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Concert Sur les traces de Da Vinci

09/04/2019

Concert Le pont de Léonard de Vinci avec l’ensemble Constantinople
Sous la direction de Kiya Tabassian et avec comme invité le ténor Marco Beasley
Samedi 13 avril à 20h à la Salle Bourgie de Montréal

L’ensemble Constantinople présentera son concert Sur les traces de Vinci dans la splendeur de la Salle Bourgie inaugurée en 2011 grâce à la Fondation Arte Musica du mécène Pierre Bourgie et en collaboration avec le Musée de Beaux-Arts de Montréal. Comme déjà mentionné sur ce site, cette ancienne église de style néo-roman comprend la plus grande collection de vitraux Tiffany au Canada, une conque en bois de merisier pour ses propriétés acoustiques, trois clavecins dont un clavicytherium, deux pianos Steinway et un grand orgue Wolff et finalement pour ses 462 convives, des fauteuils signés Michel Dallaire – pionnier québécois du design industriel. Sous la direction de Kiya Tabassian au chant et au sétâr également, l’ensemble Constantinople met en musique le projet de construction d’un pont à Istanbul en 1502 par Leonard de Vinci. Les croquis retrouvés font preuve du génie De Vinci qui résout le problème de résistance aux vents en faisant recours à des arches paraboliques et autres principes géométriques procurant l’intégrité structurelle nécessaire à un pont d’une si longue portée. L’artiste norvégien Vebjorn Sand en construit un à échelle réduite du pont de la Corne d’Or en 2001, selon le modèle de Léonard de Vinci puis collabore pour celui du Château du Clos Lucé installé en 2016. De Vinci y vécu les trois dernières années de sa vie et plusieurs événements s’y tiennent cette année afin de commémorer les 500 ans de sa mort. Lire aussi le dossier sur vinci-closluce.com et quelques notions de base sur lesponts.e-monsite.com.

L’Ensemble Constantinople présentera également son concert Sur les traces de Rumi le 8 juin à la Salle Bourgie ainsi qu’un spectacle à l’Institut Français de Casablanca le 17 mai à 22h30.

Et notez la soirée bénéfice du Centre des Musiciens du Monde avec l’Ensemble Constantinople.

Alserkal Avenue à Dubaï

19/03/2019

Alserkal Avenue à Dubaï – Art Week du 18 au 23 mars

Les précédents billets, vous donneront un aperçu de deux expositions en cours
L’exposition collective Personal Revolutions à la Fondation Attassi hangar # 60 et
The river that was in the south de Sadik Kwaish Alfraji à la Galerie Ayyam hangar #11
Ne manquez pas non plus la bouleversante exposition Fabric(cated) Fractures
d’artistes du Bangladesh et de l’Asie du Sud-Est à l’espace Concrete

Et voici quelques œuvres d’artistes émiratis

Hussain Al Moosawi
Facade to Facade au GPP Golf Photo Plus  hangar #36
Ci-dessus façades des tours  Al Moosa, Deira et Saeed  de Dubaï
et dans la 2e rangée des édifices de Muroor road et de la Corniche d’Abu Dhabi.

Mohamed Ahmed Ibrahim
The space between the eyelid and the eyeball à la Galerie Lawrie Shabibi hangar #21

Shamma Al Amri
Everything you can think of is true au ZUUSS Zayed University Urban Satellite Space hangar #48

Hassan Sharif
Exposition collective à la Fondation Jean-Paul Najar hangar #45
dans le cadre d’une exposition sur le monochrome ayant comme fil conducteur l’essai de Marica Hafif intitulé Beginning Again. En guise d’introduction, on y fait un bref survol de l’Histoire du Monochrome au-delà du fameux  Carré noir  1915 de Malevitch. Les œuvres considérées précurseurs au mouvement suprématiste qu’il crée remonteraient aussi loin à la représentation de l’Univers avant la création de Robert Fludd en 1617 dans son ouvrage intitulé Histoire métaphysique, physique et technique de l’un et l’autre monde, à savoir du grand et du petit ou la fameuse page noire dans le vol.1 du roman Tristram Shandy en 1759 deLaurence Sterne, pour illustrer la profonde tristesse du protagoniste; Mais de manière plus explicite, le Combat de nègres dans un tunnel par Paul Bilhaud présenté en 1882 à l’exposition Les Arts Incohérents, repris d’ailleurs par Alphonse Allais dans son Album primo-avrilesque, accompagné de six autres monochromes en 1897. Lire aussi « Le Tableau noir, une mise à jour » de Jacques Lennep sur le site koregos.org.

Voir aussi Fondation Atassi, Sadik Kwaish Alfraji,
Galeries d’art de Dubaï partie 1 et partie 2, Musées de Dubaï et Palm Jumeirah.


Sadik Kwaish Alfraji

19/03/2019

Sisyphus goes on demonstration de Sadik Alfraji – extrait de sa monographie aux éditions Schilt 2015

The river that was in the south de Sadik Kwaish Alfraji
Galerie Ayyam hangar #11 jusqu’au 25 avril
Alserkal avenue à Dubaï

Non loin de l’entrée d’Alserkal Avenue, où se déroule cette semaine le Art Week, la Galerie Ayyam présente l’exposition The River that was in the south de l’artiste irakien Sadik Kwaish Alfragi – titre éponyme de son film d’animation qui est  projeté en continu. D’ailleurs, l’exposition au complet s’avère être un conte existentiel en noir & blanc. Dans une monographie de ses 35 ans de carrière, l’artiste explique en entrevue, ses inspirations i.e. artistiques d’expressionnistes allemands, historiques qu’il tire des Assyriens et des Grecs anciens, mythologiques telles les légendes de Sisyphe et de Gilgamesh, et littéraire venant des personnages de Godot et George Samsa ou des poètes Rainer Maria Rilke et Malik Ibn Arrayb. Les silhouettes noires omniprésentes tout au long des années, font suite à une visite dans un hôpital psychiatrique de Bagdad où il est frappé par les visages déformés ou sans expression des patients immobiles. L’installation For the love of Zainab est quant à elle, en hommage à sa petite sœur handicapée pour qui il écrit ceci: «  my dear little sister / amongst the ruins of a shapeless city / and fruitless dreams ». Vous pourrez voir plusieurs autres œuvres sur les années sombres en Irak, depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui, voire même les espoirs perdus du printemps arabe qu’il exprime dans son poème Sisyphus goes on demonstration sur son site web sadik.nl.

Détails de River’s book 2018 de Sadik Kwaish Alfraji à la Galerie Ayyam sur Alserkal Avenue à Dubaï

Fondation Atassi

17/03/2019
Robe 2019 Impression textile avec codes QR à scanner de Sulafa Hijazi

Exposition collective Personal revolutions jusqu’au 8 avril
Atassi Foundation for art & culture sur Alserkal Avenue hangar #60 à Dubaï

La Fondation Atassi a pour mission première de faire connaître l’art syrien du XXe siècle jusqu’à nos jours, depuis déjà 30 ans. Le projet de numérisation MASA – Modern Art Syria Archive est un autre moyen de préserver l’héritage culturel de ce pays et sera bientôt en ligne sur leur site web. L’exposition en cours Personal Revolutions présente une douzaine d’artistes syriennes du monde de l’art contemporain.  À l’occasion du Art week d’Alserkal avenue, l’artiste multidisciplinaire Khadija Baker du Centre d’histoire oral et de récits numérisés de l’Université Concordia à Montréal invitera le public à écouter son spoken word My little voice cannot lie, avec une mélodie du musicien kurde Gani Mirzo, à travers des microphones insérés dans ses longues nattes. Elle a également collaboré à la pièce Traversée en langue des signes sur la musique de Diane Labrosse et l’on a pu assister à ses performances dans plusieurs galeries d’art de Montréal, Toronto et ailleurs dans le monde. Ci-haut, une robe de Sulafa Hijazi alliant artisanat & technologie, car elle renferme des broderies aux motifs de codes QR que l’on peut scanner et qui nous dirige vers des informations portant sur cet art traditionnel du Levant et ses artisans. Spécialiste en multimédia, Sulafa Hijazi a créé la maison de production bluedar.net axée principalement sur l’éducation et le développement des enfants à travers l’art et une prise de conscience environnementale. Des symboles de guerre et la douleur qu’elle engendre apparaissent sur plusieurs des œuvres exposées à la Fondation Atassi, mais également une profonde nostalgie comme l’installation Séparation 2017 d’Iman Hasbani, artiste qui a remporté d’ailleurs le 1er Prix Peinture à la Biennale d’Art Miniature du Canada en 2008.

De gauche à droite ci-dessus :  Page couverture d’une monographie de Leïla Nseir dont on peut voir un autoportrait dans l’exposition;  Hindmost 2014 d’Azza Abo Rebieh  – le NYTimes lui consacre un article pour ses dessins de femmes qui, comme elle, furent incarcérées pour avoir milité contre le régime de Bashar Al Assad; Place of memory 2018 de Reem Yassouf illustrant la profondeur des couches de la mémoire collective et des réfugiés comme témoins du passé; Le livre des mathématiques 2016 de Hiba Al Ansari  suite à la découverte du cahier d’une jeune élève décédée lors de bombardements dans la ville de Kafranbel . À partir d’objet trouvés sur les lieux, l’artiste monte ce cahier surréaliste pour dénoncer l’absurdité de la guerre.

Un autre illogisme est sans contester, celui du rituel de bénédiction d’armes à destruction massive par des prêtres en Russie qu’Alina Amer soulève dans sa vidéo Blessing with infection 2018; Tandis que les miroirs dans In view 2018 de Randa Maddah  reflètent la souffrance aussi bien des Israéliens que des Syriens, de chaque côté de la ligne de cessez-le-feu sur le plateau de Golan, dans sa ville natale de Majdal Chams, principale localité druze; De la douleur on en ressent aussi en regardant Coutures 2019 de Nour Asalia, qui sont en fait les yeux de l’artiste, imprimés sur du délicat papier de riz puis cousus avec du fil en guise de compassion envers sa mère et sa fille qui ont subi injection & chirurgie oculaires respectivement. On retrouve aussi dans la galerie,  une inclusion en résine de sa série Mémoire telle les insectes, témoins du passé, préservés dans de la résine fossilisée. Vous pouvez lire son texte « Artistes syriens du militantisme à la désespérance » ainsi que plusieurs autres sur son site; Chemise de nuit de Nagham Hodaifa qu’elle peint avec un corps semblable au sien mais omettant la tête. À cet égard, soulignons que l’artiste, sculptrice aussi, a rédigé sa thèse de doctorat sur la question de visage dans l’œuvre de Marwan (1934-2016) publiée aux éditions Peter Lang. Elle signe également un texte dans le catalogue de l’exposition sur le féminisme dans l’art syrien et a récemment fait une conférence sur le travail de Laila Muraywid dont A poem that doesn’t heal est présenté à la galerie de la Fondation Atassi. Dans « Le corps en fragment de Laila Muraywid » sur blogs.mediapart.fr, on analyse son Doux cercueil de la chair suite à la censure du Printemps des Arts en Tunisie en 2012. Muraywid s’est joint à Khaled Takreti et à Ola Abdallah pour une œuvre commune aux éditions Area. Ola Abdallah présente d’ailleurs un triptyque Peace is green à l’exposition Personal Revolutions.

Islamic Scientists de Mahmoud Hammad du Musée de la Civilisation Islamique à Sharjah

L’exposition Personal Revolutions à la Fondation Atassi de Dubaï compte également des broderies, tapisseries et œuvres de plusieurs autres pionnières de l’art Syrien incluant un autoportrait de Derrie Fakhoury Hammad (1930-2015) épouse de Mahmoud Hammad – un maître de l’art abstrait syrien qui a peint la fameuse toile des Savants de la civilisation islamique 1988 dans laquelle font partie :  Ibn Zakaria, Jabir Ibn Hayyan , Al Kindi, Abbas Ibn Firnas,  Khalid Al-Marwarrudhi, Farabî, Al Biruni, Ibn Yunus, Avicenne, Abu al-Qasim, Al Idrisi, Averroès, Nasir al-Din Tusi, Ibn Nafis,  Abul Fida et Ibn Khaldoun. Voir aussi sur ce site les billets sur le colloque Transfert des savoirs médicaux et celui sur les Sciences à l’Institut du Monde Arabe à Paris.

Et pour terminer, voici un extrait du concert multimédia Home within en hommage aux réfugiés  syriens avec l’artiste visuel Kevork Mourad et le clarinettiste Kinan Azmeh.
Ils expliquent en entrevue la genèse de ce projet.

« I certainly know that the clarinet cannot stop a bullet, it cannot feed the hungry …
it cannot bring the refugees back home, but what it can do it can inspire »
Kinan Azmeh

Autres expositions sur Alserkal Avenue dans les prochains billets…

MACAAL à Marrakech

05/03/2019

What Happened Happened Happened et One thousand voices d’Owanto au MACAAL

 

Material Insanity jusqu’au 22 septembre
MACAAL – Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden à Marrakech

Le MACAAL est situé dans un lieu magnifique de Marrakech à quelques mètres du Parc de sculptures Al Maaden où est installée entre autres Nomade – une sculpture monumentale de l’artiste québécois Jean Brillant. Inauguré en 2018, ce musée indépendant à but non lucratif a ouvert préalablement ses portes en 2016 pour la Conférence mondiale sur le climat COP 22 de Marrakech. L’exposition Essentiel Paysage –  en référence à Aimé Césaire, regroupait pour l’occasion des artistes faisant l’éloge de la nature et revendiquant sa préservation. Ci-bas vous pourrez consulter le catalogue et voir quelques œuvres. Le volet éducatif a une place prépondérante au MACAAL comme en témoignent les ateliers du MACAAL Lab. On en compte déjà un sur la confection d’un livre en forme d’accordéon que l’on appelle leporello, avec l’aide de Rita Alaoui, des formations pour photographes avec Mustapha Azeroual ou de mapping vidéo –  utilisé pour les spectacles de son & lumière avec Youness Atbane pour des étudiants en design, et d’autres pour enfants telles que la réalisation d’une fresque vitrée dirigée par Coquelicot Mafille ou laissant libre cours à leur imagination avec Mo Baala.

Les commissaires de Material insanity, Meriem Berrada et Janine Gaelle Dieudji ont fait appel à Zineb Andress Arraki pour la scénographie de cette exposition regroupant une trentaine d’artistes. Chaque œuvre est mise en valeur et laisse pleinement le visiteur à s’en imprégner voire même à nous inciter à agir pour la protection des migrants en voyant Les passeurs 2019 de Clay Apenouvon ou à militer contre les mutilations génitales devant l’installation d’Owanto. À l’étage dans un coin de recueillement, le visiteur reste consterné devant les mots bordés des victimes et les mots d’excuse des exciseuses que l’artiste franco-gabonaise nous présente dans One thousand voices et mis en lumière au centre avec des néons de What Happened Happened Happened Happened.  Dans une entrevue sur iam-africa.com,  l’artiste dénonce les 200 millions de mutilations génitales que des femmes ont subis et la « conception de ce « nous » féminin ».

Ci-dessus, les échantillons d’odeur inusitée qu’Esmeralda Kosmatopoulos nous invite à identifier tel le marbre, plâtre, plastique, etc.. Selon les maximes d’Anaxagore & Lavoisier, Moffat Takadiwa, Nari Ward et Cyrus Kabiru combinent & transforment des matières recyclées diverses pour fabriquer des œuvres suspendues soit Washen again avec des brosses à dents, Flower prayer avec des lacets ou des masques à partir de pièces électroniques. Tandis que des emballages en aluminium pour les plaquettes de médicaments servent de matière première à l’artiste Adil Kourkouni qui en fait des portraits, en lien d’une certaine façon à son projet  sur « l’identité visuelle d’une société pharmaceutique spécialisée dans les psychotropes » comme il l’explique en entrevue pour lesiteinfo.com. Puis, avant de passer au jardin, le salon de thé de Hassan Hajjaj aussi appelé le « Andy Warhol de Kech » nous met dans une ambiance conviviale. La cour de ce splendide musée, dont le bâtiment à l’origine fut conçu par l’architecte Didier Lefort de DL2A puis réaménagé par Lazraq Studio en collaboration avec Jean-François Bodin, affiche en plein air des photographies de Nicolas Henry – photographe, plasticien et metteur en scène, il nous fait voyager aux 4 coins du monde  à travers des installations dans des lieux inusités transformés en théâtre de la vie. Cabanes imaginaires du monde entier aux éditions Albin Michel s’est mérité le Prix Méditerranéen du livre d’Art 2017 avec en page couverture de la tôle et de la paille goupillées pour pouvoir transporter des enfants éthiopiens à l’école. D’ailleurs, on pourra voir bientôt son assistant, Mohammed Aroussi dans le court métrage Du baume au cœur avec deux comédiens non-voyants. Pour terminer, l’affiche ci-bas et le catalogue de l’exposition qui s’est tenue au MACAAL dans le cadre de la COP 22 de Marrakech en 2016. Notez The aliens most sufisticated nuclear hammer SUV 2010 de Abu Bakarr Mansaray, Love supreme 2007 de Mohamed El Baz, La fuite des cerveaux 2004 de Chéri Chérin, Hôpital des pêcheurs 1996  de Moké, Prophecy 2013 de Fabrice Monteiro,  The petro beads 2015 de Moataz Nasr, L’enfer du cuivre 2006 de Nyaba Léon Ouedraogo,  Plastic  Tree 2014 de Pascale Marthine Tayou, etc.

Voir aussi le Musée Yves St-Laurent &  jardin Majorelle, la Maison de la photographie dans la médina, le Musée Dar Si Daid du tissage et des tapis marocains pas loin du Palais Bahia qui est à deux pas de la place des Ferblantiers, les Galeries d’art du quartier Guéliz ainsi que les deux précédents billets sur la Foire 1-54 de Marrakech et le Comptoir des mines galerie.

Comptoir des Mines Galerie à Marrakech

26/02/2019

 

Comptoir des Mines Galerie à Marrakech
Exposition Poésies Africaines
Jusqu’au 22 avril

Le Comptoir des Mines Galerie est un centre d’art contemporain qui s’étend sur deux édifices mitoyens de style Art déco dans le quartier Guéliz de Marrakech. Dans un des escaliers, menant au 2e étage, les bouteilles colorées de Hassan Hajjaj illuminent les marches tel un kaléidoscope. D’autres œuvres, de celui que l’on surnomme le Andy Warhol marocain, se trouvent à l’étage côtoyant des photos d’Ismail Zaidy et certaines brodées de Meriem Yin rappelant celles de Joana Choumali dont on a pu admirer les œuvres récemment au Loft Art Gallery de Casablanca. La plus touchante étant celle de la mère de l’artiste qui apprend à lire et à écrire à l’âge de 60 ans. Notez que d’après le dernier recensement  de 2014, 32 % de la population au Maroc sont analphabètes et ce taux s’élève à 38 % pour l’Afrique en entier avec plusieurs pays qui dépassent le 50 % selon l’UNESCO. Pour suivre les progrès au fil des ans, consultez le blogue de l’Agence National de la Lutte Contre l’Analphabétisation – ANLCA.

Photographie brodée de Meriem Yin

C’est avec Le temps des conteurs du regretté Mohammed Kacimi (1942-2003)  que l’on débute le parcours de l’exposition Poésies Africaines au Comptoir des Mines Galerie à Marrakech. Le MuCEM vient d’ailleurs de consacrer une exposition sur les dix dernières années de la vie de cet artiste majeur, soit  sa « période africaine » et pour qui, comme le cite Hicham Daoudi dans le catalogue de l’exposition : « L’Afrique n’est pas seulement un lieu géographique producteur de signes, de rites, et de safaris comme elle est dans l’imaginaire occidental, mais aussi celle de la mort, du déboisement culturel, de la désertification, et des manipulations de toute sorte ». Pour l’occasion tout en profitant de la Foire d’Art Contemporain Africain 1-54, Le Comptoir des Mines Galerie a invité sept autres artistes à se questionner à travers « la poésie de leurs arts » sur les problématiques communes des pays africains. Ci-dessus, un exemple du Labyrinthe des sens selon la culture de chacun par Larbi Cherkaoui qui utilise des circuits électroniques, cartes mémoires ou claviers d’ordinateurs. La parole et les mots sont également chers à Hassan Bourkia – écrivain, traducteur, peintre plasticien et  lauréat du Prix Grand Atlas 2004 pour sa traduction en arabe du roman Le retour d’Abou El Haki  d’Edmond Amran El Maleh mais qui présente cette fois-ci, des photographies évoquant l’exil. Cette thématique est reprise par Mohamed Arejdal évoquant l’exil des voyageurs nomades bloqués par la fermeture des frontières avec des pieds de chameaux en résine, fils de cuivre et fixateurs d’Hoffmann pour signaler l’urgence d’agir car ce dernier est utilisé pour stabiliser les fractures. Vous pourrez lire l’historique de cette technique de fixation externe dans la thèse de Yassine Mohammadi de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech 2009. L’urgence d’agir de point de vue environnemental est quant à lui décriée, aussi bien par Mustapha Akrim qui sonne l’alarme dans sa Nature morte que par les pages d’animaux en voie d’extinction d’une encyclopédie, démarquées de brins de paille par  Simohammed Fettaka. Cet artiste multidisciplinaire et fondateur du Festival Cinéma Nachia à Tanger aborde la politique à travers ses cartes de l’Afrique fortes de sens ex. Africa as they like it 2009 ne laissant sur une plaque noire d’aluminium que l’Afrique subsaharienne ou Africa 2019 sur laquelle sont dispersés dans le désordre, un certain nombre de pays du continent découpés sur une peau de mouton. De surcroît, les 54 pays d’Afrique sont représentés par des figurines de Lego, de couleurs différentes selon les grands courants culturels du continent, dans une installation de Youness Atbane qui prône en passant, le retour des biens culturels africains tout comme le défendent Felwine Sarr et Bénédicte Savoy dans Restituer le patrimoine africain aux éditions Philippe Rey et Le Seuil 2018, 192 p. Vous pourrez voir les photographies de tous ces artistes ainsi que celles de la série Air twelve land de Khalil Nemmaoui que décrit Salimata Diop, dans le catalogue de Comptoir des Mines Galerie. Lire aussi  « « Poésies africaines » ce continent spleenien que l’on ne veut pas voir » article de Soufiane Sbiti sur ledesk.ma 22/2/2019.

Nature morte 2019 de Mustapha Akrim / Livre et paille 2018 de Simohammed Fettaka /
Anatomie d’un voyageur 2019 de Mohamed Arejdal avec fixateur d’Hoffmann / Le Musée abandonné
(nommé Afrique) 2019 de Youness Atbane/ p.70 de Restituer le patrimoine africain de Sarr & Savoy

 

Deep Inside de Yamou au Hangar du Comptoir des Mines à Marrakech jusqu’au 27 avril
En exergue du catalogue par la commissaire Marta Moriarty :

« Ferme l’œil de ton corps afin de voir ton tableau d’abord par l’œil de l’esprit.
Puis mets au jour ce que tu as vu dans l’obscurité, afin que ta vision
agisse sur d’autres, de l’extérieur vers l’intérieur. »

Caspar David Friedrich (1774-1840)

Le prochain billet portera sur le Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden  à Marrakech.

Foire 1-54 de Marrakech

17/02/2019

Foire d’art contemporain africain 1-54 de Marrakech du 21 au 24 février

La foire d’art contemporain africain 1-54 fait référence aux 54 pays du continent. Fondé en 2013 par Touria El Glaoui, c’est à Londres qu’a débuté ce rendez-vous de collectionneurs d’art, puis New-York à partir de 2015 et Marrakech depuis l’année dernière. Dans une conférence TedX, Touria El Glaoui souligne le rôle de l’art comme outil de mémoire, d’identité, de réflexion et de déclencheur de changement à travers des œuvres de divers artistes dont Omar Victor Diop et Hassan Hajjaj tous deux présent cette année à la foire. Commissaire de cette 2e édition à Marrakech de 1-54, l’historienne de l’art Karima Boudou s’est inspiré du trompettiste jazz, peintre surréaliste et poète Ted Joans (1928-2003). Son poème I too at the beginning  fait mention de la Beat Generation et de son ami Charlie Parker, quant à son recueil Our thang 2001, il est illustré par son épouse Laura Corsiglia. La programmation du Forum 1.54  inclura d’ailleurs des films & discussions autour de Ted Joans avec Karima Boudou (22/2 18h à l’ESAV),  Joanna Pawlick (23/2 12h30 à La Mamounia) ainsi que Soukaina Aboulaoula et Yvon Langué du Collectif Untitled (24/2 19h30 au Le 18).

I am the early Black Beat / I read with some of the / Best Beat minds /
When the Apple was Beat Generating / I lived in Greenwich Village /
I was there / Where I read poems and painted poetry / Whilst worthy constituents /
Dwelled elsewhere / It was me myself and I / Who created the original / “BIRD LIVES” […]
I too at the beginning de Ted Joans

Vous pourrez découvrir plus de 65 artistes, plusieurs dénonçant des inégalités sociales dont Aboudia, Nú Barreto, Ibrahim El-Salahi, William Kentridge, Carla Busuttil et Pieter Hugo (rappelons également sa série apocalyptique du site de déchets électroniques d’Aglogbloshie au Ghana) pour ne nommer qu’eux… D’autres s’impliquant au quotidien dans des causes environnementales tels Hassan Darsi avec son projet de réhabilitation du Parc de l’Hermitage et plus récemment la  protection de la forêt de Benslimane afin d’éviter l’exploitation de carrières dans cette région ou Abdoulaye Konaté qui révèle en entrevue l’importance du respect de l’environnement et de la transmission des savoirs traditionnels; Lors de son exposition majeure Useful dreams à Berlin, le public a pu revoir sa Lutte contre HIV 1995. Les soins et la guérison sont des thèmes qu’aborde Soly Cissé qui s’est fait amputer une jambe il y a quelques années et dont certaines œuvres rappellent Basquiat. Certains artistes de la foire 1-54, représentent le corps humain dans tous ses états –   alvéolé par Ghizlane Sahli, cicatrisé par Joana Choumali ou fragmenté par Marcia Kure qui est une des six artistes ayant participé à l’exposition Body Talk: Feminism, Sexuality and the Body in the Work of Six African Women Artists tandis que Peju Alatise se porte à la défense des jeunes filles pour abolir le mariage de mineures avec la campagne Child not bride au Nigeria et voir aussi Go Girls ! de l’Unicef.

Études pour The head & the load (twelve birds) 2018 de William Kentridge
et Encyclopedisme 2018 de Farah Khelil – source des photos 1-54.com/marrakech

Notez que les artistes marocains sont bien représentés à la foire 1-54 de Marrakech,  que ce soit ceux exposés au MAACAL – Musée d’Art Africain Al Maaden, à La Mamounia ou dans les galeries du quartier Guéliz ex. de gauche à droite sur l’image du haut: Hicham Benohoud, Najia Mehadji, Abdelmalek Berhiss, Regragui Bouslai, Fatiha Zemmouri, Mohamed Lekleti, Safaa Erruas, Nabil El Makhloufi, Mounir Fatmi, Ghizlane Sahli, Ali Maimoun, Mahi Binebine & Hassan Darsi. Pour terminer,  voici la liste des 18 Galeries participantes, dont L’Atelier 21 et la Loft Art Gallery de Casablanca et la Galerie SINIYA28 de Marrakech. Voir aussi les Projets Spéciaux dans la région de Marrakech, incluant l’exposition Poésies Africaines avec des œuvres de Mohammed Kacimi, Mustapha Akrim, Mohamed Arejdal,  Youness Atbane,  Hassan Bourkia , Larbi Cherkaoui, Simohammed Fettaka et Khalil Nemmaoui au Comptoir des Mines Galerie.

SIEL 2019 – Poésie, Arts & Sciences

03/02/2019

Catalogue de l’exposition Depuis l’intimité avec en page couverture une œuvre de José Manuel Ciria /
Nico Munuera 2013 / La ruisselante solaire 1976 de Joan Mirò / Suzy Gómez 2004
À la Villa des Arts de Casablanca du 8 au 28 février

 

SIEL – Salon International de l’Édition et du Livre à Casablanca du 8 au 17 février
Au palais de la Foire face à la Mosquée Hassan II  salonlivrecasa.ma

La 25e édition du Salon International de l’Édition et du Livre à Casablanca  accueillera l’Espagne comme pays invité d’honneur. Les liens culturels étroits entre ces deux voisins sont séculaires et vont bien au-delà de la littérature. Le concert Tejiendo lunas de Laura Vital qui se tiendra à l’Institut Cervantès de Casablanca fusionne d’ailleurs flamenco et musique marocaine. Elle sera accompagnée  d’Eduardo Rebollar –  guitariste de Séville et d’Omar Yaidi – chanteur de Tanger. Le pavillon de l’Espagne affichera des photographies dont des manuscrits arabo-andalous dans les bibliothèques espagnoles. Le SIEL organise plusieurs rencontres entre écrivains marocains & traducteurs espagnols tels que Francisco Moscoso, Luis Miguel Pérez Cañada,  Salvador Peña Martin, Margarida Castells Criballés, María Luz Comendador et vice-versa.  Côté arts visuels, des œuvres de la Collection ENAIRE d’Art contemporain,  sélectionnées par la conservatrice Ángeles Imaña Marcos, seront exposées à la Villa des Arts de Casablanca. Le catalogue Depuis l’intimité est disponible en ligne sur le site de la Fondation ENAIRE et comprend des textes en français du poète & directeur de l’Institut Cervantès Juan Manuel Bonet ainsi que de l’historien de l’art Ramon Tio Bellido.

 

Voici quelques rendez-vous poétiques du SIEL qui se tiendront au pavillon espagnol :

Sauf pour Paroles sculptées à la Salle Averroès le samedi 9 février à 18h30
Avec la poétesse Fouzia Elbayed & le sculpteur Abdeslem Azdem et animé par Mohammed Allout.

Lundi 11 février à 18h  La poésie dans la langue parlée: la force du zadjal
Avec  Mourad Kadiri, Ahmed Lemsyeh,  Adil Latefi  et animé par Francisco Moscoso.

Mardi 12 février à 16h Deux grands poètes et ses traducteurs partie I
Avec Antonio Gamoneda et son traducteur en arabe Khalid Raissouni. Plusieurs recueils d’Antonio Gamoneda sont traduits en français par Jacques Ancet.  Gamoneda est aussi l’auteur de Le Livre des poisons Actes Sud 2009, 240 p. d’après le livre VI du Codex de Dioscoride.

Mercredi 13 février à 16h Deux grands poètes et ses traducteurs partie  II 
Avec Mohammed Bennis et son traducteur espagnol Luis Miguel Cañada.

Mercredi 13 février à 17h30 Hommage à José-Miguel Ullán (1944-2009)
Lecture de son poème Rumor de Tanger par la poétesse Olvido García Valdés.
José-Miguel Ullán a écrit des poèmes pour plusieurs artistes ex. Placard est une lithographie
conçue avec Antonio Saura et son poème Adoracion, accompagné de gravures d’Eduardo Chillida,
a été traduit par Marguerite Duras.

Lire aussi Poésie espagnole contemporaine bilingue aux éditions Le Taillis Pré 2004 à 2009.

 

Le SIEL fait place à la Science en organisant 3 événements
avec l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine :

Rirha, ville de la plaine du Gharb : de l’antiquité au Moyen Âge
Avec Mohamed Kbiri Alaoui, Abdelfattah Ichkhakh, Elsa Rocca et Charlotte Carrato
Lectures en lien dans la Collection de la Casa Velazquez no.150 à 153
Prix Serge Lancel 2017 de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Mardi 12 février à 17h Salle Averroès animé par Hassan Limane

Aghmat, première capitale amoravide, un patrimoine archéologique séculaire à ressusciter 
Avec Abdallah Fili, Mohamed Belataik, Azzedine Kara, Abdellah Alaoui et Bouchaïb El Moutatouakkil
Lecture en lien dans la revue Dossiers Archéologie no.365 sept/oct 2014  p.14-121
Vendredi 15 février à 11h Salle Maïmonides animé par Ahmed Ettahiri

Jbel Irhoud, en quête du 1er Homo sapiens avec Abdelouahed Ben-Ncer
Lecture en lien «  New fossils from Jebel Irhoud, Morocco and the pan-African
origin of Homo sapiens»  revue Nature no.546 juin 2017 p.289-292 
Samedi 16 février à 18h30 Salle Maïmonides  animé par Abdelali Errehouni

Voir aussi la liste des programmes de recherches archéologiques en cours au  Maroc
Et le billet sur ce site portant sur le Musée de l’Histoire et des Civilisations à Rabat.

 

Ne manquez pas non plus les Nocturnes du SIEL à l’Institut Français de Casablanca
incluant une présentation du projet Corpus/Lectures électriques ou Comment dialoguent les littératures? dont voici ci-dessus un exemple du corpus #8 Hors-pistes / Beaubourg ainsi que des discussions avec Nicolas FarguesJean Rolin, Nathalie Azoulai, Emmanuelle Bayamack-Tam, Frédéric Boyer, Jean-Paul Hirsch (hommage à Paul Otchakovsky-Laurens);  Céline Pévrier et Angélique Joyau (Editions Sun/Sun, projet Corpus/LE); Simon Lamouret, Zaineb Fasiki et Grégory Jarry (La ville, personnage de BD); Eugène Ebodé (Le balcon de Dieu);  Ngima Sarr et Simon Njami (Imaginaires d’Afrique); Souleymane Bachir Diagne, Barbara Cassin et Benjamin Stora (En quête d’Afrique;) Julien Poujol et  Siham Bouhlal (Et ton absence se fera chair) auteure de nombreux recueils de poèmes accompagnés de dessins d’artistes tels que Alain Gorius, Diane de Bournazel, Françoise Rohmer, Mahi Binebine , Julius Baltazar aux éditions Al Manar et voici ses vers accrochés à un avion de la ligne Raid Latécoère-Aeropostale dans le cadre de la Paix des Livres : 

«  Dans la douleur naît le rêve de la paix, dans le mot se renforce son idée.
Depuis l’âme profonde, écrivons pour essaimer ses lettres
et laisser s’envoler, libre, son verbe »
Siham Bouhlal

Salon d’Automne du Sursock

20/01/2019

Voir le précédent billet sur le Musée Sursock

Le Salon d’Automne est une tradition du Musée Sursock. Il remet, depuis son ouverture en 1961, des  prix visant à donner de la visibilité à des artistes du Liban et encourager des artistes émergents. Pour ceux qui auraient manqué l’événement, qui s’est poursuivie cette année jusqu’en janvier,  voici quelques œuvres en lien avec la nature & l’environnement et un extrait de la déclaration du jury de l’année 2018 :

« […] The jury noted a significant number of works that dealt with the traces of the temporal processes of decay and disintegration; these works were not satisfied with merely documenting or criticizing the polluted conditions in which we live but instead intentionally exposed themselves to these conditions, exploring their effects through sophisticated protocols. In these works, paint drips, pigments transform, moss and rust cover their surfaces as they react to a polluted environment. […] »

1re rangée : Last year’s snow (on going) de Ieva Saudargaité Douaihi et Mistatement o the Libanus-circumscribed disorders 2018 de Tarek Mourad   2e rangée : The river 2018 de Lara Tabet – Prix du Musée Sursock et Revisiting : Hold your breath de Nour Sokhon – Prix d’artiste émergent.

La pollution et la gestion des déchets au Liban sont des thèmes qui ont été abordés par plusieurs artistes de cette 33e édition du Salon d’Automne au Musée Sursock. Les visiteurs resteront consternés par la vidéo Dreamland de Fadi Mansour filmant les camions de Bourj Hammoud déversant des tonnes de déchets directement dans la mer méditerranée sans aucun triage, suite à la fermeture du site d’enfouissement de Naameh. Architecte de formation, Fadi Mansour, explique plus en détail ce drame écologique dans « From trash dump to dreamland – solid waste machine : an entangled history of toxicity  and capital »publié dans les actes du colloque Places that remain qui s’est tenue en mars dernier à l’Université Américaine de Beyrouth.

Dans le même esprit, Ieva Saudargaitè Douaihi – architecte également, nous expose  la pollution, saleté et détritus humains laissés après la fonte des neiges au Mont-Liban. Depuis 2015, elle prend systématiquement en photo, le terrain et constate que d’année en année la neige blanche, autrefois immaculée se retrouve de plus en plus souillée. Elle transpose ensuite ses photos sur un matériel qui se décompose avec le temps tel que la glace, la cire et ci-dessus de la calcite et du sel.  

La rivière à Beyrouth n’est malheureusement pas épargnée, comme le montre cette vidéo dans le libnanews de septembre dernier qui cite que d’après le Human Rights Watch, l’implantation d’incinérateur ne réglera pas pour autant la crise de santé publique qui ravage le pays depuis 2015. Médecin, microbiologiste et photographe,  Lara Tabet met toutes ses fonctions à son service pour une création Bio-Art qui lui a valu le Prix du Musée Sursock. Elle utilise les bactéries de la rivière comme médium artistique créant ainsi un regard plus diagnostique sur ce cours d’eau. À partir de plusieurs échantillons d’eau de la rivière, elle isole les colonies sur des plaques de Pétri ; inocule ces bactéries sur une pellicule de 120 mm; scan le résultat de la décomposition physico-chimique provoquée par les bactéries et la lumière  puis l’imprime en grand format sur du textile ; résultat : une tapisserie de chimigramme bactérien absolument mirifique ! Pour en savoir plus sur le chimigramme, consultez le site de Pierre Cordier qui a inventé le terme et qui a produit un grand nombre d’œuvres. Vous pouvez voir d’autres photographies de Lara Tabet à la Galerie Janine Rubeiz  jusqu’au 20 février. 

Le milieu aquatique est également au cœur du projet de Nour Sokhon, récipiendaire du Prix des jeunes talents du Salon d’Automne du Musée Sursock« We are water, hence we must not destroy ourselves by contaminating our waters » dit-elle en parlant de Revisiting : Hold your breath qui fut projetée au musée. Bien qu’avec cette vidéo, elle déplore la pollution sonore dans le monde marin, Nour Sokhon met aussi en valeur les effets bénéfiques du son & de la musique dans son documentaire People on sound.  Artiste multidisciplinaire, spécialisée en art sonore & performances, elle se fait un devoir de stimuler les sens à l’intérieur d’un univers immersif qu’elle instaure, peu importe le médium exploité. Vous pouvez visionner ses  créations sur son site noursokhon.com.

