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Faune & Flore dans l’art textile aborigène

19/09/2022

Jarracharra – Vents de la saison sèche  jusqu’au 1er octobre
Premières nations de l’Australie de la Bábbara Women’s Centre à la galerie Abla Ababou de Rabat

La galerie Abla Ababou de Rabat et l’ambassade de l’Australie au Maroc, vous invitent à découvrir des œuvres textiles du peuple des Premières Nations du nord de l’Australie. Au Maroc, la maîtrise des arts du textile par le peuple amazigh remonte à des millénaires et pour en savoir plus lire le document sur mda.gov.ma et celui sur amadalamazigh.press.ma qui décrit le nœud berbère en tissage ainsi que les symboles de l’art rupestre transposés sur les tapis. De cette exposition, naîtra aussi une collaboration entre l’artiste Elizabeth Wullunmingu et la styliste marocaine Yasmina Dadi pour la création d’un caftan à partir d’un textile aborigène avec le motif du crabe de mangrove, porté élégamment, lors du vernissage, par Safae Bouchkhachekh – attachée culturelle de l’ambassade. Le Scylla serrata, également appelé crabe de palétuviers, est très abondant dans la région de Maningrida au Nord de l’Australie d’où sont originaires les 17 artistes invités, membres du Bábbarra Women’s Centre. Ce centre fondé en 1987, représente des femmes issues de diverses communautés aborigènes parlant au total douze langues dont voici la répartition géographique sur ce territoire qui signifie en langue Njebbana L’endroit où les rêves changent.

babbarra.com

L’exposition Jarracharra, déjà présentée à Paris, Dubaï, Berlin et Madrid, fait référence aux vents de la saison sèche qui s’étalent de mai à septembre, période dans laquelle, soit dit en passant, le risque d’incendie a décuplé ces dernières années. Notez qu’il y a une semaine, le pays a adopté son projet de loi dans le cadre de son objectif de zéro émission nette d’ici 2050. Le terme a toutefois été choisi, comme métaphore pour un vent qui unit les Premières Nations et la centaine de clans, de cette partie de la Terre d’Arnhem, à travers les arts & rituels rendant hommage à la nature et à leurs ancêtres. Lire aussi « Australie en terre Darnhem avec ces aborigènes qui font vivre leurs traditions depuis 60 000 ans » sur geo.fr.

Vous trouverez sur le site du Bábbarra Women’s Centre la biographie de tous les artistes et descriptions des motifs soit en mémoire de leurs traditions ancestrales, récits mythologiques ou de la nature qui les entourent. Pour préserver leur héritage linguistique, le titre des œuvres est donné à la fois en anglais et en ndjébbana, la langue parlée du clan Kunibidji qui habite autour du centre. Bábbarra est à la fois le nom du billabong, c’est-à-dire cours d’eau typique de l’Australie qui ne s’assèche jamais, et celui d’une des deux sirènes aux cheveux blancs qui ont le pouvoir de permettre aux gens d’enfanter par le simple fait de boire l’eau du billabong. Ce lieu qui regorge d’une faune diverse et d’une flore luxuriante est un lieu sacré.

Quelques oeuvres textiles de l’exposition Jarracharra par les artistes aborigènes – Deborah Wurrkidj, Jennifer Wurrkidj, Belinda Kuriniya, Janet Marawarr et Dora Diaguma

Première rangée ci-dessus, représentations de quelques espèces végétales de la région avec de gauche à droite : manwak ou fleurs de mumeka provenant d’un arbuste de la famille des Melastomataceae dont le fruit au centre ressemble à une fraise mais avec la particularité d’être astringent / Mankurndalh ou Vitex glabrata communément appelée prune noire ou prune de brousse / prunes noires, oignons de brousse non comestibles et les nénuphars ou Nelumbo nucifera ayant une grosse racine ronde sous terre avec nématodes et coléoptères aux alentours afin de représenter de façon imaginaire ce que l’on trouve sous terre lorsque l’on cherche à se nourrir / Manyawok ou cheeky yam connu sous le nom scientifique de Dioscorea bulbifera qui peut être mortel s’il n’est pas préparé au préalable selon une technique qui prend 2 jours de préparatifs, décrite sur le site de pad.katalyst.com.au.

Deuxième rangée : Filets à poissons appelés mandjabu, tissés selon une méthode ancestrale à partir de la vigne Trophis scandens, appelée aussi burny vine / Sacs traditionnels australiens pouvant être fabriqués à partir de la vigne ou de Pandanus spiralis, un buisson aux feuilles épineuses arrangées en forme de spirale / Kunkurra le vent spiral faisant allusion à la fois aux cyclones qui sévissent la terre d’Arnhem et à un lieu sacré près de la ville de Mankalord, sur lequel se trouve une pierre qui se serait transformée à partir du gras de goanna laissé par un père et son fils après avoir mangé ce lézard du genre des Varanus sp. de la famille du célèbre dragon de Komodo / La Canaroie semipalmée  ou Anseranas semipalmata du Nord de l’Australie qui peut mesurer 90 cm, au cou allongé et pattes faiblement palmées. Pour découvrir la faune & la flore de la terre d’Arnhem – ce trésor du Nord de l’Australie qui appartient aux aborigènes, visitez australia-australia.com et le site du Parc National de Kakadu adjacent à ce territoire. Voir aussi le Centre d’Art Injalak, Maningrida Arts & Culture et Bábarra Women’s Centre et pour terminer voici une vidéo sur l’histoire de ce centre incluant les artistes Deborah Wurrkidj, Sonia Namarnyilk, Janet Marawarr, etc. et Helen Williams fondatrice du Bábarra women’s centre.

Autres expositions en cours à Rabat

Au Musée Mohammed VI
Une archéologie des images –
le billet de banque marocain au prisme de l’histoire de l’art jusqu’au 30 octobre
Exposition du photographe Touhami Ennadre – Quasida noire jusqu’au 30 janvier 2023
Et au rez de chaussée, la nouvelle scénographie des peintres marocains de la collection nationale.

Galerie de la Fondation Mohammed VI sur l’avenue Allal El Fassi
Les cordes invisibles de Mohammed Cherkaoui Sellami jusqu’au 30 septembre

Espace Rivages de la Fondation Hassan II pour les marocains résidant à l’étranger
Mon interprétation de Salma Ezzammoury jusqu’au 15 octobre

Villa des arts de Rabat au 10 rue Beni Mellal
Chronique du design – de l’expérimentation artisanale au produit fini jusqu’au 29 septembre
Avec des créations d’Amina Agueznay, Younes Duret et Sammy Bernoussi
Mon rêve de Nassim Gryech jusqu’au 30 novembre

Musée national de la photographie du Fort Rottembourg
Femmes photographes – 23 femmes photographes en prolongation

 

Exposition sur la Peine de mort

07/06/2022

« Répercutez l’histoire / des sept crucifiés de l’espoir / qu’elle traverse les cités /
les plaines et les montagnes / qu’elle traverse les frontières et les océans /
et que cette aurore sanglante / devienne soleil fraternel / message tragique de notre résistance  » 
 Abdellatif Laâbi – Histoire des sept crucifiés de l’espoir aux éditions La table rase 1980

 

Le droit de vivre à l’Artorium Fondation TGCC de Casablanca jusqu’au 26 juillet

Le droit de vivre est un plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort, regroupant une cinquantaine d’auteurs et de plasticiens dont Younès Ajarri et Mahi Binebine qui en sont les instigateurs. L’exposition a été inaugurée en premier lieu au Musée d’art et de culture de Marrakech le 9 octobre 2021 lors de la journée mondiale contre la peine de mort qui coïncidait avec le 40e anniversaire de l’acceptation du projet de loi de Robert Badinter mettant fin à la peine capitale en France. La vidéo de Lumni nous rappelle que c’est en 1977 qu’ont eu lieu les deux dernières exécutions à la guillotine et que l’interdiction de la peine de mort est désormais inscrite dans la constitution française depuis 2007. Au Canada elle a été abolie pour les crimes de droit commun en 1976 et c’est en 1962 que s’est tenue la dernière condamnation. Quant au Maroc et l’Algérie la dernière exécution date de 1993 et 1991 pour la Tunisie et ils sont tous les trois considérés abolitionistes en pratique – ci-dessous en couleur orange et liste complète sur peinedemort.org. Il n’en demeure qu’il existe encore une cinquantaine de pays qui appliquent la peine de mort. Selon Amnesty International il y a eu 579 exécutions en 2021 dans 18 pays.  La Chine se classe en tête pour le nombre d’exécutions suivie de l’Iran, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, la Syrie et les États-Unis qui en compte 11 en 2021 et déjà 6 depuis le début de l’année. Et en Afrique subsaharienne on a recensé 33 exécutions en 2021 par les trois pays suivants soit la Somalie, le Soudan du sud et le Botswana.

