggèrent d’y remédier par stimulation cérébrale profonde du noyau subthalamique, sinon des médicaments (antipsychotiques, antidépresseurs IRS, etc.) sont prescrits selon la cause sous-jacente.

Réf. VALEAO Tom (octobre 2012). “When a drug leads to suspicions of infidelity” sur le site The Dana foundation et tout récemment, une étude de cas décrit par Dre Angela Scicutella dans Journal of neuropsychiatry and clinical neurosciences vol.27 no.1 2015 ainsi que par Dr Robert J. Adam dans  Movement disorders clinical practice vol.1 no.4 p.357-360 Dec. 2014. Lire aussi RONIN Benjamin (18 octobre 2012). « Actualités du concept de jalousie morbide » Thèse d’exercice de médecine sous la direction de Jerôme Lebaud, Faculté de médecine de Grenoble qui explique l’étude suivante :

OthelloSyndromeGraffRadford2012

GRAFF-RADFORD Jonathan (janvier 2012). « Clinical and imaging features of Othello’s syndrome » European Journal of Neurology vol.19 no.1 p.38-46 Analyse de 105 cas de patients atteints du Syndrome d’Othello, durant une période de 11 ans. Ci-dessus on peut constater une perte de matière grise plus importante aux lobes frontaux- le droit en particulier, une fois que le syndrome apparaît chez les gens souffrant de DLB : maladie à corps de Lewy, AD : Maladie d’Alzheimer et bvFTD : démence fronto-temporale.

Écouter aussi une version revisitée
par le pianiste jazz Uri Caine sur le CD Othello’s syndrome 2008
Mise en espace par Jacques Bonnaffé dans une production La comète 2013
(Actes des congrès de la Société française Shakespeare 2014)

Voir sur ce site tous les billets sur l’Opéra  dont Écrivains  et  sciences  à  l’Opéra.

3 commentaires leave one →
  1. Robert Richard permalink
    28/01/2016 19:42

    Oui, Othello (avec « h », dans ce cas, car je fais référence à Shakespeare) nous donne à voir l’abîme qu’est la jalousie. Proust aussi. Shakespeare nomme la jalousie the « Green-ey’d monster » (Acte III, scène 3 d’Othello).

    Mais ce qui me frappe, c’est le rôle du DSM-5 dans tout ceci. Cet outil de la psychiatrie me paraît assez douteux. Je dis cela, vu depuis Freud et Lacan, pour ne nommer que ces deux noms. Le DSM — quel que soit son chiffre — présente des ‘états’ avec une liste d’épicerie de symptômes, avec, à la clé, des médicaments ou des traitements à prescrire. Tout cela est bien, dira-t-on. « Outil » veut dire quelque chose de fiable, comme un marteau, un tournevis, etc., pour intervenir correctement dans une situation malheureuse.

    Mais qu’en serait-il si — je dis bien « si » — le DSM était, comme je le pense et je ne suis pas le seul à penser cela, un bouquin IDÉOLOGIQUEMENT CHARGÉ. D’abord, il change son fusil d’épaule pour faire plaisir à la political correctness. Dans certains cas, cela est bénéfique. Par exemple, quand le DSM prétendait, dans ses versions antérieures, que l’homosexualité, si je me trompe, était une maladie.

    Mais il y a un cas où la political correctness a joué un très mauvais rôle: quand les Sherpa du DSM ont retiré de la nomenclature, la condition appelée « hystérie ». Cette désignation désignait des femmes la plupart du temps, bien que des hommes hystériques, cela existe aussi. Mais peu importe.

    En rejetant l’hystérie, le DSM se montrait sourd à la plainte de l’hystérique. Ce n’était pas la première fois dans l’histoire de l’humanité que la science se montrait sourde à ladite plainte, celle de l’hystérique. Car à travers ses quelques 4 000 années d’histoire, l’hystérie a toujours été une question posée à la science — à la pré-science, pour les époques plus reculée, et à la science comme telle à partir disons du XVIIe siècle.

    Et la question que posait l’hystérie et donc l’hystérique a toujours été, de tout ce temps, la question de la SUBJECTIVITÉ. Ainsi l’hystérique, à travers les siècles a-t-elle posé la question: « Que suis-je? Qui suis-je? » Et le scientifique, se voulant sans doute serviable, répondait: « Eh bien, ma chère, tu es sorcière »; ou encore: « tu es folle »; parfois, dépendant de l’époque: « C’est ton utérus, ma chère dame, qui se rue dans ton corps à la manière d’un animal fou », etc.