Tarek Mourad touche quant à lui à un constat en sociologie de la santé, voire la progression des maladies mentales partout dans le monde comme en témoigne ces statistiques de 2017  de consommation de psychotropes sur fr.statista.com. Entre deux couches de plexiglas, Tarek Mourad expose une série de 7 simili-photomicrographies auxquelles il attribue de manière aléatoire des noms fictifs d’affections imaginaires ex. Clepto-Angustia neuropatia, Biopinary Disorder, Pseudo-purus Dementia ou Pecunia-Alienus Cogito Syndrome ci-dessus. Pour les Misstatement o the Libanus-circumscribed disorders de Tarek Mourad, il n’existeaucun traitement, sauf une certaine amélioration après un exil de 18 mois. Lire aussi La psychiatrie au Liban – une histoire et un regard de Sami Richa aux éditions Deghma 2015, 318 p. que résume M.Khoury sur le site aldep.com.

Voici d’autres lauréats du Salon de l’Automne au Musée Sursock : Détails de Maria Kassab – Prix du Public, Hala Ezzeddine – Prix  des jeunes talents, et des Mentions spéciales du jury ont été attribués à Balsam Abo Zour et Alain Vassoyan.

Expositions en cours au Musée Sursock à Beyrouth

10 Stories from the Sursock Museum Collection – voir le billet précédent
Gregory Buchakjian : Abandoned dwellings. Display of systems jusqu’au 11 février
Small street trades – a selection of images from The Fouad Debbas Collection 11/2/2019

Laure et Mazen : Correspondance(s) du 31 janvier au 26 août

Et notez Adagio: Notes on an Aging Body qui se tiendra le 24 janvier
Discussions avec Petra Serhal et la chorégraphe Salwa Aoun El Khatib.

Musée Sursock

17/01/2019

Portrait de Nicolas Ibrahim Sursock par Kees Van Dongen 1930

Musée Sursock dans le quartier d’Achrafieh à Beyrouth

L’ancien manoir du collectionneur Nicolas Sursock (1875-1952) a rouvert ses portes, en 2015,  le temps de compléter d’importantes rénovations comprenant quatre nouveaux étages sous le jardin du musée ainsi qu’un auditorium et une médiathèque, passant ainsi de 1500 à 8 500 m2. Cette année, le musée vient de s’enrichir d’une grande partie des oeuvres de Georges Daoud Corm (1896-1971) qu’elle présentera de manière récurrente, quelques tableaux à la fois. Présentement, sa vue d’Aschrafieh est associée aux toits de maisons de Saliba Douaihy (1912-1994) dans le cadre de 10 stories from the Sursock Museum collection met en dialogue 21 paires d’artistes. Ci-dessous un autre exemple de jumelage entre Juliana Seraphim (1934-2005) et Assadour Bezdikian dont l’historien de l’art Gérard Xuriguera décrit comme suit, dans le cadre de l’expo Assadour – du chaos à l’harmonie qui s’est tenue à la Galerie Claude Lemand :

« Assadour le secret, prince du cryptage, à la nature retenue mais ardente,
apparaît le plus méticuleux maître d’image, qu’il imbrique, démêle, coagule,
disjoint encore et finalement confond en une même substance.
Ses agencements prodigieusement impénétrables ne délèguent rien au hasard.
Tout est si précis dans ses chaos calculés qu’il ne semble pas
tant détruire tous les codes que les substituer par les siens. »   

Gérard Xuriguera décrivant l’œuvre d’Assadour Bezdikian

Cheval de nacre 1974 de Juliana Seraphim et
Personnage avec un objet volant 1985 d’Assadour Bezdikian.

Toujours au 2e étage du Musée Sursock, dans une entrevue-vidéo, le critique d’art Samir Sayegh, qui est également artiste, calligraphe et poète, mettra en lumière le conflit artistique, entre progrès technologique de l’occident & spiritualité de l’orient, auquel sont confrontés les artistes libanais. Il mentionnera également le rôle marquant de certains artistes libanais, dont Shafic Aboud (1926-2004) considéré précurseur de l’art lyrique abstrait et Saloua Raouda Choucair (1916-2017) qui introduisit l’art abstrait géométrique au Liban. Nabil Nahas poursuit mais en introduisant les notions de fractales tout en incluant la nature et de manière explicite comme dans ses dernières séries,  accolant directement des étoiles de mer sur ses toiles (Lire le dossier  sur les fractales 2018 de J-P Louvet dans futura-sciences.com).  En 2018, pour fêter le 75e anniversaire de l’indépendance du Liban « Pays du cèdre », c’est une de ses œuvres que l’on a choisies comme timbre commémoratif. Terminons, avec une autre artiste installée aux États-Unis – Seta Manoukian, qui fut l’élève de Paul Guiragossian (1926-1993) et pour en savoir plus sur les œuvres de cette artiste devenue moine bouddhiste, procurez-vous Painting in Levitation – Seta Manoukian aux éditions Les Presses du Réel 2018, 168 p.

Première rangée : Tapisserie 1967-1968 d’après un tableau de Shafic Abboud produit à l’Atelier du Marais sous la direction de Mme Coquil-Prince et modèle pour Poème de neuf vers 1966 de Saloua Raouda Choucair. Deuxième rangée : Jardin de Sanayeh de Khalil Zgaib, Sans titre 2016 de Nabil Nahas, In waiting 1970 de Seta Manoukian.

Voir aussi le site du Musée National Virtuel d’Art Moderne du Liban
ainsi que le précédent billet sur le Musée National de Beyrouth et celui venir…

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