Ci-dessous quelques ouvrages cités dans Le Droit de vivre aux éditions La Croisée des chemins 2021 qui accompagne l’exposition, qui se veut une importante action citoyenne visant à abolir une condamnation allant à l’encontre même de la Déclaration universelle des droits humains qui stipule que « Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » comme le précise Mounir Serhani à la p.189. Plusieurs auteurs soulignent que les ancêtres au pays du soleil couchant, faisaient déjà preuve de sagesse et d’humanité, comme Fadma Ait Mous qui dresse un tableau des sanctions pénales de huit tribus du Maroc. Mohamed Nedali poursuit dans le même sens, en racontant le sort réservé aux criminels dans différentes communautés Amazighs qui exclus catégoriquement la peine de mort. Il en est de même pour la Charte du Mandén  instauré à l’époque de l’empereur du Mali Soundiata Keïta en 1222 que nous rapporte Lamia Berrada-Berca.  Considéré comme une dès premières déclarations des droits humains, cette charte prône réparation et non vengeance. La postface de ce fort enrichissant complément de l’expo Droit de vivre, est signé par Raphaël Chenuil-Hazan, le directeur d’ECPM – Ensemble Contre la Peine de Mort.  Outre les photographies des magnifiques œuvres de l’exposition, on y retrouve aussi bien des témoignages, des manifestes, des textes que des poèmes de Kébir Mustapha Ammi, Mohammed Bennis et Mohamed Hmoudane ainsi que l’extrait ci-haut d’Abdellatif Laâbi tiré de son recueil Histoire des sept crucifiés de l’espoir aux éditions La table rase 1980. On y apprend aussi que la série Les condamnés de Yamou fait référence à un manuscrit du Maqamat d’Al Hariri illustré par Al Wasiti en 1237 à Bagdad, dans lequel un lecteur a rajouté ultérieurement un trait sur la gorge des personnages dans une des copies du manuscrit, en guise de révolte contre la représentation des êtres animés prohibée par certains mais qui varient selon les époques et les régions comme l’explique Sylvia Naef dans cet article du temps.ch. Voir aussi le billet sur Yamou dans le blogue Arts & Sciences, accompagné d’une explication de l’utilisation de cochenilles en art visuel et celui sur Mohammed El baz, artiste invité lui aussi avec 11 autres artistes marocains. Ci-haut, de gauche à droite sur la photo 1ère rangée –  Yasmina Alaoui, Amina Benbouchta & Ilias Selfati, Najia Mehadji  2e rangée –  Narjisse el Joubari, Mohamed El baz, Yamou  3e rangée – Mohamed Lekleti, Mahi Binebine, Fatiha Zemmouri, Itaf Benjelloun, Meriam Tagadirt et Mohamed Mourabiti.

MONTAIGNE (v.o. 1595). Les essais dont un chapitre sur la cruauté.
BECCARIA Cesare (v.o. 1774). Des délits et des peines, éditions Galimard            
HUGO Victor (v.o.1829). Le dernier jour d’un condamné, éditions Folio classique 208 p.
Albert Camus contre la peine de mort sous la dir. de Ève Morisi avec préface de Robert Batinder
KHATIBI Abdelkébir (2008). Le scribe et son ombre, éditions de la Différence, 127 p.
FOUCAULT Michel (1975).  Surveiller et punir, éditions Gallimard, 400 p.
DELMAS-MARTY Mireille (2011). Vers une communauté de valeurs, éditions Du Seuil, 448 p.
SEN Amartya (2012 v.o.2009). L’idée de justice, Flammarion, 560 p. Prix Nobel d’économie 1998
Et le texte qu’il signe – Death penalty makes killers of us all
GAINES J.Ernest (v.o. 1993). Dites-leur que je suis un homme, éditions Liana Levi,  304 p.

Voir aussi sur ce site les deux billets sur l’Opéra Death man walking incluant des références sur l’histoire des injections létales et les produits administrés, un aperçu du livre Visions capitales – Arts et rituels de la décapitation  de Julia Kristeva et celui sur la pièce de théâtre de Frédéric Desager – Chaise électrique.

Suivez les activités de l’Artorium et de son club de lecture The Kitab club
Avec entre autres Mahi Binebine pour son dernier roman
Mon frère fantôme – mercredi 15 juin à 19h

Monde végétal et Blob au Palais de Tokyo

16/05/2022

Détails de Couper le vent en trois d’Hélène Bertin et César Chevalier jusqu’au 24 juillet

« [L’agriculture] le plus utile, le plus étendu, et peut-être le plus essentiel des arts »
Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers

L’Encyclopédie de Diderot & d’Alembert

L’exposition Réclamer la Terre, couvert dans le précédent billet, permet aussi de « passer sans hiérarchie de l’art à l’artisanat en passant par des pratiques militantes » comme l’exprime dans son éditorial, le directeur du Palais de Tokyo – Guillaume Désanges.  Outre les œuvres ou installations végétales de Daniela Ortiz,  Yhonne Scarce, Abbas Akhavan et Tu Van Tran de Réclamer la Terre, on retrouve deux autres expositions en cours qui mettent en valeur la biodiversité et complexité du monde vivant soit Couper le vent en trois de Hélène Bertin & César Chevalier et Sporal de Mimosa Echard.

Dans le magazine du Palais de Tokyo, vous pourrez lire un texte au titre poétique Dialogue entre les gestes humains et le souffle des végétaux de l’artiste Hélène Bertin & vigneron César Chevalier suite aux discussions qu’ils ont eu avec Fiona Panziera – agronome et anthropologue, Violette & Jean-Luc Danneyrolles – producteur de semences, Blaise Leclerc – agronome et jardinier, Édouard Alasseur – pépiniériste d’arbres fruitiers et Hervé Coves – agronome et mycologue, dont vous pouvez écouter le Manifeste pour une agriculture de l’amour.  Suite à une résidence dans les Atelier des arques, ils impriment en risographie, un entretien avec le vinificateur Jacques Néauport pour qui les bactéries & levures indigènes du vin naturel sont indispensables. Le savoir et le partage étant deux éléments importants pour Hélène Bertin, elle expose le long du mur au sous-sol du Palais de Tokyo, 90 modèles de fleurs en papier maché d’Auzoux et de Brendel de l’Université de Lyon. L’homme d’Auzoux est le premier modèle anatomique clastique d’une soixantaine de pièces démontables, qui a fait la renommée de Louis Auzoux en 1825. D’ailleurs, une version de 1837 composée de 130 pièces vient d’être observé sous rayons X à l’ENVA. Dès 1828, ce médecin français ouvre une usine pour fabriquer ses modèles, qui s’avèrent  moins couteux et fragiles que ceux en cire de la Collection Fontana à Florence, et il rajoutera à partir de 1860 des modèles de botanique. Quelques années plus tard, en Allemagne ce sera Robert Brendel et son fils Reinhold qui fabriqueront des modèles à la demande du botaniste & microbiologiste Ferdinand Julius Cohn.

Magazine Palais no.33 Avril 2022 bilingue aux éditions Les Presse du Réel 204 p.

Le jeu vidéo de Mimosa Echard que vous décrit Pip Wallis, dans le magazine Palais no.33 sera bientôt disponible sur www.sporal.net. D’ici là, vous pouvez circuler dans Sporal l’installation sonore et visuelle au sous-sol du Palais de Tokyo. Artiste écologise et féministe, Mimosa Echard utilise le blob comme métaphore pour notre rapport aux espèces en exprimant aussi le phénomène de cohabitation, la mémoire et la reproduction selon par exemple, les écrits de la pionnière du cyber féminisme Donna Haraway. Voir aussi le bille sur le blogue Arts & Sciences, dans le cadre d’un symposium au Art Laboratory de Berlin, inspiré de Staying with the trouble de Donna Haraway pour lequel l’auteure rappelle son envoutement pour les êtres tentaculaires qui « fabriquent des attachements et des détachements : ils coupent et nouent, ils tissent des chemins et des conséquences, mais pas des déterminismes ; ils sont à la fois ouverts et noués, selon certaines manières et pas d’autres. ». Pas de divisions binaires non plus pour cet organisme unicellulaire avec plus de 720 sexes répertoriés, considéré ni animal, ni végétal, ni champignons mais classé plutôt dans le groupe des amœbozoaires sous le règne des protistes, bien que portant le nom de myxomycètes qui signifie champignons gluants ; mais contrairement aux mycètes, ils se nourrissent par absorption et ils n’ont pas de mycélium. Le côté gluant vient de la texture gélatineuse de sa surface cellulaire étendue, appelée plasmode, entourée d’une membrane de cellulose. Le plus connu de ce myxomycètes est le Physarum polycephalum. Un programme de science participative du CNRS va permettre à 15 000 apprenti-scientifiques d’être initié à la recherche afin de mieux comprendre son adaptation aux changements climatiques. Voir aussi le protocole en vidéo de la grande spécialiste de blobs en France – l’éthologue Audrey Dussutour.

https://www.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/le-blob-et-la-demarche-scientifique

Enfin, cet amour pour la nature et la végétation se poursuit à longueur d’année dans les Jardins aux habitant.es adjacent le Palais de Tokyo, comme vous constaterez avec l’hommage à Robert Milin et les résidents de ce projet collectif qui fleurit depuis 20 ans.

Voir aussi le précédent billet pour les œuvres végétales d’Abbas Akhavan, Daniela Ortiz, Yhonne Scarce et Tu Van Tran dans Réclamer la Terre et ceux plus anciens d’Adam Basanta, Catherine Lescarbeau, Que disent les plantes, etc. Ainsi que les billets qui portent sur l’environnement comme par exemple Sciences Naturelles avec Kasper Bosmans, l’expo de design graphique Re, références à la fin de L’art à l’ère du post-naturel et tous ceux autour du Bio-art.  

Réclamer la terre au Palais de Tokyo

12/05/2022

Moreton bay rivers, australian temperature chart, freshwater mussel shells, net, spectrogram 2022
de Judy Watson et graphique représenté dans l’œuvre  / The family and the zombie 2021
de Karrabing film collective  /  It makes my day so much better if I speak to all of you 2022
de Kate Newby / Receiver 2019 de Huma Bhabha 

Exposition Réclamer la Terre au Palais de Tokyo jusqu’au 4 septembre 2022
Commissaire – Daria de Beauvais  Assistante curatoriale – Lisa Colin
Conseillers scientifiques – Léuli Eshraghi et Ariel Salleh

« En rassemblant écologie, féminisme, socialisme et politiques autochtones,
l’exposition pense la sortie d’un modèle de société capitaliste
et extractiviste et adopte un regard global. »

14 artistes sont invités au Palais de Tokyo à réclamer la Terre ! Afin de la sauvegarder, il est tout d’abord primordial de constater les dégâts que l’on lui inflige, aussi bien aux non-vivants qu’aux vivants et peu importe leurs espèces. Dans le dossier pédagogique exhaustif qui accompagne cette expo et duquel est tiré l’exergue ci-haut, on retrouve une ligne du temps avec les moments marquant des manifestations historiques d’écoféminisme tels que le mouvement Chipko en 1973 où des centaines de femmes en Inde, dans le massif de l’Himalaya, se sont opposées à un abattage d’arbres en les enlaçant. 300 ans auparavant, des centaines de villages de  la communauté Bishnoï s’étaient opposés de la même manière sous la direction d’Amrita Devi – L’Inde décerne d’ailleurs un prix pour la Protection de l’environnement en son nom.  Notez aussi que le Prix Nobel de la Paix en 2004 a été décerné à la biologiste Wangari Maathai pour ses engagements en faveur du développement durable et de sa lutte contre la déforestation au Kenya. Parmi les autres dates importantes que l’on porte à notre attention, il y a celle de 2007 de la Déclaration des Nations Unis sur les droits des peuples  autochtones. Ci-haut une œuvre de l’artiste Judy Watson descendante du peuple Waanyi, qui sur de grandes toiles illustrent la disparation des îles de la Seine comme celle de l’île Louviers à Paris ou l’annexion de deux îles pour former l’île Saint-Louis en 1614. La toile en lin ci-dessus sert en revanche à sensibiliser les gens à la disparition de cours d’eau dans sa région natale du Queensland en Australie. On peut clairement voir un graphique de la hausse des températures du dernière siècle et à droite une carte des rivières de la baie de Moreton qui doivent contrer des problèmes graves d’érosion, causés par le réchauffement climatique, comme l’explique ce chapitre de livre et résumé dans le brisbanetimes.com.

International rock art red 2022 – D harding /   Rock piece Ahuriri edition 2018 – Asinnajag /
Kowkülen – liquid being 2020 – Sebastian Calfuqueo / Nono soil temple 2022 – Tabita Rezaire /
Catedral 1990-2003 – Solange Pessoa / Death song 2020 – Megan Cope

Les relations à l’environnement par des cultures ancestrales sont mises de l’avant par de nombreux artistes de l’exposition, partageant avec fierté la tradition de leurs peuples comme par exemple à l’entrée, les couvertures de D Harding qui ressemblent aux manteaux d’opposum portés par ses aïeux issus des Bidjara, Ghungalu et Garingbal de l’Australie qui en passant sont agrandit tout au long de leur vie; ou Rock piece une démonstration de rituel sur fond de paysage arctique par Asinnajag –  réalisatrice et conservatrice de l’art de l’Inukjuaq au Nunavut. À l’instar de ce lien entre le corps & la terre avec les positions des pierres comme symbole du cycle de la vie et de la mort pour les inuits, Sebastian Calfuqueo de la communauté Mapuche au Chili se fond lui dans l’eau et protester par la même occasion de la privatisation de l’eau en 1981 par Pinochet. Ce savoir-être au monde nous amène aussi à un temple dédié à la Terre par Tabita Rezaire, qui sera éventuellement replacé dans un centre pour les sagesses du corps, de la terre et du ciel à Amakaba dans la forêt amazonienne. Telle une offrande, l’installation capillaire par la brésilienne Solange Pessoa se dresse en Cathédrale grâce à des harnais en cuir, symboles du cheval colonial espagnol introduit en Amérique. Rappelons, que les dessins des tresses africaines auraient servies comme plan pour se sauver durant la période de l’esclavage comme on peut l’entendre dans cette vidéo. Quant à Megan Cope – artiste Quandamooka, elle lance un chant du cœur pour la sauvegarde de la planète à travers Death song inspiré des oedicnèmes bridés, une espèce d’oiseau disparue en Tasmanie depuis 1900 et menacée dans certaines régions d’Australie quoiqu’elle a atteint dorénavant 1500 individus . Les instruments de cette installation proviennent à la fois de matériaux locaux mais aussi d’équipements miniers ou industriels blâmant ainsi la destruction des habitats par le capitalocène. Deux autres œuvres redonne vie aux matériaux, soit les totems de Huma Bhabha composé de pneus déchiquetés, rebuts de bois et de bronze ou le recyclage de morceaux de verre trouvés à Paris déposés dans des coquilles en porcelaine faites à Limoges par Kate Newby – images à la une.

La surconsommation est également un sujet abordé dans The family par le collectif aborigène Karrabing qui se soucie à la fois de la fragilité écologique de la région de Cape Ford où vivent encore une petite communauté de Emmiyangal et de l’effacement de leur culture causé par la colonisation. De surcroît, il ne resterait qu’une trentaine de locuteurs de la langue Emmi. Sur le site de l’Unesco, on relate une étude par l’université nationale australienne publiée dans Nature ecology & evolution 16/12/2021 qui « tire la sonnette d’alarme sur l’avenir de la diversité linguistique, soulignant que sur les 7 000 langues reconnues dans le monde – dont 6 000 sont des langues autochtones – près de la moitié sont actuellement en péril, et 1 500 d’entre elles en grave danger ».

The rebellion of the roots 2021 – Daniela Ortiz / Shadow creeper 2022 – Yhonne Scarce /
Study for a monument 2013 – Abbas Akhavan et en dessous
De Vert à Orange Espèces Exotiques Envahissantes 2022 – Tu Van Tran

Le monde végétal est au cœur de plusieurs installations pour dénoncer la colonialisation, comme d’ailleurs le titre explicite La révolte des racines de Daniela Ortiz avec des histoires irréelles autour des graines de pavot utilisées pour extraire la morphine ou de l’opium dont l’Afghanistan est le premier producteur mondial ainsi qu’un autre conte fantasmagorique de graines de gombo provenant d’un plant qui avait poussé sur la sépulture d’un révolutionnaire haïtien du XVIIIe siècle et qui une fois consommée par Kerry James, lui avait aidé à écrire sa Lettre à la République.

Des ignames en verre soufflé suspendus par centaines, servent à rendre hommage aux victimes des tests nucléaires du Royaume-Uni sur le territoire d’Australie Méridionales de 1956 à 1963. Yhonne Scarce choisit l’igname car c’est le principal tubercule consommé et vénéré par les peuples de cette région ; l’usage du verre évoque à la fois notre fragilité et impuissance face à ces décisions politiques rappelant les tests par la France sur les îles du pacifique de 1966 à 1996 que résume Des bombes en Polynésie aux éditons Vendémiaire 2022 ou celles dans le désert Algérien de 1960 à 1966 comme le relate le reportage en commémoration de ces horreurs.

De son côté, Abbas Akhavan décide de représenter la destruction végétale des rives du Tigres et de l’Euphrate durant la guerre en Irak, à l’aide de sculptures en bronze de fleurs sur un drap blanc telle une sépulture. Originaire d’Iran et installé à Toronto, l’artiste récipiendaire du Prix Sotheby’s incorpore depuis toujours des éléments de la nature. Dans le cadre de la dernière édition de Momenta biennale de l’Image, Spill a était présenté au Centre Phi et vient de présenter au Mount Stuart en Écosse son Study for a garden incluant un modèle d’invasions biologiques.

À la place d’utiliser des plantes endémique, Tu Van Tran décide au contraire d’étaler des plantes devenue invasives en occident à cause de leur naturalisation sous la période coloniale. Telle une tapisserie mais qui au lieu d’être verte est plutôt orange – couleur évoquant l’horrible écocide des années soixante au Vietnam ou simplement comme signal d’avertissement imminent pour la sauvegarde de notre planète.  Notez aussi que le plan d’action 2022-2030 pour prévenir la propagation des espèces exotiques envahissantes vient d’être publié en collaboration avec l’Office Français de la biodiversité, qui estiment à 12,5 milliards d’euro par an la gestion en Europe des dommages causés par les invasions biologiques.

CARSON Rachel (2020 v.o 1962) Printemps silencieux aux éditions Wildlife project, 352 p. Militante écologiste dénonçant les pesticides dès les années…. Avec une préface d’Al Gore

D’EAUBONNE Françoise (2020 v.o 1974)  Le féminisme ou la mort, éditions Le passager clandestin, 336 p. Préface de Myriam Bahaffou & Julie Gorecki et extraits sur le site de l’éditeur. Ouvrage dans lequel apparait la première fois le terme écoféminisme.

Coll. (2016) Reclaim – recueil de textes écoféministes sous la direction de Émilie Hache, éditions Cambourakis, 416 p.

Coll.(2021) Pluriverse  – a post development dictionary, Tulika books, 384 p. sous la direction du conseiller scientifique de Réclamer la Terre Ariel Salleh

Coll. (2019). Sovereign words – Indigenous art, curation and criticism,  Valiz/Oca éditions, 288 p. Incluant un texte de Léuli Eshraghui, conseiller scientifique de Réclamer la Terre et autres…

Magazine du Palais Tokyo #33 Avril 2022

Prochain billet sur les autres expos en cours au Palais de Tokyo

Autres musées et bonnes adresses à Bruxelles

20/04/2022

http://lallaessaydi.com/

Fondation Boghosian
Mardi au dimanche de 11h à 18h   
Portrait of a lady jusqu’au 4 septembre
Ci-haut Harem #18 2009 de l’artiste et photographe marocaine Lalla Essaydi.
Article de la rtbf.be qui décrit les 5 chapitres de l’exposition qui porte sur la représentation de la femme de la préhistoire jusqu’à nos jours avec les questions de genres et de personnes non-binaires.
Michel Polak – architecte de la Villa Empain et autres édifices de Bruxelles jusqu’au 21 août
Conflits du Haut-Karabah  par le photojournaliste Olivier Papegnies jusqu’au 29 avril
Possibilité de brunch, déjeuner gastronomique ou high tea en après-midi.

Art & Marges
Mardi au dimanche de 11h à 18h
Dossier de presse de l’exposition Haute tension qui se poursuit jusqu’au 12 juin
De gauche à droite: Heide De Bruyne, Cecile Franceus, Eric Derochette, Pol Jean, Franco Bellucci  
Musée d’art brut avec œuvres d’artistes autodidactes ou d’ateliers pour personnes atteintes d’handicap mental ou en milieu psychiatriques. Voir aussi sur ce blogue tous les articles en lien avec l’Art brut incluant la Collection de Stadshof et Bruno Ducharme, le Musée d’art brut de Lausanne, Les Impatients, etc. Pas très loin de la salle d’exposition de Mont-de -piété et quelques rue plus haut, le restaurant Ploegmans offrant de la cuisine traditionnelle.

Musée d’art fantastique à Bruxelles
À quelques portes du Musée de la maison Horta
Sur réservation ou toutes les fins de semaine de mai à septembre 14h à 17h
Exposition Daub-o-graphic de collages numériques d’une faune fantasque et hybride jusqu’au 29 mai
Dossier pédagogique  incluant un lexique de différents personnages de la mythologie du monde entier.

Musée Horta
Réservation obligatoire et fermé le lundi
La maison de style Art Nouveau dans laquelle l’architecte Victor Horta a vécu de 1898-1919
Pause au chaleureux Forcado Pastelaria, spécialisé en natas, au coin de la rue de ces deux musées ou à quelques rues du Stella coffe bar dont une part des profits sont remis à une organisation pour la protection des animaux helpanimals.be.

Musée Antoine Wiertz
À deux pas du Parlement de l’Union Européenne
Mardi au vendredi de  10 à 12h  et  de 12h45 à 17h
Situé dans l’ancien atelier du peintre sculpteur et homme de lettres du mouvement romantique qu’il occupa en 1853 et dans lequel on peut voir de gigantesques toiles et pour en savoir plus sur cet artiste controversé voir ce guide pédagogique qui aborde les thèmes du miroir, de la femme fatale et de la mort. Ci-dessus un autoportrait, La belle Rosine – deux jeunes filles et la sculpture Naissance des passions.

Parlement Européen
Visites et activités éducatives proposées sur le site du parlement
Délicieuse pause déjeuner ou diner dans la magnifique resto-boutique Arthur’S qui existe depuis presque trente ans déjà, à la place du Luxembourg devant le parlement.

Vanhaerents Art Collection
Horaire très restreint et sur rendez-vous seulement
À 10 minutes à pieds de Centrale for contemporary art
Collection familiale comprenant The hunter 2007 de l’artiste québécois « chaorismatique » David Altmedj.

La Centrale for contemporary art
Mercredi au dimanche de 10h30 à 18h
Projet hors-les-murs Pikuur de Vincen Beeckman à l’Hôpital Saint-Pierre
Située dans une ancienne centrale électrique au cœur du quartier Ste-Catherine, ce centre propose diverses expositions et évènements à longueur d’année. Pause incontournable au Noodzee – La mer du Nord pour une dégustation de fruits de mer mais à défaut de trouver une place, vous risquez de devoir vous contenter d’un réconfortant bol de ramen en face.

Surveillez sans faute la programmation du Elevensteens – un espace de création contemporaine à plusieurs étages, qui met de l’avant de jeunes créateurs, ayant récemment reçu Yoshikazu goulven le maître, le céramiste Réjean Peytavin et becraft.org. Une fois que vous traverserez le jardin de Victor de Laveleye – ministre de la justice 1937 et de l’éducation nationale 1944, vous pouvez soit manger une pizza à la Molisana Saint-Gilles ou vous gâter à la Friterie de la Barrière ou un peu plus loin la Friterie Patatak du Parvis Saint-Gilles en face du Café Flora avec une machine à photomaton au sous-sol pour immortaliser vos souvenirs.

Pour terminer, liste des musées classiques sur le site de Visit.brussels dont l’ensemble des Musées Royaux des-Beaux-arts de Belgique, l’Atomium doté d’un restaurant panoramique et à deux pas du Musée du design; ainsi que quelques propositions de lieux inusités comme le Musée des égouts et plusieurs autres sur les sites Bruxelles secrète, Brussel is yours & Baroudeurs liégeois et puisque vous vous demandiez certainement à quel endroit vous procurez le meilleur chocolat de Belgique  – Ethel Dixon vous en propose.

Rappelons que les documentaires Les silencieuses et le Pavillon des douze vous permettront de mieux apprécier les statues et autres œuvres d’art dans l’espace public de Bruxelles et il en est de même de celui sur l’artiste Jean-Michel Folon (1934-2005) présenté en Première mondiale cette année au  Festival International du Film sur l’Art à Montréal. Une de ses statues se trouve dans le vestibule de l’espace Jacquemotte conçu par l’architecte Michel & Laurent Jaspers , qui viennent d’ailleurs d’y installer sur le toit une gigantesque sculpture de Luck Van Soom , portant bien son nom –  Dans les nuages.

Voir aussi les musées de Bruxelles,  mentionnés dans les précédents billets
Centre d’art contemporain Wiels, Train World et Musée de la bande dessinée.
Et ce parcours personnel de bar hopping incluant un arrêt au Musée des brasseurs belges.

Sciences Naturelles avec Kasper Bosmans au WIELS  

19/04/2022

Husbandry de Kasper Bosmans au Wiels jusqu’au 14 août
Commissaire Zoë Gray

Kasper Bosmans est un artiste belge pluridisciplinaire qui s’amuse dans cette exposition, à utiliser le langage visuel pour raconter des histoires issues de la mythologie ou des contes & légendes tout en évoquant le monde du numérique. Il s’intéresse ici, tout particulièrement à la façon que l’humain regarde la nature et l’influence d’où le titre de l’exposition Husbandry qui implique l’élevage, l’agriculture et de surcroit la domestication animale et végétale par la transformation ou contrôle humain. Étymologiquement husbondi signifie maître de la maison et viendrait du vieux norrois, une langue scandinave médiévale. Dans une entrevue pour le magazine The Word, l’artiste explique comment il a été influencé par Asger John (1914-1973) du mouvement CoBrA et l’importance pour lui de jouer avec à la fois l’intuition et les connaissances. On remarquera aussi dans l’exposition, les affinités de l’artiste avec le langage CoBrA d’Asger John, qui selon Willemijn Stokvis, a su utiliser un jargon plastique pour décrire un idéalisme social – réf. Le rappel au désordre. Asger John d’hier à d’aujourd’hui par S. Lecoq-Ramon. Rappelons que le mouvement CoBrA fondé à Paris en 1948, vient d’un acronyme des trois capitales Copenhague Bruxelles et Amsterdam d’où sont originaires les instigateurs. Et bien que Kasper Bosmans précise que son travail n’a pas un but didactique, voici tout de même quelques compléments scientifiques à certaines de ses œuvres.

1. Appaloosa

Appaloosa est une race de chevaux de la région des grandes plaines aux États-Unis dont le nom vient de la région appelée pelouse par les Canadiens français et d’une rivière du même nom – puis de la pelouse on est passé à la prononciation à l’anglaise de Appaloosa. C’est le gène dominant LP pour Leopard Complex qui est responsable des caractéristiques de la couleur de la robe, qui peut varier de complètement blanche à l’apparition d’une multitude de taches foncées, tels un léopard ou dalmatien. Les études en génétique ont montré que si le gène PATN1 pour first pattern gene était également exprimé, les taches étaient alors encore plus abondantes. La présence du gène LP provoque aussi des sabots striés et une sclérotique blanche et lorsque les deux gènes sont présents le cheval peut malheureusement être atteint de la cécité nocturne congénitale non évolutive – CSNB qui se manifeste dans un environnement à faible luminosité.

2. No more wings

Le scarabée, symbole de renaissance dans l’Égypte ancienne est un coléoptère [ koleos étui / pteron aile ]. Certaines espèces ont une paire d’ailes antérieures appelé élytre, soudée et leur empêchant parfois de voler.  La structure de cet exosquelette flexible & protecteur a fasciné les chercheurs qui ont découvert qu’elle pouvait dans le cas du Phloeodes diabolicus résister à une pression de 39 000 fois le poids de leur corps  – réf. Nature Vol. 586 p.543-548. Les sciences de l’ingénierie peuvent profiter de ce phénomène, pour développer selon ce modèle des matériaux plus résistants dans le domaine de l’aérospatial ou autres. Les scarabées du désert, de la famille des Tenebrionides, ont d’ailleurs, déjà été le sujet de biomimétisme pour leurs propriétés de capter l’eau du brouillard grâce à leurs bosses convexes hydrophiles. L’eau se rend ensuite à sa bouche, en glissant le long de sa carapace hydrophobe. En reproduisant ce système, à l’aide de tiges hydrophiles et plaques hydrophobes, on peut ainsi faire la collecte de plusieurs litres d’eau dans de grands bassins. Illustrations du phénomène dans l’article de T.Boisson et sur le site de Onisep.fr et retrouver plusieurs autres exemples sur la page facebook de l’Institut de Biomimétisme de Montréal fondé par Moana Lebel.

3. Wolf corridor

Corridor écologique ou biologique est ce qui désigne un couloir naturel permettant la libre circulation des espèces animales et végétales afin de protéger les écosystèmes contre la fragmentation des territoires causés par les humains. Les meutes de loups, par exemple, étaient absentes depuis plus de cent ans en Belgique, mais grâce à certaines réglementations et implantation de corridors écologiques, on les retrouve maintenant en Wallonie et dans la région de Limbourg d’où est natif Kasper Bosmans – les premiers louvetaux du couple August et Noëlla y sont nés en 2020. Voir aussi les dossiers pédagogiques du WWF et le site du Wolf Fencing Team qui aide à une meilleure cohabitation entre le loup et les éleveurs.

Quant aux œufs aux Pierres (estomac) que vous verrez à l’exposition, une affiche indique qu’ils proviennent réellement de la poule qui pour aider la digestion avalent des pierres, ce qui peut sembler contradictoire pour la majeure partie des gens. N’ayant pas de dents, la poule avale les grains qui sont emmagasinés et ramollis dans le jabot au niveau de l’œsophage, pour être dégradés par des enzymes et de l’acide chlorhydrique au niveau du proventricule. Ils passent ensuite dans le gésier qui grâce à sa couche musculaire, broie les graines et ce mécanisme est facilité par les cailloux qu’elles avalent. Toujours dans la même salle – Bird nose count sont des immenses panneaux en émail avec des représentations d’œufs de tailles diverses. Kasper Bosmans a pris la peine de recenser les 115 espèces d’oiseaux des peintures du XVIIe siècle du célèbre Melchior D’Hondecoeter et de les disposer sur cette murale en taille réelle. Vous pourrez lire la raison du choix de ce matériel dans le guide du visiteur.

Poursuivez maintenant avec les charmants & ludiques Podcas’Kets dans lesquels Kapser Bosmans & ses amis vous racontent les œuvres. Pour en savoir plus écouter les propos de l’artiste et de la commissaire Zoë Gray sur le site du Wiels et procurez-vous sa monographie  Dovetail parue en 2020. Ce centre d’art contemporain est situé dans les anciennes brasseries Wielesman-Ceuppens entre le parc de Forest et La Senne à Bruxelles.  Le bâtiment a été construit en 1930 par l’architecte Adrien Blomme et rénové en 2008 par la firme Art & Build. De gigantesques cuves de brassage en cuivre servent de décor à l’entrée d’une salle spacieuse pouvant servir à des événementiels. Vous pouvez prendre un verre ou grignoter sur place et bouquiner des livres d’art au niveau de la mezzanine. Ne quitter surtout pas les lieux avant de faire un tour au sommet de l’édifice pour une vue à 360° sur Bruxelles.

Également au Wiels
Tête à tête de Huguette Caland jusqu’au 12 juin
Fille unique de Bechara El-Khoury, 1er président du Liban
Dossier de presse sur la ligne Nour pour Pierre Cardin et séries telles que Bribes de corps, Hommage to Pubic hair, The Silent letters, etc. Vidéo de Brigitte Caland qui nous raconte la passion, l’élégance et l’humour de de sa mère ainsi que ses œuvres préférées. Ci-dessus : Nous deux 1972, Hommage to pubic hair 1992 et Appleton 1 2009.

Autres expositions à Bruxelles dans les précédents billets.

Train World – Orient Express

14/04/2022

Exposition Orient-Express au Train World à la gare de Schaerbeek à Bruxelles jusqu’au 17 avril

Le musée Train World à la Gare de Shaerbeek est un lieu qui plaira à toute la famille et qui offre des visites adaptées pour personnes malvoyantes ou atteintes d’handicap mental. Que vous vous prêtiez au jeu de la chasse au trésor ou non, prévoyez toutefois plusieurs heures, pour visiter ce musée et l’exposition temporaire qui, pour quelques jours encore, porte sur le train mythique de l’Orient-Express. L’industrie ferroviaire a été un secteur économique important pour la Belgique au XXe siècle et non négligeable aujourd’hui avec Alstom à Bruges, auparavant Bombardier, et une partie à Charleroi avec un total de 1900 employés.

 John Cockerill (1790-1840) est un industriel fondateur de la société sidérurgique à Seraing et à qui l’on doit la première locomotive à vapeur du pays en 1835 appelée Le belge,  selon un modèle des ingénieurs George & Robert Stephenson qui dix ans auparavant, avaient conçu The locomotion. Une statue de John Cockerill à la place du Luxembourg, est décrite dans le documentaire Les silencieuses de Claude François. Le sculpteur Armand Cattier, le représente entouré de quatre ouvriers soit le forgeron Lognoul, le mécanicien Beaufort, le puddleur Lejeune et le houilleur Jacquemin, rendant ainsi hommage aux différents corps de métiers. Notez que c’est en Belgique que l’on inaugure en mai 1835, la première ligne publique de chemin de fer d’Europe reliant Bruxelles-Malines. C’est d’ailleurs un ingénieur liégeois Georges Nagelmackers (1845-1905) qui crée la Compagnie Internationale des Wagons-Lits en charge du premier train transcontinental européen légendaire, reliant Paris à Constantinople en 1883. Pour ensuite s’étendre vers Damas et Bagdad via Alep en 1930 avec le Taurus express et avec des correspondances vers Le Caire. Cela prenait 67h 30 au tout premier Orient-Express pour parcourir 3050 km (Paris-Constantinople) au coût astronomique pour l’époque de 5 000 euros. Pour Nagelmackers qui avait antérieurement voyagé aux États-Unis, le confort de ses wagons primés avant tout plus que la vitesse. Notez qu’aux États-Unis les wagons-lits Pullman avaient beaucoup de succès et ont été introduits au Canada vers 1870 ; et c’est en 1885 que la compagnie Canadien Pacifique termine son projet colossal de relier le pays d’un océan à l’autre. Pour en connaitre plus sur cette réalisation périlleuse, jouant un rôle crucial dans le développement de la nation canadienne voir le cpconnecting.ca.

Dossier de presse et aperçu de l’exposition sur pointculture.be ou le petitjournal.com

Voir aussi le site Mediarail de Frédéric de Kemmeter et celui de Michel Marin sur l’histoire des chemins de fer en Belgique incluant des scientifiques belges de l’époque comme par exemple Jean-Baptiste Laflamme qui commença à utiliser de la vapeur surchauffée, Paul Moës qui développa des moteurs à essence, Leo Baekeland pour ses recherches sur la matière plastique moulée issus de déchets industriels à fonctions diverses dans l’industrie ferroviaire, etc. On y mentionne aussi le décès tragique du poète Emile Verhaeren en 1916 dont voici les dernières strophes des Trains  et d’autres moins glorifiantes sur le site Trains et écologie XIX-XXIe en vue du colloque Le chemin de fer, deux siècle d’enjeux environnementaux qui s’est tenu il y a quelques mois à Lyon.

Programme des balades littéraires et conférences (en ligne) sur le site du musée Train World
Autres billets sur Bruxelles dans les billets antérieurs et à venir…

Bulles de Louvre – Musée de la BD 2/2

09/04/2022

Planche de L’île Louvre de Florent Chavouet et Albums de la Collection musée du Louvre aux éditions Futuropolis avec de gauche à droite ceux de Nicolas De Crécy, Li Chi Tak, Stéphane Levallois, Jiro Taniguchi / Florent Chavouet, Etienne Davodeau, Philippe Dupuy & Loo Hui Phang, Christian Lax, Charles Berbérian // Naoki Urasawa, Coll., Taiyo Matsumoto, David Prudhomme, Enki Bilal // Hirohiko Araki, Eric Liberge, Christian Durieux, Marc-Antoine Mathieu, Bernard Yslaire & Jean-Claude Carrière, Judith Vanistendael et le mangaka Minetarō Mochizuki à venir…
Collection Musée du Louvre aux éditions Futuropolis

 

Exposition Bulles de Louvre au Musée de la BD à Bruxelles jusqu’au 11 septembre

Le Centre belge de la bande dessinée nous offre une superbe exposition regroupant une vingtaine de bédéistes qui ont depuis 2005, publié leurs ouvrages dans la Collection musée du Louvre des éditions Futuropolis. L’idée de jumeler l’univers muséale à celui du 9e art est venu de Fabrice Douar, conservateur & éditeur du musée du Louvre qui a donné aux auteurs carte blanche ainsi qu’un accès au musée jour & nuit, pour qu’ils puissent s’inspirer soit du lieu, des objets, des conservateurs et gardiens voire du public.

Sans que l’environnement soit au cœur du sujet, les bouleversements climatiques servent de décors à Nicolas de Crécy dans Période Glaciaire et L’île Louvre de Florent Chavouet pour qui son album fut quasi prémonitoire car quelques mois plus tard Paris fut à nouveau inondée par la crue de la Seine. Depuis le XXe siècle ont compte pas moins de 25 inondations, avec comme record celle de 1910 où l’eau de la Seine avait atteint 8,62 m submergeant ainsi les pieds de la Tour Eiffel. Cet article de The conversation, nous explique l’importance de limiter le taux d’élévation du niveau de la mer à 4 mm par an, sinon l’élévation de 1 m prévue d’ici la fin du siècle engendrerait de graves répercussions et comme on pourra entendre dans le vidéo de protect-slr.eu la fonte de la calotte de l’Antarctique a elle seule, recouvriraient le monde entier sous 58 m d’eau ! De surcroît, nos émissions de serre responsables du réchauffement climatique retardent de plusieurs dizaines de millénaire la prochaine Période glaciaire imaginée par Nicolas de Crécy. Il y raconte la découverte du Louvre tel une Terra incognita par des archéologues du futur qui essaie de décortiquer notre civilisation à travers l’observation des tableaux de Poussin, Delacroix, Géricault, etc. Notre-planète-info présente quelques études inquiétantes sur les modifications des cycles géologiques de l’Holocène par l’activité humaine, d’où l’apparition du terme Anthropocène et voici le dernier volet du rapport du GIEC déposé le 4 avril, proposant une liste de solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et limiter le réchauffement climatique à 1,5°C – résumé sur goodplanet.info. Nicolas de Crecy s’est également intéressé aux frères Wittengstein pour son exposition reprise en 2020 à la Galerie Huberty & Bryene à Bruxelles. Le Manchot mélomane est une articulation entre la vie de Paul le pianiste et Ludwig l’auteur du Tractatus logico-philosophicus. Voici le vidéo de son exposition accompagnée de la sonate pour main gauche de Prokofiev composé pour Paul Wittengstein mais interprété ici par Rudolf Serkin et d’autres partitions pour main gauche dans le cadre du film Left hand sur Norman Malone sur ce blogue Arts & Sciences.

Albums de Nicolas de Crécy et de Florent Chavouet / Crues historiques de la Seine contrepoints.org

L’exposition Bulles de Louvre survolera le temps à travers de nombreuses civilisations du monde entier allant de la plus ancienne en Mésopotamie  via l’épopée de Gilgamesh selon Charles Berberian jusqu’à celles du futur en passant par la civilisation des Dogon à la culture des Cyclades par Judith  Vanistendael. Soulignons que Vanistendael est lauréate du prix de la BD Citoyenne Bulle d’humanité 2020 pour Les deux vies de Pénélopes qui raconte le parcours d’une chirurgienne, durant la guerre en Syrie,  « qui n’attend pas, ne tisse pas mais sauve des vies ». On passera également à travers une partie de l’histoire du Louvre de l’époque de son inauguration en 1793 avec le récit de Bernard Yslaire & Jean-Claude Carrière jusqu’à l’ajout de sa pyramide de verre par l’architecte I.M. Pei (1917-2019) dans l’œuvre de Taiyo Matsumoto, sans compter ses innombrables merveilles dans chacun des albums de la collection de Futuropolis. Un de ces trésors, est la statuette en bois du Mali de la région de TinTam, près de la falaise de Bandiagara – région faisant partie du patrimoine mondiale de l’Unesco. Le peuple animiste Dogon venant du Sud s’y sont installés vers le XIe siècle. Un masque Dogon – Iminana ou mère des masques en forme de serpent d’une longueur de 11 m taillé d’un arbre dans toute sa longueur,  fait d’ailleurs partie des œuvres sacrées devant être restituer comme on le déplore dans le livre Restituer le patrimoine africain de Felwinne Sarr & Benedicte Savoy et tout récemment dans le documentaire Restituer ? L’Afrique en quête de ses chefs d’œuvres 2021 de Nora Philippe. Quant à Une maternité rouge, l’auteur Christian Lax utilise cet objet Dogon symbole de fertilité du XVI siècle que l’on trouve au Pavillon des Sessions du Louvre salle 424 pour dénoncer aussi le sort des migrants comme le résume l’article dans jeuneafrique.com.  

Pour terminer, voici quelques planches de Leonard 2 Vinci de Stéphane Levallois connu pour ses collaborations avec de grands réalisateurs internationaux tels que Jodorowsky, Louis Leterrier, Jan Kounen, Peter Weber, Ridley Scott, Wong Kar Wai, etc. Dans le cadre de l’exposition du Louvre pour les 500 ans de la mort de ce génie, il transpose l’univers de Leonard de Vinci au 16 000e siècle où il apparaitra comme clone, effectué à partir d’une empreinte d’un de ses tableaux.  Dossier pédagogique en lien avec l’exposition est disponible sur le site du musée.

Une maternité rouge de Christian Lax / Capture d’écran du documentaire Restituer ? L’Afrique en quête de ses chefs d’œuvres 2021 de Nora Philippe montrant les seules pièces béninoises restituer sur un total de 3 000  / Restituer le patrimoine Africain de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy aux éditions Seuil 2018, 191 p. extrait ci-dessous du poème traduit en français p.138-139.

Je cherche Oluyenyetuye, bronze d’Ife  /  Il est à Bonn, répond la lune
Je cherche Ogidigbonyingboyin, masque du Bénin  /  Il est à Londres, répond la lune
Je cherche Dinkowana, trône d’Ashanti  /  Il est à Paris, répond la lune
Je cherche Togongorewa, buste du Zimbabwe  /  Il est à New York, répond la lune
Je cherche  /  Je cherche  /  Je cherche la mémoire de l’Afrique
Les saisons disent qu’elle souffle dans le vent
Le bossu ne peut dissimuler son fardeau
Africa’s memory de Niyi Osundare 1998 p.43

Pour s’amuser un peu, voici le carnet d’activités de l’exposition Bulles de Louvre
Archéologie en bulles pour découvrir la collection d’une autre manière
Voir le précédent billet sur le Centre belge de la bande dessinée
Et la carte des murales à Bruxelles interactive ou à imprimer

Musée de la BD 1/2

07/04/2022

Centre belge de la bande dessinée par Pieter De Poortere (Dickie / Boerke)
et dossier pédagogique avec en page couverture un dessin de Philippe
Geluck (Le chat)

Musée de la BD à Bruxelles

Le centre belge de la bande dessinée est situé dans un magnifique édifice de style Art nouveau que le célèbre architecte Victor Horta (1861-1947) avait conçu en 1906 pour abriter les magasins Waucquez. Un large escalier avec une rampe ornée de fleuron et un lampadaire d’époque en fer et granite, sous une grande verrière forment le hall d’accueil de cet édifice entièrement rénové en 1989 par l’architecte & urbaniste Pierre Van Assche. Au rez-de chaussée, de ce que l’on appelle communément le musée de la BD, se trouve une librairie dans laquelle les amateurs de bande dessinée pourront y passer des heures et un café doté de la luminosité et des courbes propres à Victor Horta.  Notez que plusieurs immeubles de Horta font partie du patrimoine mondial de l’Unesco. Vous pouvez également visiter la maison dans laquelle il a habité dans le quartier Saint-Gilles ainsi que Le pavillon Horta au parc du Cinquantenaire avec un bas-relief de Jeff Lambeaux décrit dans le documentaire de Claude François – Le pavillon des douze.

Au premier étage du Centre belge de la BD, on vous présentera un aperçu succinct de l’histoire de la bande dessinée et de chaque étape du processus de création d’une BD. Deux autres espaces sont dédiés à Peyo (1928-1992) le père des Schtroumpfs ainsi qu’à Boerke ou Dickie de Pieter De Poortere. À vous maintenant, de les repérer sur l’affiche ci-haut ! Quant aux origines de la bande dessinée moderne, que plusieurs pays se disputent la paternité, on s’entend tous, qu’elles remontent à la préhistoire avec l’art pariétal suivie des fresques hiéroglyphiques de l’Égypte ancienne. Les vases antiques grecs, narratifs à partir du IXe siècle AEC et la colonne dorique de Trajan à Rome avec sa frise de 200 m de long et ses 2 570 personnages ainsi que la tapisserie de Bayeux de 70 m sur la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant regroupant 626 personnages sont d’autres exemples d’ancêtres de la bande dessinée. En Asie, autour du VIIIe siècle, ce seraient les rouleaux peints soit les emaki au Japon ou leurs précurseurs en Chine et en Corée. Dans ce bref parcours historique, on pourra voir un ancien modèle d’histoire découpée par cases, accompagnée d’une photo du manuscrit médiéval cistercien de la bible du XIIe siècle dit d’Étienne Harding. Sur cette séquence d’enluminure de 17 cases, on y voit le roi David qui se bat contre un lion, une autre contre Goliath et une du roi jouant de la harpe devant Saül qui s’apprête à le tuer. La bande dessinée gagne en popularité avec le développement des procédés de gravures, de lithographie et l’invention de l’imprimerie. L’Histoire de monsieur Jabot et Les amours de monsieur Vieux Bois par le suisse Rodolphe Töpffer (1799-1846) sont considérés comme étant les premiers albums de bande dessinée, imprimés en estampes selon un procédé de lithographie appelé l’autographie décrit sur topfferiana.fr d’après la thèse de doctorat de C. Filliot sous la direction de J.Dürrenmatt. Les journaux feront alors la place aux caricaturistes et bédéistes satiriques qui en profiteront pour aborder des sujets sociétaux & politiques comme le flamand Abraham Verhoeven (1575-1652), William Hogarth (1697-1764) en Angleterre ou Charles Fillipon (1800-1862) en France et dont on voit un aperçu des trois à l’exposition. Lire aussi Naissance de la bande dessinée « de William Hogarth à Winsor McCay en passant bien sûr par Töpffer, Cruikshank, Oberlander, Cham ou Gustave Doré » par Thierry Smolderen 2009 aux éditions Les Impressions nouvelles 2009, 144 p. Voir aussi le site phylacterium.fr sur ce l’origine de ce rouleau qui se défile et servant de bulle déjà au Moyen-Âge. Pour plus d’informations sur l’expositions permanente L’invention de la BD au Centre belge de la bande dessinée, consultez le dossier pédagogique de Jean Auquier et de Fanny Kerrien ainsi que les références ci-bas.

Bulletje & Bonestaak de George van Raemdonck – pionnier de la bd en Belgique
et autoportrait de l’artiste en 1917 pour le Amsterdammer

Au deuxième étage, dans une des trois expositions temporaires, les visiteurs pourront découvrir George Van Raemdonck (1888-1966), un pionnier de la bande dessinée en Belgique. Peintre, caricaturiste et illustrateur né Anvers,  il s’associe avec l’écrivain allemand Adrianus Michael De Jong pour la création d’une série de bande dessinée avec comme personnages deux jeunes garçons Bulletje & Bonestaak, traduit en français par Les aventures de Fil-de-fer et Boule-de-gomme. On apprend, qu’avec le dessinateur Liégois Georges Ista, vingt ans plus tôt, ils étaient parmi les rares à avoir un personnage récurrent et aussi qu’à la même époque, le peintre & graveur flamand Frans Masereel publia en France et en Allemagne, ce qu’on l’on appellerait aujourd’hui un roman graphique sans paroles; Et que les principaux dessinateurs flamands de bande dessinée qui succèderont à Van Raemdonck sont Willy Vandersteen (1913-1990) et Marc Sleen (1922-2016).

Autres expositions temporaires au Centre Belge de la Bande Dessinée
Blake et Mortimer – Le secret des espadons jusqu’au 1er avril
Bulles de Louvre jusqu’au 11 septembre et aperçu dans le prochain billet

Suggestions de lecture en lien avec l’histoire de la BD à travers le monde

PEETERS Benoit (2022). 3 minutes pour comprendre 50 moments clés de l’histoire de la bande dessinée, éditions Trédaniel, 162 p. Extrait disponible sur le site de l’éditeur.

SMOLDEREN Thierry (2009). Naissance de la bande dessinée de William Hogarth à Winsor McCay, éditions Les Impressions nouvelles 144 p.

GROENSTEEN Thierry (2017). La bande dessinée au tournant, Les Impressions nouvelles, 128 p.
Auteur également d’Un art en expansion – 10 chefs-d’œuvre de la BD moderne 2015,
 M. Töpffer invente la bande dessinée 2014 et plusieurs autres.

BELLEFROID Thierry (2015). L’âge d’or de la bande dessinée belge, Les impressions nouv., 96 p.

CASSIAU-HAURIE Christophe et MEUNIER Christophe (2010). Cinquante années de bandes dessinées en Afrique francophone, éditions Harmattan, 108 p. Du même auteur Histoire de la BD Congolaise et Histoire de la BD au Cameroun

DAUBER Jeremy (2021). American comics – A History, éditions Norton, 592 p.

KOYAMA-RICHARD Brigitte (2022). Mille ans de manga, Flammarion, 272 p.
man – dérisoire / ga – image

ALDAMA Luis Frederick et GONZALEZ Christopher (2022). Encyclopedia of World Comics
Manga, Anime, Tintin, and more from around the globe,
éditions Greenwich 807 p.

PAQUES Frédérick (2011). Avant Hergé – Étude des premières apparitions de bande dessinée en Belgique francophone (1830-1914) [Thèse de doctorat, Université de Liège sous la direction de Jean-Patrick Duchesne]

Le site de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image à Angoûlème

Les femmes à l’honneur en BD aux éditions Calaméo

Voir aussi le musée Félicien Rops à Namur

 

Et sur ce site le billet sur le Musée de l’imprimerie à Lyon, la rubrique Science en images,
quelques BD scientifiques de 2014, 2015, 2016 et 2017
ainsi que les Sciences dans les albums de Tintin.

Aperçu de l’expo Bulles de Louvre dans le prochain billet….

Sculptures de Bruxelles 2/2

28/03/2022

Silencieuses  de  Claude François

Poursuivons maintenant avec 4 autres savants, que vous pourrez voir
dans Les silencieuses de Claude François ou simplement en déambulant dans les rues de Bruxelles.


1. André Vesale (1514-1564) auteur du célèbre traité d’anatomie en sept volumes De Humani corporis fabrica ou La fabrique du corps humain qui apparait d’ailleurs dans le coin inférieur droit de La leçon d’anatomie du Dr. Tulp de Rembrandt et qui inspira ces quelques vers de Baudelaire. Il paraitrait que c’est près de la colline Galgenberg, à la vue des cadavres exécutés à l’époque devant une foule, que grandit André Vesale et qu’il eut envie de devenir médecin. Voir aussi sur ce site l’amphithéâtre de l’Université de Padoue où à enseigner André Vesale de 1537 à 1543 et quelques planches anatomiques de ces disciples de l’Université de Valence.  André Vesale a toutefois dû revenir servir le roi Charles Quint qu’il soigna de la goutte à l’aide de la racine de Chyne. Lorsque le roi abdiqua, il servit son fils Philippe II et il est même appelé d’urgence lors de l’accident mortel qui transperça l’œil de Henri II en 1959 peu après le mariage de Philippe II avec sa fille Élizabeth de France.  Une exposition lui a été consacré en 2015 au Musée de Coudenberg en collaboration avec le Musée de la médecine de Bruxelles.

2. Au Palais des Académies de Bruxelles, c’est la statue d’Adolphe Quetelet (1796-1874) qui trône à l’entrée. Il était à la fois mathématicien, astronome, naturaliste, poète et statisticien. La revue accromath explique comment ses recherches ont contribuées de différentes manières à des études sociologiques en appliquant les lois de la probabilité à des phénomènes humains. Les biostatistiques et l’indice de masse corporel font partie de son lègue. Il fut également le fondateur de l’Observatoire royal de Belgique en 1826 pour lequel il développa des modèles basés sur des données météorologiques et observa le retour annuel des perséides.

3. Un peu plus loin, dans le jardin du Palais des Académies une imposante sculpture de Jean Servais Stas (1813-1891) a été conçue avec la collaboration de l’architecte franc-maçon Victor Horta (1861-1947). Plusieurs de ses habitations d’architecture Art Nouveau font partie du patrimoine mondial de l’Unesco et c’est lui qui a également créé le fameux Pavillon néoclassique abritant le bas-relief de Jef Lambeaux mentionné ci-haut. De chaque côté du buste de Jean Servais Stas, se trouvent un chérubin avec une balance et des poids à gauche puis un autre avec un alambic et un serpentin à droite, pour symboliser la chimie & la physique. Le choix des plantes qui les entourent n’est pas anodin non plus car on y fait pousser des jusquiames, du pavot et du tabac – 3 sources de narcotiques. Le documentaire relate justement une anecdote digne des intrigues de Maigret qui raconte que le médecin et chimiste analytique Jean Servais Stas avait pu prouver l’empoisonnement de Gustave Fougnies par le Compte de Bocarmé et son épouse, à partir d’un concentré de nicotine pure. Le rapport de médecine-légale est disponible sur medicolega.tripod.com au chapitre VI p.78.

4. Quant au chirurgien Louis-Joseph Seutin (1793-1862) il est non seulement le premier anesthésiste du pays en utilisant alors du chloroforme mais invente aussi une technique pour réduire les fractures à partir d’un bandage à base d’amidon pour lui donner de la rigidité et parce que c’était en secourant une chèvre à la patte brisée que lui vint l’idée, on y référait amicalement comme « la méthode de la chèvre de Monsieur Seutin ». Il joua également un rôle très important dans la réforme du système hospitalier de la Belgique et sa statue est à l’entrée du CHU St-Pierre à Bruxelles.

Entrevue avec le réalisateur sur cinergie.be et liste des sculptures du film sur imagecreation.be
Les fiches pour les sculptures à Bruxelles sont disponibles sur ebru.be
ou dans le répertoire participatif des bronzes et des fontes belges.

Le Festival International du film sur l’art a pris fin dimanche dernier, mais vous pouvez toutefois visionner les films à longueur d’année sur Arts.film . Voir aussi sur ce blogue les précédents billets en lien avec FIFA et ceux à venir qui porteront sur des expositions & bonnes adresses à Bruxelles.

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