    Or, pour chacune de ces réponses de la part des savants, l’hystérique répliquait: « Non, ce n’est pas ça, essaie de nouveau ». Et ainsi elle remettait le savant au travail (très bien, cela!), elle renvoyait le savant à son laboratoire ou à son savoir pour u’il produise une nouvelle réponse, qu’elle rejettera de nouveau, et ainsi de suite. Ainsi l’hystérique était-elle le MOTEUR DE LA SCIENCE, et le scientifique lui devait redoubler d’effort et fabriquer de nouvelles hypothèses.

    Et comme on le voit bien aussi: l’hystérique en quelque sorte déjouait l’homme de science, lui montrant ainsi les limites de son savoir et finalement les limites du savoir en général.

    Mais les limites par rapport à quoi? Eh bien, par rapport à la SUBJECTIVITÉ. Qu’est-ce que la subjectivité? C’est quoi un « sujet »? De son côté — côté aveugle! –, la science ne s’occupe que ce qui peut être OBJECTIVÉ. C’est son rôle, et on ne lui en veut pas pour cela. Mais face à la subjectivité, la science est TOTALEMENT DÉMUNIE. Premièrement, elle semblait incapable de reconnaître la chose même de la subjectivité, puis, deuxièmement, elle prétendait pouvoir tout de même ranger cet ‘inconnu’ ou cette ‘subjectivité inconnue’ dans ses cases dites « scientifiques » ou disons « savantes » (dans le cas des pré-sciences).

    Au fond, le message que l’hystérique essayait — inconsciemment — de faire passer c’était que « moi, comme sujet, comme être doté d’une subjectivité, je ne peut être définie ou épuisée par les catégories de la science. »

    Kant, qui n’a jamais écrit sur l’hystérie, aurait peut-être résolu la chose ainsi: la science est de l’ordre de l’ENTENDEMENT, alors que la subjectivité — et donc l’art, oui, l’art, et pas seulement l’hystérie — est de l’ordre de la RAISON et de la MORALE.

    Bon je vais un peu vite dans ce dernier paragraphe. Il reste que ce serait là une solution ou une manière de voir à explorer plus avant, solution relevant de la répartition des champs d’activité: la science étant du domaine de l’ENTENDEMENT; l’art et la subjectivité étant du domaine de la RAISON, eh, oui, de la RAISON et non d’une quelconque sensibilité ou sensiblerie.

    Par ailleurs — j’ajoute cette note –, Freud disait de l’hystérique qu’elle était « une oeuvre d’art déformée », indiquant ainsi qu’il y avait comme un lien mystérieux entre l’hystérie et l’art.

  2. Robert Richard permalink
    01/02/2016 18:43

    Et, parlant du DSM, il semblerait qu’on soit sur le point de retirer de ce catalogue des affections mentales ou psychiques le diagnostic de « gender dysphoria ». Jusqu’ici le « gender dysphoria » était considéré par le DSM comme une anomalie ou une morbidité de nature psychique.

    Le « gender dysphoria » désigne le malaise que ressentiraient certaines personnes de se retrouver dans un corps qui ne correspond pas à leur sexualité telle que vécue intérieurement par eux ou par elles. Donc: une personne qui aurait un corps d’homme mais qui s’éprouverait comme femme ou le contraire.

    Voir: le Globe and Mail, livraison du samedi 30, janvier 2016, p. F3.

    • 01/02/2016 20:10

      J’en profite pour vous informer que jusqu’au 2 avril se tiendra une exposition de Sylvain Tremblay – No gender : les combats des personnes intersexuées, suite à événement ayant marqué l’artiste il y a une vingtaine d’années, lorsqu’il entendit des médecins discuter de la chirurgie à effectuer sur un enfant pseudohermaphrodite, qu’il tenait dans ses bras. Les cas de vrais hermaphrodismes sont très rares, mais le sexe de l’enfant peut toutefois être ambigu aussi souvent qu’une naissance sur 3 000. À l’aide de 12 tableaux et d’une vidéo , l’artiste a « voulu proposer une réflexion sur les thèmes de l’isolement, de la différence physique et de l’acceptation dans toutes les sociétés ».

      Centre Never Apart au 7049 rue St-Urbain à Montréal
      Plus d’informations sur nogender.net

      Voir aussi les suggestions de lectures, suite à un Café scientifique du IRSC sur les transgenres
      https://lmoussakova.wordpress.com/2014/06/04/transgenre/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :