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Mohssin Harraki et Sciences arabes

21/07/2021

L’ombre des racines 2020 série (2) de Mohssin Harraki
dans le cadre de l’exposition Le feu qui forge à l’Atelier 21 jusqu’au 30 juillet

L’Histoire des sciences situe l’âge d’or des sciences arabes du VIIIe au XIVe siècle. Plusieurs mots en sciences proviennent d’ailleurs de l’arabe tels qu’algorithme (nom du mathématicien Al-Khwârizmî),  algèbre ( al-djabr  ou reconstruction ), zéro et chiffre (ṣĭfr ou vide), sinus (jaib ou cavité), azimut et zénith (as-simt ou chemin) et pour connaitre la liste des 417 mots français d’origine arabe consultez espacefrançais.com.

À la suite d’une formation scientifique, l’artiste Mohssin Harraki complète un diplôme des beaux-arts de Tétouan et des Écoles Supérieures d’Art de Toulon et Dijon. Cet été, il est en résidence à la Cité internationale des art Montmarte dans le cadre de la programmation d’Art Explora et participe à Moroccan Trilogy au Musée Reina Sofia à Madrid jusqu’au 21 septembre. L’ombre des racines, ci-dessus, évoque le concept de mémoire et de nos origines se faisant discrètes parfois, mais toutefois bien profondes et fait écho au titre de son œuvre Éclipse en 2017. Comme l’explique la commissaire Salma Lahlou dans le catalogue p.13  « cette œuvre qui prend pour référent la nature traite d’une problématique récurrente dans le travail de Harraki, en lien avec l’écriture des Histoires. […] l’histoire par strate et niveau de difficulté. […] Une lucidité que cultive l’artiste face au traitement de l’information et qui trouve une résonnance toute particulière à l’ère de la désinformation. Comment accéder au noyau dur de la connaissance ? En faisant danser les murs, en lisant les images, en regardant les textes, en articulant des métaphores à partir de la nature. »  Salma Lahlou

Dans cette nouvelle série, Mohssin Harraki incorpore des extraits du Théorèmes de géométrie de Qadi-Zadeh Rumi (1364-1436) considéré le Pythagore de Samarcande, qui fut le professeur du prince Ulugh Beg soit l’astronome de Samarcande dont Jean-Pierre Luminet relate la vie aux éditions JC Lattès 2015 et avec lequel ils bâtiront l’observatoire et élaboreront les tables astronomiques sultaniennes – voir billet sur ce site. Mohssin Harraki n’en ai pas à ses premières œuvres inspirées des sciences comme le détail la revue Diptyk n°37 2017 en citant sa série Khossouf (Eclipse) inspirée des textes de l’astronomie arabe qui décrivent le phénomène et de l’Almageste de Ptolémée. Ses installations et vidéos Anwar al-nujum ou Les lumières des étoiles sont quant à elles, d’après un manuscrit de commentaires sur Les nouveaux tableaux astronomiques ou al‐Zīj al‐jadīd d’Ibn al-Shâtir. Grand horloger à la mosquée de Damas, Ibn al-Shâtir était un de plus éminents astronomes musulmans du XIVe siècle qui proposa de nouvelles idées et modifications aux théories de Ptolémée – plus d’explications sur wdl.org . C’est également à partir d’une de ses illustrations que Mohssin Harraki crée sa sérigraphie sur 22 panneaux de verres collées intitulée Najm ou Étoile. De plus,  vous pourrez vous amuser à repérer les étoiles d’une vingtaine de constellations antiques dont celle de la Lyre ci-dessous, dans sa série Ciel dessine la Terre. Aux métaphores célestes, géométriques ou végétales, s’enchevêtrent littérature, poésie et philosophie. Pour ne citer que quelques autres exemples,  il transpose sur plaques de verres les Rubáiyát d’Omar Khayyám  – quatrains dont vous pouvez lire les traductions d’Edward Fitzgerald en anglais et de Charles Grolleau en français. Rahat Al-Aql ou Peace of mind fait référence au livre de Hamid al-Din al-Kirmani  et son Débat imaginaire entre Averroès et Porphyre est tiré de l’image d’un manuscrit du XIVe siècle. Voir aussi Rien no.01.26-01, une autre œuvre de Mohssin Harraki sur ce blogue, présentée dans le cadre de l’exposition Ajammar qui s’était tenue au Musée de la Fondation Abderrahman Slaoui en 2018.

Site web de l’artiste

Voir aussi sur le blogue Arts & Sciences
le précédent billet sur l’exposition Le feu qui forge
et parmi de plus anciens, sur les savants du monde arabe,
un tableau de plusieurs scientifiques par Mahmoud Hammad, Ulug Beg – l’astronome de Samarcande, un survol de l’exposition sur les traces d’Ibn Batouta, Institut du Monde Arabe à Paris, Musée du Bardo pour sa collection d’astrolabes, les règles de navigations par Mâdjid, Musée de l’histoire et des civilisations pour les recherches en archéologie incluant les découvertes sur le site de Jebel Irhoud ainsi que Volubilis, Géologie & autres merveilles du Maroc, pharmacopée marocaine traditionnelle de Jamal Bellakhdar et les ouvrages en références en lien avec les colloques Transfert des savoir médicaux et Médecine arabe & tunisienne puis des œuvres de l’artiste Mounir Fatmi inspirées aussi de l’âge d’or des sciences arabes.

Feu qui forge à l’Atelier 21

21/07/2021

Le feu qui forge à L’Atelier 21 jusqu’au 30 juillet
Commissaire Salma Lahlou

Exposition collective autour de Mohamed Melehi (1936-2020) qui s’est éteint en octobre dernier mais dont la flamme continuera de brûler à travers son leg, qui va au-delà de ses œuvres, que ce soit par les étudiants qu’il a formé à l’École des Beaux-Arts de Casablanca, le graphisme de la revue Souffles dans les premières années, le travail d’éditeur à la revue Intégral, le Festival des arts d’Assilah qu’il co-fonda, etc. Parmi ses nombreuses autres contributions, il seconde le docteur Abdellah Zioui Zioui à l’organisation d’une semaine d’art thérapie en 1981 dans laquelle artistes de divers domaines partagent le quotidien des patients de l’hôpital psychiatrique – Prouvée bénéfique pour les patients, cette expérience fut répétée à maintes reprises, telle que mentionnée dans le billet du 10/4/21 sur Abbès Saladi qui faisait des fresques dans plusieurs des établissements hospitaliers qui le soignait. Dans cette exposition, c’est à partir de Flame1976 « ce flambeau de l’ardeur créatrice, le cœur matriciel de la créativité » de Melehi que des œuvres de 21 autres artistes contemporains scintillent. En voici quelques-unes qui intègrent l’environnement par leur composante ou thématique. Bien que Yamou nous dépeint la nature dans toute sa splendeur, Safaa Erruas ne manque pas avec Terre du ciel de nous rappeler que cette beauté est précaire compte tenu de l’état de la planète et de la fragilité des écosystèmes. Les sciences de la Terre fascinent d’ailleurs plusieurs des artistes de cette exposition, via l’utilisation d’éléments tels que des pigments fluorescents combinés à de la gomme arabique et au bichromate de potassium par Mustapha Azeroual dans Monade ou d’objets organiques disposés comme en offrandes par Khalil El Ghrib, ou d’autres symbolisant des traditions ésotériques par Fatima Mazmouz ou de manière plus scientifiques par des représentations morphologiques de la Terre à partir d’images de Google earth de Saïd Afifi dont ont a pu voir récemment Outside my land à la galerie Abla Ababou – billet du 21/01/2021. Voir aussi sur le blogue Arts & Sciences les molécules de Yamou et son utilisation du carmin de cochenilles et notez surtout qu’il sera l’invité à l’Atelier 21 dès la rentrée.

De gauche à droite: Khalil El Ghrib / Fatima Mazmouz / Yamou / Safaa Erruas

Le prochain billet portera sur l’œuvre de Mohssin Harraki, également dans cette exposition,
et qui intègre un traité de géométrie du XIVe siècle ainsi que ses œuvres précédentes
inspirées des savants du monde arabe.

Fondation Montresso – Jardin Rouge

27/06/2021

Fondation Montresso – Jardin Rouge à quelques km de Marrakech en direction de la route de Fès
Directrice artistique de la Fondation Montresso – Estelle Guilié
Réservation sur info@montresso.com

La fondation Montresso a été créé en 2009 et reçoit à chaque année des artistes en résidence. Pour l’instant, le public est invité à prendre rendez-vous afin d’admirer les œuvres de la collection qui se trouvent sur ce lieu incontournable pour tout amateur d’art contemporain. Éventuellement, l’accès se fera pour un plus grand nombre à la fois permettant aux familles de passer toute une partie de la journée à sillonner le jardin parsemé d’installations offertes par les artistes en résidences depuis toutes ces années et de visiter plusieurs espaces d’expositions dont une ancienne écurie aménagée à cette fin. Le Jardin Rouge est doté de 8 résidences d’artistes du monde entier qui durant leur séjour sont encouragés à expérimenter de nouvelles techniques et peuvent s’ils le souhaitent, avoir le soutien de spécialistes ou artisans du Maroc pour parfaire leur projet. Les artistes en résidence ont de plus, la chance de discuter et d’échanger sur leurs pratiques durant les dîners et séminaires organisés. Le principal Espace d’art Montresso de 1300 m2 peint à l’extérieur par Rero (How much is enough) et inauguré en 2016, présente trois expositions par années dont celle du programme XXL (Mohamed Saïd Chair, Poes, Skunkdog – XXL #3, Hendrick Beikirch, David Mesguich, Kouka, Rero – XXL #2, JonOne, TilT, FenX, CédriX Crespel – XXL #1 ) qui est en cours. Le titre fait référence à la notion de démesure avec laquelle on veut confronter l’artiste pour qu’il aille le plus loin possible dans sa démarche artistique et en toute liberté. Vous remarquerez dans cette liste, la présence importante d’artistes du street art, que le fondateur Jean-Louis Haguenauer apprécie particulièrement. C’est d’ailleurs avec de nombreux artistes russes du monde du street art tels que Vitaly Rusakov, Vitaly Tsarenkov alias SY et Zmogk, qu’à commencer cette merveilleuse aventure. Entrevue avec le fondateur Jean-Louis Haguenauer sur artterritory.com

Michael Reese

Le photographe et plasticien Michael Reese qui est présentement en résidence d’artiste à la fondation Montresso, aborde les questions d’identité et de mémoire. Au centre communautaire culturel d’aviation de Fulton au Nord d’Atlanta, on retrouve sa série rendant hommage aux aviateurs afro-américains portant le titre  A force proportional to their masses qui évoque les difficultés qu’ils ont dû surmonter à cause de leurs origines. Dans son atelier du Jardin Rouge, il poursuit les thématiques qui lui sont chers à partir de photos d’archives de ses aïeux et continue à expérimenter les techniques de cyanotypes. Cette technique a été inventée en 1842 par l’astronome, chimiste et photographe John Herschel en utilisant des sels ferriques (au lieu de sels d’argent comme en photographie argentique) qui sous les rayons UV se transforment par une réaction d’oxydoréduction en ferrocyanure ferrique ou hexacyanoferrate Fe4[Fe(CN)6]3 , donnant une magnifique impression en bleu de Prusse ou cyan-bleu.  L’année suivante, en 1843 la botaniste Anna Atkins commence à publier sous forme de fascicules ce qui est considéré comme le tout premier ouvrage de photographies British Algae : Cyanotype Impressions  – illustré entièrement de cyanotypes.

« Chacun est responsable de la planète et doit la protéger à son échelle »  Yann Arthus-Bertrand

Pascal Konan

Dans la Salle des casques (dénommée ainsi en raison des dizaines de casques de guerre suspendus aux intérieurs roses servant de luminaires – idée de J.L .Haguenauer lui-même) c’est l’artiste engagé  ivoirien Pascal Konan qui expose ses cartes urbaines de villes qu’il affectionne à partir de cartes électroniques recyclées pour dénoncer la problématique de la gestion des déchets et de l’obsolescence programmée. Notez que c’est d’ailleurs dans le domaine de la récupération du plastique que le fondateur de Montresso a débuté sa carrière d’entrepreneur comme nous apprend l’article de N. Michel dans la revue Jeune Afrique. Quant à Pascal Konan, qui cherche à sa façon de rendre le monde meilleur, il incorpore dans Que se passe t-il ? cette phrase ci-haut prônant l’écoresponsabilité citoyenne et fait  parfois également usage d’un jeans délavé pour représenter la planète remplie de taches foncées illustrant la dégradation de la couche d’ozone, dénonçant par la même occasion le contenu de produits nocifs dans la  manufacture de vêtements que ce soit des colorants cancérigènes, des perturbateurs endocriniens ou autres produits toxiques pour l’environnement, comme le décrit le rapport de Greenpeace de 2018. Pascal Konan est récipiendaire du Prix de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine à Dak’art de 2012 et a eu l’opportunité de séjourner à la Cité des arts de Paris en 2014. Lire aussi « Pascal Konan éveilleur de consciences » de P.Gbikpi. Voir le précédent billet sur ce blogue avec What do you choose to see de Fatima Benhamza, Waste Identity d’Adedayo Aàdesokan et livres de référence sur la gestion des déchets en Afrique.

Présentoir de monographies et de livres d’art à la librairie de la Fondation Montresso
Et quelques suggestions de lecture en lien avec la pollution de l’industrie du textile

ANGUELOV Nikolay (2015). The Dirty Side of the Garment Industry: Fast Fashion and Its Negative Impact on Environment and Society, CRC Press, 208 p.

BHATIA S.C. et DEVRAJ S. (2017). Pollution Control in Textile Industry, Taylor & Francis, 342 p. 

MUTHU S. (2020). Chemical management in textiles and fashion, éditions Woodhead, 228 p.

SHABBIR M. (2019). Textiles and clothing: envrionmental concerns and solutions, Wiley 342

Detox deconstructed affiche de la campagne de Greenpeace
Et site du dernier Sommet de textile durable 2019.

 Marrakech par Pascal Konan 200 x 200 cm

Autres expositions en cours à Marrakech :

Comptoir des mines dans le quartier Guéliz
Simohammed Fettaka – un guide andalou jusqu’au 8 septembre

MCC gallery dans le quartier industriel Sidi Ghanem
Amine El Gotaibi dans le cadre de visite à Okavango jusqu’au 1er août

Pokespace du Emerging Business Factory dans le quartier industriel Sidi Ghanem
Beyond boundaries de Mouad Adali avec Souleimane Jojo et Dietmar Jokisch  jusqu’au 3 octobre

Musée Yves St-Laurent & Jardin Majorelle
Bert Flint  prolongation jusqu’au 1er août

MACAAL – Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden
Outisders/Insiders ? Artistes d’Essaouira prolongation jusqu’au 14 novembre
Revoir quelques artistes de l’expo au Macaal tenue lors de la COP22

Exposition Kassita de Younes Miloudi à l’Institut Français de Marrakech jusqu’au 8 juillet

Et suivre la riche programmation d’activités et rencontres au Riad culturel du 18 Derb El Ferrane.

Idée de programme pour un weekend à Marrakech : Vendredi de 17 à 19h  Fondation Montresso – Apéro au 68 Bar à vin et dîner au Baromètre ou au Petit cornichon // Samedi matin MCC Gallery et boutiques aux alentours – Déjeuner au Azailai urban souk et visite du Comptoir des mines – En après-midi Le 18 et pause au jardin secret  – Apéro au El Fenn et dîner au Comptoir Darna ou dans le jardin du Al Fassia d’Agdal // Dimanche matin le musée Yves St-Laurent & Majorelle – Déjeuner dans le jardin du Royal Mansour ou de La Mamounia – Le Macaal en après-midi et sur la route du retour arrêt au Musée Aman – Mohammed VI pour la civilisation de l’eau. Autres choses à voir Dar el Bacha – Musée des confluences, Musée nationale du tissage et du tapis Dar Si Said, MACMA – Musée d’art et de la culture de Marrakech, Palais de la Bahia, Maison de la photographie de Marrakech, David Bloch Gallery et autres bonnes adresses sur luxurylife.ma.

Echos au Cube – Independent Art Room

01/06/2021

Le Cube Independent Art Room à Rabat

Ce centre d’artiste, fondé en 2005 par l’historienne de l’art Elisabeth Piskernik, accueille plusieurs résidents par année et comprend une riche bibliothèque de 600 ouvrages mis à la disponibilité des visiteurs. Sa dernière exposition Echos comprenait des photographies et vidéos de six lauréats d’un concours du programme TransformAfrica, organisé par Le Cube-Independant Art Room et la fondation Heinrich Böll de Rabat. L’artiste Ayo Akinwandé, était revenu sur la tragique explosion d’un dépôt d’armes d’une caserne militaire au Lagos en 2002 causant la mort de plus de 500 personnes, dont plusieurs noyées en tentant de traverser les canaux pour s’enfuir. Il est également commissaire d’expositions et coauteur de Àsìkò: On the Future of Artistic and Curatorial Pedagogies in Africa. Younes Ben Slimane avait pour sa part, rendu hommage aux traditions ancestrales de la fabrication de la brique pendant que les photos d’Amine Oulmakki suivaient les traces d’un homme cherchant péniblement un site idéal pour planter son olivier.  Quant à Mohamedali Ltaief, il avait choisi la vidéo comme médium pour une insertion dans la nature – celle de la forêt d’Ain Draham en Tunisie, qui en passant a suscité la mobilisation des citoyens pour éviter sa déforestation. Dans le cadre de cette exposition, s’est tenue également une période de discussions avec l’écrivain et journaliste Hicham Houdaifa cofondateur de la maison d’édition En Toute Lettres et l’urbaniste Houda Hissar dans laquelle on a projeté en guise d’introduction, le court métrage de Souki BelghitiIl n’y aura pas de Noé pour nous sauver du prochain déluge, que certains avaient pu voir à Casablanca lors de l’exposition EMA’rt Les Yeux ouverts l’année dernière. Aperçu de l’expo Echos qui s’est terminée à la fin mai dans la vidéo ci-bas de Younes Belrhazal et dans la revue Diptyk  par H.Outarahout « L’art interroge la menace environnementale  ».

« En abordant les problématiques de la gestion des déchets, les conséquences pour la nature
et les êtres vivants et malgré tout l’espoir de s’en sortir, les artistes révèlent à travers différents médias
comme l’installation, la photographie et la vidéo la réalité vécue en Afrique
depuis le prisme environnemental. » Achraf Remok

What do you choose to see 2020 de Fatima Benhamza et Waste Identity 2020 d’Adedayo Aàdesokan

Parmi les lauréats, voici deux autres artistes optant comme sujet les déchets. L’une pour les transformer soit en un monde imaginaire de beauté ou de calvaire, l’autre qui aspire à un monde meilleur en utilisant la métaphore de la migration humaine. Les œuvres de Fatima Benhamza qui est en plus architecte et rédactrice pour la revue A+E Architecture et Environnement, reflétées ses préoccupations sur les pratiques et politiques en matière d’urbanisme. Quant au nigérian Adedayo Aàdesoka, ingénieur mécanique de formation, il est actuellement en résidence pour développer sa série Waste Identity à partir de clichés déconcertants de migrants Bola Bola du dépotoir d’Olusosun au Lagos, sa ville natale. Bola signifiant déchets en langue haoussa, Bola Bola est le terme utilisé pour ceux, qui pour survivre se voient obliger d’accomplir la tâche ingrate de travailler dans cet immense dépotoir de 45 000 hectares dont émanent des produits toxiques. En l’espace d’une année, 16 900 tonnes de déchets électroniques au Nigéria provenaient des États-Unis seulement, en plus des 500 millions de tonnes de plastique déversées en 2019 dans le monde mais principalement au Kenya, ce qui soulève l’indignation de Green Peace et plusieurs autres organismes. Voici tout de même quelques solutions proposées par l’EPA dans ce guide finalisé en 2021 ainsi que des initiatives sur la gestion des déchets au Lagos du think tank citoyen WATHI et quelques lectures en lien ci-dessous.

IHEKA Cajetan (2021). African ecomedia – network forms planetary politics, Duke UPress, 336 p.

KASELE Mbungu Patrick (2021). Dealer avec ses déchets – le petit guide de gestion durable des déchets en milieu urbain africain, éditions Librinova, 33 p. Premier numéro d’une série de 4.

ENYEGUE E. (2020). Typologie et problématique de la gestion des déchets en Afrique

OUFENE A. (2020). Déchets plastiques et santé environnementales en Afrique de l’Ouest

BERLINGEN Flore et CHÂTEL Lara (2019). Territoires Zero Waste, éd. Rue de l’échiquier, 151 p.

Suivre le blogue Afrika21 – Actualité de l’économie verte, de l’environnement et du développement durable

Voir les 6 reportages vidéo sur la gestion des déchets au Maroc

Et autres publications de TransformAfrica

Prochain évènement au Cube – Say Art With Love
Dans le cadre du Festival des Arts Indigènes – vendredi 4 juin à 18h
Restitution de l’édition FA 101 commémorant 101 ans d’enseignement de l’art au Maroc.
Conversation avec Ziad Naitaddi – sortie en résidence du Cube Independent Art Room 10 juin 18h.
Ainsi que l’exposition Points de vues de Salima S. El Mandjra du 16 au 25 juin.

Voir aussi le billet sur ce site pour d’autres Galeries d’Art à Rabat.

V-Art Spaceship

05/05/2021

Art Spaceship par V-Art
Commissaire – Anna Schvets
En collaboration avec TAtcher’s Art Management
Présentations en ligne du jury et des participants le mercredi 5 mai animé par Gregory Ayvazov

La nouvelle plateforme d’art numérique V-art vient de lancer sa première exposition virtuelle Art Spaceship en collaboration avec le TAtcher’s Art Management pour lequel la commissaire Anna Schvets en est la directrice générale. Dans le passé, Anna Schvets a eu la chance de diriger l’Antarctic Biennale et de participer à Dark Paradise : humans in Galapagos de Paul Rosero Contreras avec la participation des scientifiques Margarita Brandt et Nataly Guevara. Pour cet événement de grande envergure qu’est Artspaceship, elle réunit 21 artistes du monde entier dont les œuvres seront ultimement déployées un jour au-delà des différentes couches de l’atmosphère terrestre comme à l’origine le disque d’or dans Voyager en 1977 ou celle de Stephen Little attaché sur l’astromobile Rover lors de la mission Spirit de 2003 en direction de Mars ou plus récemment les ouvrages du Arch Mission Foundation envoyés en premier dans l’espace en 2018 dans la Tesla et dont le programme se poursuit.

Voici un aperçu ci-dessous des projets d’Art Spaceship avec en hyperliens les vidéos, installations et sculptures de chacun des artistes dont les thématiques tournent autour de l’exploration spatiale, la technologie, la mémoire et une vision créative de ce que nous réserve le futur. Pour plus d’informations consulter le catalogue et revoir le lancement en ligne sur site de V-Art.

Head in a cloud de 2MVD Damjan Minovski & Valerie Messini (Autriche)
Immersion dans des espaces imaginaires par deux architectes.

How to make a Mazar de Dan Li (Chine)
À défaut de trouver des mazars, l’artiste décide d’en créer un numérique.
Pour en savoir plus sur ces sanctuaires Ouighours et lieux de pèlerinages, lire cet article dans le British Journal of Ethnomusicology vol. 11 no.1 p. 101-118 et celui sur leurs destructions en Chine.

Digital Fossil_Corrupt Galatian de Milos Peskir (Serbie)
Montage audio-visuel comme représentation de l’évolution entre humains et artefacts numériques.

Ephemeral Void-Space I de R.Gopakumar (Inde)
De la série Élements (Terre, Eau, Feu, Air et Espace) composée à partir d’algorithmes.

Sleeper d’Alexandra Dementieva (Belge)
Tapisseries d’images transformées du film Sleeper de Woody Allen, accompagnées d’explications via l’application Blippar.

Claxo M. d’Alejo Reinoso (Équateur)
Publications sur instagram d’un personnage de fiction extraterrestre. 

Listening Space d’Afroditi Psarra & Audrey Briot (É-U – Grèce – France)
Interception d’ondes des satellites NOAA dont les images sont par la suite retranscrites sur une matière textile servant ainsi de mémoire.

Desert Stars de Felipe Carrelli (Brésil)
Documentaire en réalité virtuelle, associé au projet Amanar de Galileo mobile qui a entre autres comme mission la vulgarisation scientifique dans des camps réfugiées à travers le monde tout en étant à l’écoute de leurs visions de l’univers.

Doll+ Body Transmigration in its Ideal Fantasy de Ran Zhou (Canada)
Réflexion sur notre image au corps dans la complexité que décrit le philosophe japonais Kiyokazu Wakabayashi dans son dernier ouvrage bientôt traduit et en utilisant une poupée symbolisant le cyborg.

Nine! Eight! Seven! And So On… de Art Clay (Suisse)
Artiste, musicien, commissaire et inventeur d’objets divers tels un instrument de musique, un générateur de son optique, un contrôleur électronique en temps réel, etc.

Back up my memories de Selen Citron et Luc Lunardi (Italie)
Est-il possible de cristalliser le cerveau ? Pourrions-nous congeler les souvenirs et les dégeler dans un futur rapproché grâce aux recherches scientifiques ? Font partie des interrogations de cette équipe bicéphale.

Marsbug de Thomas Herzig (Autriche)
Conception d’un robot modulaire s’articulant sur six pattes et avec toit solaire par un architecte.

Data Fossils de Nirit Binyamini Ben-Neir (R-U)
Hypothèses sur l’archéologie du futur en créant des fossiles à partir de photos numériques.

The Oasis de Samer El Sayary (Égypte)
Construction architecturale inspirée du projet Mars Oasis d’Elon Musk.

Terminal Blink de Vadim Epstein (Russe)
Utilisation de réseaux neuronales artificiels comme modèles de la perception sensorielle humaine permettant de repenser sa sémantique et esthétique.

Red Valley de Bohdan Svyrydov (Ukraine)
Qu’est-que ce serait de vivre sur Mars si un jour nous y arrivons? Comment imaginons-nous la vie à sa surface ? Est-ce simplement un désert rouge poussiéreux ? Est-ce un paysage avec des objets habituels, mais de couleur rouge ? Est-ce vraiment rouge ?

Little crown de Paulius Sliaupa (Lithuania)
Observations nocturnes de l’environnement et analyse de la manière par laquelle notre notion de paysage change avec le temps.

Realness – Intimate Garden de Sandrine Deumier (France)
Immersion sensorielle dans un jardin cybernétique. Philosophe et artiste, Deumier est aussi auteure de poésie multimédia protéiforme que l’on trouve sur son site.

Transition footprint de Vitaly Yankovi (Ukraine)
Visualisation de mutations de l’empreinte numérique laissée après une balade en forêt à partir des données de traçage sur cellulaire.

Star Cities/Organised Worlds de Priyanka Das Rajkakati (France)
Imaginez, si une forme de vie hyper-intelligente devait concevoir des galaxies… Tel est le sujet de l’œuvre de Priyanka Das Rajkakati- Ingénieure en aérospatiale, Priyanka fait partie des jeunes étoiles montantes sélectionnées par la revue Forbes India 2021. Dans cette entrevue de l’Institut Polytechnique de Paris, elle raconte son inspirant parcours et implication pour encourager les femmes à poursuivre des carrières scientifiques.

The Afro-Futurist Guide To Time Travel de Chari Glogovac-Smith (É-U)
Compositrice, vocaliste, instrumentaliste et diplômée en écologie elle observe les pratiques du collectif Black Quantum Futurism ; au travers des images d’archives on entendra son texte dont voici un extrait: However, in the middle of my internal fanfare and raving over the development of new tools and ideas, I can’t help but observe a still quietness within myself. The stillness is a pause. It is a question. It asks: As we rush toward the bright technological future ahead, what of our humanity might we be leaving behind that is of value?

Voir aussi l’Association Francophone de Promotion de la Réalité Augmentée et les billets sur le site Arts & Sciences en lien avec des œuvres inspirées du Voyager Golden Record, celles de Patrick Coutu et Yann Pocreau de la galerie Division ainsi que l’aperçu de l’exposition Parallax-e aliant Art & Astronomie  incluant Women with impact de Bettina Forget et de nombreuses autres références d’oeuvres d’art en lien avec la physique.

Sci-Art Mondes Parallèles

21/04/2021

 

Mondes parallèles – colloques en ligne et ateliers du 24 avril au 21 août
Par Convergence Initiative et le Musée des Beaux-Arts de Montréal

Convergence initiative est une organisation fondée en 2016 par Cristian Zaelzer dédiée à l’avancement des connaissances en neurosciences et en art et à la promotion de la pollinisation croisée entre ces deux disciplines. À cet effet, l’Association canadienne des neurosciences lui a décerné un Prix en 2020. Leur site web décrit chacune des nombreuses activités organisées par Convergence initiative avec leurs divers partenaires et vous pouvez vous inscrire à leur blogue afin de rester au courant des évènements à venir. Le prochain, intitulé Mondes parallèles se fera en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal et sera accessible à tous via la plateforme Zoom. Cinq invités discuteront de leurs recherches en lien avec un pigment en particulier ou autour de la perception des formes et couleurs avec un guide-bénévole du MBAM qui en profitera pour présenter des œuvres de la collection en lien avec la thématique. Le public en ligne pourra ensuite interagir avec eux lors d’une période de questions. Tandis que la semaine suivante, des ateliers animés par des artistes en arts visuels sont prévus. Voici un aperçu du programme et pour en savoir plus consulter le site convergenceinitiative.org.

Vantablack considéré le noir le plus noir du monde, est un revêtement conçu à partir de nanotubes de carbones absorbant presque la totalité de la lumière. Les droits légaux du Vantablacka dans le domaine artistique ont été achetés par Anish Kapoor. Vanta est l’acronyme pour Vertically Aligned NanoTubes Arrays.

Cramoisi ou crimson en anglais est un mot dérivé de quirmiz en arabe, cremesin en vieil espagnol signifiant venant du kermès soit une famille de cochenilles parasitant le chêne tout comme le rouge de cochenilles, qui  lui provient de celles choisissant comme hôte des cactus.

Uranium À partir du minerai broyé et traité on obtient une pâte jaune appelée Yellow cake qui doit ensuite passer des étapes de conversion et d’enrichissement avant d’alimenter les réacteurs nucléaires. Quoique très toxique, le pigment obtenu a toutefois été utilisé depuis des décennies pour la fabrication de verre et de céramique.

YinMn aussi appelé Bleu d’Oregon ou Bleu de Mas en référence au chercheur de l’Université de l’Oregon ayant découvert en 2009 ce pigment inorganique composé d’Ytrium, Indium et de Manganèse. Il vient toutefois d’être approuvé par l’Agence Américaine de protection de l’environnement et se retrouvera sur le marché à un prix très onéreux.

Alexa 488 est un fluorochrome de couleur verte dont l’émission maximale est obtenue lorsque excité à 488 nm. Il est fréquemment utilisé pour observer l’actine et la tubuline en microscopie.

Samedi 24 avril 17h30 
Un monde sans couleurs – troubles de perception des couleurs
Avec Marie-Josée Daoust du MBAM et le neuroscientifique Patrick Cavanagh
co-auteur de The Visual World of Shadows aux éditions MIT Press 2019, 409 p.

Atelier avec Bettina Forget le dimanche 2 mai
Analyse de la perception de lumière et de l’obscurité en abordant la prosopagnosie ou cécité des visages et l’akinétopsie i.e. cécité des mouvements. La sci-artiste Bettina Forget est aussi directrice de la Galerie Visual Voice et du programme d’artiste en résidence de l’institut SETI.

Samedi 15 mai 13h
La couleur de passion – couleur, une construction sociale
avec Louise Gauvreau du MBAM et la neuro-esthéticienne Dwaynica Greaves
Également poète et blogueuse https://dwaynicagreaveshq.squarespace.com/blog

Atelier avec Darian Goldin Stahl le dimanche 23 mai
Examen des liens linguistiques avec les couleurs et les évocations sensorielles entre les mots et la vision. Elle partage dans cette entrevue sa récente expérience Sci-Art au laboratoire de fertilité de l’Université McGill.

Samedi 19 juin 13h
Empoisonné par la couleur – neurotoxicité et colorants
Avec Christiane Hudon du MBAM et le chimiste Oskar Gonzalez Mendia
Auteur d’un livre sur les éléments chimiques dans le monde de l’art intitulé Por que los girasoles se marchitan ? ou Pourquoi les tournesols se fanent-ils ? aux éditions Calamo 2020, 240 p. et du blogue en espagnol KimikArte.

Atelier avec Laura Rosero le dimanche le 27 juin
Recherche de couleurs dans votre cuisine ou ailleurs à la maison et fabrication de peinture avec matériaux inusités. Elle est designer et participa en 2019 avec l’Université Concordia à la production de visuels déclencheurs pour EEG.

Vendredi 16 juillet 17h30
Images dans les nuages – Paréidolie
Avec Sylvie Douyon du MBAM et le neuroscientifique cognitif Karim Jerbi
Qui n’est pas à sa première collaboration Sci-Art; Il y a quelques années il participa à un projet de la cie Les Sens des mots en collaboration avec l’INSERM de Lyon et la dramaturge Sabryna Pierre pour la création de la pièce de théâtre Swan song ou La jeune fille, la machine et la mort publiée dans la Collection Binôme aux éditions Solitaires Intempestifs.

Atelier avec Antoine Bellemare Pépin le samedi 25 juillet
Applications pratiques et créatives en lien avec la science de la paréidolie. Après une maitrise au BRAMS – Laboratoire international sur le Cerveau, la Musique et le Son avec Isabelle Peretz, il poursuit son doctorat à l’Université Concordia sur un projet en lien avec la créativité, les signaux électrophysiologiques et les compositions algorithmiques.

Vendredi 13 août 17h30
Un fluorescent fantôme – L’Utilisation de molécules fluorescentes en neuroscience
Avec Madeleine Colaco du MBAM et Melina Jaramillo Garcia la coordonnatrice de la plateforme du Centre de Recherche Douglas en Microscopie Moléculaire et Cellulaire.

Atelier avec Jihane Mossalim le samedi 21 août
En utilisant la protéine fluorescente verte (GFP) comme exemple, exploration de l’utilisation de la couleur comme outil pour détecter des éléments qui pourraient être très difficiles ou impossibles à voir à l’œil nu. Elle aborde dans ses œuvres la mémoire individuelle & collective et dirige les beaux-arts de l’Initiative Convergence.

 

Voir aussi sur le blogue Arts & Sciences tous les articles en lien avec le Bio-Art ainsi que la diapo du mois sur la GFP, un exemple de paréidolie sur un tableau du XVIe siècle, Yamou pour son utilisation du carmin de cochenilles  et évidemment la série Histoire d’une couleur – des origines à nos jours de Michel Pastoureau aux éditions Seuil 2020 – Noir, Rouge, Jaune, Bleu et Vert  ou à l’émission Hors Champs sur France Culture.

Abbès Saladi 2/2

10/04/2021

À gauche – page du catalogue d’Abbès Saladi et détail d’une œuvre de l’artiste
À droite – fossiles d’archéopteryx de la période jurassique découverts en Allemagne
et d’un Confuciusornis sanctus mâle du crétacé inférieur provenant de Chine.

Le catalogue de cette exposition de la Banque Centrale du Maroc comprend de magnifiques dessins féériques d’Abbès Saladi et des textes signés par Benyounes Amirouche, Abderrahman Benhamza, Jean-François Clément, Abdelhah Diouri, Moulim El Aroussi, Farid Triki, ainsi que Jean-Michel Bouqueton pour la préface. Outre une flore luxuriante et une faune fourmillante d’insectes, scorpions, crustacés, poissons, tortues, chevaux, etc. qui traversent l’œuvre de Saladi, vous remarquerez la présence d’oiseaux sous formes multiples – humanisés, mammiférisés, reptilisés ou gigantisés, au corps de paon, colombe, pigeon ou échassier avec ou sans aigrette, ailes latérales ou caudales, comme l’observe Jean-François Clément dans un ouvrage non publié. Dans cette même étude, il remarque les similitudes entre l’oiseau-reptilisé de Saladi et l’archéopteryx considéré comme l’ancêtre des oiseaux. Les plus anciens fossiles d’archéoptéryx (qui signifie « ailes anciennes ») ont été préservés dans le calcaire de Solnhofen en Bavière et présentent des caractéristiques mi-oiseau mi-reptile. De l’oiseau les plumes, les clavicules fusionnées formant la furcula et un hallux ou première phalange pointant vers l’arrière tandis que du reptile il a en commun des dents au lieu d’un bec, un sternum plat et non un bréchet ainsi qu’une longue queue composée d’une vingtaine de vertèbres sans la présence d’un pygostyle. Ryan Carrey et son équipe de l’Université de la Floride du Sud, viennent d’ailleurs de démontrer que la plus ancienne plume fossilisée trouvée en 1861 appartient bien et bel à l’archéoptéryx Scientific Reports 2020 vol.10. Pour en savoir plus sur les capacités à voler ou non de l’archéoptéryx, lire le dossier de cinq pages sur futura-sciences et le no. 146 du magazine Géosciences 2018 sur les oiseaux-fossiles pour une analyses des fossiles chinois révélant une vaste radiation évolutive des oiseaux mésozoïques.

Notez que de nombreuses fouilles archéologiques ont lieu au Maroc et parmi les plus récentes découvertes on compte celles des stromatolithes de 570 millions d’années dans la région de Ouarzazate, résultant d’activités microbiennes dans des conditions extrêmes ainsi que celles du premier dinosaure aquatique découvert dans le monde soit le Spinosaurus aegyptiacusNature 2020 no.581 p.67-70 et d’un dinosaure à bec de canard de la famille des Lambeosaurinae et d’un lézard aux dents de requin surnommé Xenodens calminechari. Tous deux découverts dans un gisement de phosphate et qui auraient pu se retrouver sur des dessins de Saladi. De même pour le ptérosaures à bec long soit Leptostomia begaaensis découvert à Jebel Begaa, près de Merzouga, sur le plateau des Kem Kem et Afrotapejara zouhrii , nom donné en hommage au paléontologue marocain – Cretacious Research 2021 Vol.112, 118 et 123.de plus, la Royal Society a publié en début d’année, la découverte du fossile Cantabrigiaster fezouataensis de la plus ancienne étoile de mer dans les argiles de Feouzata à Zagora – Biol. Lett. 2021 vol.17 no.1. Finalement, le documentaire –  Homo sapiens – les nouvelles origines 2020 d’Olivier Julien par ARTe avec Abdelouahed Ben-Ncer, Jean-Jacques Hublin, Shannon McPherron, Daniel Richter, etc. – relate la découverte du plus anciens fossiles de l’Homo sapiens à Djebel Irhoud au sud-est de Safi qui a fait la une de la revue Nature 2017 no.546. Il est d’ailleurs déplorable que l’on ait assisté dernièrement à de l’exportation clandestine de trésors géologiques, à des pillages de monuments funéraires à Aousserd et de fossiles dans la ville d’Erfoud comme le dénonce ce reportage de B.Delombre sur france.tv.

Voici un résumé du Plan national de la géologie 2021-2030

Voir aussi Géologie et autres merveilles du Maroc, Musée de l’histoire et des civilisations à Rabat, Musée MMVI & bonnes adresses et Volubilis ainsi que le billet Galeries d’Art à Rabat pour les autres expositions en cours.

Précédent billet Abbès Saladi 1/2 – Rétrospective à la Bank El-Maghrib à Rabat jusqu’au 30 juin.

Abbès Saladi 1/2

10/04/2021

L’exposition en cours à la Bank Al-Maghrib nous donne l’occasion de connaître un artiste marocain singulier – Abbès Saladi (1950-1992) à travers des dessins à la gouache, l’aquarelle, l’encre de chine et quelques estampes. On reconnait d’emblée l’univers de Saladi avec sa faune et sa flore fantasmagoriques, ses personnages mythologiques, ses corps métamorphosés, ses anges féminins aux seins nus, ses embarcations, ses sols carrelés, ses zaouïas et la place Jemaa El Fna. D’ailleurs, il porte le nom d’un des sept saints de la ville ocre où il passa la majeure partie de sa vie. Le monde onirique de Saladi est bien plus réel qu’il ne parait, car il raconte de manière symbolique sa vie, ses angoisses et ses traumatismes. Mais, contrairement à plusieurs autres artistes inspirés tout au long de leur vie par la maladie et la mort, Saladi s’exprime de manière plus optimiste avec des couleurs vives – « On dessine, pour donner à goûter un peu de beauté aux autres. » disait-il. La peinture lui a certainement permis de surmonter ses années de deuil, de séparation et de maladies. Il a longtemps souffert d’épilepsie et fut hospitalisé à plusieurs reprises de son propre gré. Dans plusieurs de ces établissements hospitaliers l’artiste a eu l’occasion de faire des fresques ou d’accrocher ses dessins. À l’hôpital Ar-Razi à Salé ce sera le Dr Taïeb Chkili qui lui fournira le matériel afin qu’il puisse pleinement s’exprimer.  Quelques années plus tard à l’hôpital Ibn Nafis de Marrakech, ce sera au tour du Dr Abdallah Ziouziou de remarquer le talent de Saladi au point de collectionner ses œuvres. Abbès Saladi fit d’ailleurs des murales dans chacun de ces deux hôpitaux ainsi qu’à Berrechid au sud de Casablanca, où travaillait aussi Dr. Ziouziou. L’artiste décède malheureusement, à l’âge de 42 ans, d’un AVC lié aux antidépresseurs ou aux anticonvulsivants, voire même à des médicaments hypoglycémiants. L’Association Chams a d’ailleurs nommé en son honneur, une salle dédiée à l’art thérapie à l’hôpital Ibn Nafis. À voir aussi sur le site Arts & Sciences, les billets en lien avec L’Art thérapie ou L’Art brut, mais aussi, par exemple, le Musée d’Art brut de Lausanne ou les Collections de Stadshof et Decharme et se rapportant à l’art en milieu psychiatrique celle de la Collection de l’Hôpital Sainte-Anne à Paris.

À travers cette Rétrospective d’Abbès Saladi, le visiteur est invité à écouter en arabe et en français, une vidéo de témoignages très touchants de personnes ayant connu cet artiste hors du commun. Par exemple : Abdellah Diouri, Pauline de Mazières, Mohamed Jbyah, Claude Marcoux, Nourredine Daif Allah, Richard Nelson, Abou Fattah Marrakchi, etc. Dans une autre vidéo, Abdellah Diouri commente la composition et les symboles d’une des œuvres de Saladi. Rappelons que dans le cadre du 2e Festival de vidéo art à Casablanca en 1995, Mounir Fatmi et Pierre-Jacob Colling se sont mérités le premier prix pour L’Alphabet rouge titre éponyme d’un poème de Serge Pey en hommage à Abbès Saladi qui, avec son imagination foisonnante, avait inventé une écriture, dont un extrait ci-haut est présenté dans l’exposition. Selon Jean-François Clément, chercheur et auteur de nombreux ouvrages, ce texte crypté, que l’on retrouve dans certains de ses dessins, n’est toujours pas déchiffré mais comprendrait des lettres similaires à celles d’Ibn Wahshiyya (1er siècle EC), connu pour avoir décrypté les hiéroglyphes égyptiens, huit siècles avant Champollion. En fin de parcours, sont également exposés quelques contes ou poèmes illustrés par l’artiste tels que Le luth brisé des Omayyades de Jamila Lahlou aux éditions Edino 1985. Abdellah Zrika, pour qui il fit l’illustration de son recueil Tffâh’at al-Muthallath ou La pomme du triangle, réédité sous le titre de Bougies noires aux éditions La Différences, a dit de Saladi : « Il a énormément vécu, deux fois au moins. Il est mort dans son corps éphémère, pour que l’absolu qu’il portait en lui demeure en éternelles splendeurs, et pour que ses œuvres après lui puissent conter et illustrer mille et mille vies. »

À voir aussi le vernissage de l’exposition sur lematin.ma, l’article d’Olivier Rachet dans la revue Diptyk et celui d’Abdejlil Lahjomri «  L’ailleurs des souffrances émerveillées de Abbas Saladi » en trois parties sur quid.ma.

Saladi – Art & Paléontologie dans le prochain billet…

Hassan Bourkia au Comptoir des Mines

12/03/2021

Page couverture du catalogue Bourkia – Au nom des miens et Itinérance III 2020 de Hassan Bourkia

Le catalogue Au nom des miens vous permettra de découvrir Hassan Bourkia, malgré que l’exposition au Comptoir des Mines de Marrakech est déjà terminée. La commissaire Imane Barakat a pu profiter de ce formidable centre d’art à plusieurs étages et aux salles multiples pour sillonner à travers les dédales douloureux, poétiques ou nostalgiques de cet artiste originaire de Béni Mellal. Dans le catalogue disponible sur le site de la galerie, les magnifiques poèmes de Reda Zaireg accompagnent les œuvres de l’artiste. En introduction, Hicham Daoudi dévoile que « les cicatrices lisibles sur ses œuvres sont d’abord les siennes, inscrites dans sa mémoire, et l’oxydation apparente de certains matériaux est avant tout la métaphore qu’il utilise pour aborder l’altération de ses propres souvenirs ». De plus, un texte d’Alexandre Colliex explique l’importance des mots et des choses pour cet artiste qui est également traducteur, auteur et avides lecteurs de poètes & philosophes tels que Rûmî, Dickinson, Nietzsche, Baudelaire, Rilke, Bachelard, Pessoa, Walter Benjamin , Borges, Pavese, Cioran, Badr Chaker al Sayyab, Ingeborg Bachmann,  Juan Goytisol,  Paul Celan, Mahmoud Darwich ainsi que des écrits de l’intellectuel marocain Edmond Amran El Maleh. Ils ne manquent d’ailleurs jamais l’occasion de leur rendre hommage comme, tout récemment son installation à la BienalSur en l’honneur de Jorge Luis Borges. Vous trouverez une description de l’œuvre intituléeExodus libraryou La bibliothèque de l’Exode dans la revue Diptyk. Pour en savoir plus sur Hassan Bourkia –  son parcours, ses œuvres, ses inspirations, ou ses matériaux chargés de symboles & de mémoires visionner le film de Walid Ayoub et lire Lettre à moi-même : Biographie d’une œuvre que vous retrouverez dans le catalogue de l’exposition.

Au sein de ces décombres, tu as choisi ton matériau, façon comme une autre de faire l’éloge.
Tu as placé l’existence dans les ruines, « non, comme le dit Walter Benjamin, pour l’amour des ruines,
mais pour l’amour du chemin qui se fraie un passage au travers. » – Hassan Bourkia

Extraits de Lettre à moi-même : Biographie d’une œuvre de Hassan Bourkia et Nuits d’amour 2020 de Hassan Bourkia avec ampoules, fils électriques et câbles métalliques 266 x 162 cm, Équilibre 2017, Communication 2016 tirés du catalogue Au nom des miens – Comptoir des Mines de Marrakech

Lors de votre prochaine visite à Marrakech, profitez-en pour déjeuner au restaurant Azalai Urban Souk le midi, prendre un apéro au bar à vin 68 et finir la soirée au Baromètre – tous trois dans le quartier Guéliz près de la galerie et plus de bonnes adresses sur luxurylife.ma. Autres billets sur ce site, d’expositions antérieurs du Comptoir des Mines, du MACAAL et de la Foire 1-54 de 2019.

Notez que l’exposition Horizon Oblique de Mahi Binebine
se poursuit au Comptoir des Mines de Marrakech jusqu’au 30 mars
Et qu’au MACAAL débute Outsiders/Insiders ?  sur les peintres d’Essaouira jusqu’au 25 juillet.

Médecine arabe et tunisienne

04/02/2021

Retour sur la médecine arabe et tunisienne
https://www.facebook.com/LaboAsylliaPolla
Cycle de conférences – gratuit et en ligne
Organisé par le Laboratoire Asyllia Polla
Université Mahmoud el Materi
Jusqu’au 21 juillet 2021

 

 

Comment a évolué la médecine, entre acquisition d’un savoir et apprentissage d’une pratique ? Comment a évolué la distinction du normal et du pathologique ? Quelles étaient les catégories de soignants et quel était leur statut (médecin, droguiste, sage-femme, auxiliaires, etc.) ? Comment, dans le monde arabo-islamique cette discipline était pensée, pratiquée, transmise ? Quelles étaient les politiques menées en matière de santé, quelles étaient les structures habilitées à délivrer des soins, que renfermaient les premiers hôpitaux, les bimaristāns (maison des malades en persan), et comment ils ont évolué avec le temps ; comment se transmettait le savoir médical, y avait-il un enseignement, les praticiens étaient-ils des transmetteurs ?

N.B. L’mage sur l’affiche est tirée d’une miniature d’Avicenne ou Ibn Sina (908-1037) médecin & philosophe auteur d’une encyclopédie médicale en cinq volumes intitulée Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb ou Canon de la médecine.

Laboratoire Asyllia Polla de l’Université Mahmoud el Materi
Programme du cycle de conférences 2020-2021 en ligne

20 janvier
Conférence inaugurale – Pour une nouvelle lecture de l’histoire des sciences de la vie et de la santé  par Mme Meyssa Ben Saâd – coordinatrice du pôle recherche & innovation de l’Université Mahmoud el Materi et historienne des sciences.
10 février
La médecine dans la Carthage antique : Abdeschmoun, serviteur d’Esculape par Dr. Chedlia Ben Youssef – médecin phytothérapeute, directeur de la Clinique de Carthage, historienne, vice-présidente et trésorière de la Société tunisienne d’histoire de la médecine et de la pharmacie.
3 mars

Nouveaux regards sur l’oeuvre Al-djudari wa al-ḥaṣba ou la variole et la rougeole, de Rhazès Mohammad Zakariya al-Razi (865-925) par Dr. Mehrnaz Katouzian-Safadi – chargée de recherches CNRS, biochimiste et historienne des sciences.
31 mars
L’école médicale de Kairouan du IX au XIe siècle par professeur Ahmed Dhieb – médecin, membre fondateur et ancien président et secrétaire général de la Société tunisienne d’histoire de la médecine et de la pharmacie.
28 avril
Autour d’Aziza Othmana (1606-1669) de la fondation du bimaristān Al-Azzafine par Dr. Hamza Essaddam – médecin orthopédiste, professeur émérite à l’Université Tunis-El Manar et historien de la médecine tunisienne.
21 mai
Autour de Salem Eschadely (1896-1954) et les débuts de la psychiatrie tunisienne par Mme Kmar Bendana – historienne, professeure d’histoire contemporaine Université de la Manouba et chercheure associée à l’IRMC.
23 juin
Autour de Mahmoud el Materi (1897-1972), médecin et premier ministre de la santé de la Tunisie indépendante par Dr. Cherif Driss – chirurgien et ancien président de la Société tunisienne d’histoire de la médecine et de la pharmacie.
21 juillet
Conférence de clôture – Histoire de la médecine arabe et tunisienne ou comment le passé peut éclairer le présent par Mme Anne-Marie Moulin – médecin, historienne de la médecine, directrice de recherche émérite au CNRS et professeure associée à l’Université Senghor à Alexandrie (À confirmer).

Lectures en lien et ouvrages des participant.e.s

DAS R. Aileen (2020). Galen and the Arabic Reception of Plato’s Timaeus, Cambridge University Press, 320 p.

Coll. (2020). Anecdotes and Antidotes. A Medieval Arabic History of Physicians, Oxford University Press, 400 p.

BESSIS Sophie (2017). Les valeureuses – Cinq Tunisiennes dans l’histoire, Elyzad 228 p.
Elissa-Didon, Aïcha Saïda Manoubia, Aziza Othmana, Habiba Menchari  et Habiba Msika

BEN SAAD Meyssa (2021). La classification des animaux chez le savant arabe al-Ğāḥiẓ (776-868) : critères, arguments et place de l’homme dans la nature, Presses Universitaires de la Sorbonne et d’ici la parution à venir lire le chapitre dans  L’animal : un objet d’étude sous la direction de J.Orstel & M.Plouvier.

KATOUZIAN-SAFADI Mehrnaz  (2019). « Inhabited Lands and Temperaments : Observations and Therapeutic Solutions, the Views of Scientists and Medieval Physicians – Ğāḥiẓ (9th), Rāzī (9th–10th), Ibn Riḍwān (11th) » chapitre de Making Sense of Health, Disease, and the Environment in Cross-Cultural History: The Arabic-Islamic World, China, Europe, and North America, Springers pp. 209-238

BENDANA Kmar (2004). Biographies et récits de vie – Maghreb et vie sociales

CHERFI Driss (2012). Les petites histoires de la médecine, éditions Société des écrivains, 138 p.

BEN YOUSSEF Chedlia (2019). Abdeschmoun, serviteur d’Esculape de la Société tunisienne d’histoire de la médecine et de la pharmacie.

MOULIN Anne-Marie (2010). Le Médecin du Prince. Voyage à travers les cultures, Odile Jacob, 362 p.

 

Voir aussi Musée du Bardo à Tunis et d’autres références sur ce blogue sous Transferts des savoirs médicaux, Pharmacopée, Sciences à l’Institut du Monde Arabe à Paris ainsi qu’une peinture représentant les savants de la civilisation islamique et suivre Historiens de la santé – réseau de recherche en histoire de la santé.

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