Aller au contenu principal

Sciences & Lettres à la Biennale de Rabat 3/3

03/11/2019

Solstice de Takk – M. Luzárraga & A. Muiῆo et capture d’écran de la vidéo Floodplain de Tala Hadid

Biennale d’art contemporain de Rabat – Un instant avant le monde
Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain et autres lieux
Commissaire Abdelkader Damani
jusqu’au 15 décembre

La première édition de la Biennale de Rabat se terminera en décembre par une carte blanche littérature & poésie  confiée à l’écrivaine féministe Fawzia Zouari  et à Sanae Ghouati  auteure de nombreux ouvrages sur le thème de la femme au Maroc et spécialiste de Diderot, qui organiseront un Parlement des écrivaines. À travers la ville, les passant·e·s peuvent déjà lire des messages prônant l’égalité des genres de Zahra Sebti et Katharina Cibulka – c’est d’ailleurs une broderie en rose de sa série Solange (as long as) qui tapisse le mur extérieur du musée.  Des textes brodés reviennent dans une œuvre d’Anila Rubiku résumant son projet sur les femmes incarcérées et une de Ghada Amer sur des penderies en satin  avec des extraits du coran sur la femme. Outre la calligraphie et des écritures en français, anglais et arabe qui apparaissent à la biennale, une typographie dédiée à Fatima el Fihriya la fondatrice de la plus ancienne université au monde – Al Quarouiyine à Fès fut créé pour l’occasion par Bea Schlingelhoff.

En exergue pour son mot d’introduction, le commissaire Abdelkader Amani cite La Crise de la culture d’Hannah Arendt et vous remarquerez que plusieurs artistes de la biennale de Rabat répondent pertinemment aux grandes questions que la philosophe se pose dans cet essai.  « Comment penser dans la brèche laissée par la disparition de la tradition entre le passé et le futur » en est une à laquelle on pourrait associer la mosaïque pixelisée Ulysse de la Hafsia de Mouna Jemal et d’autres artistes mentionner dans le précédent billet.  On passe aussi des plus anciens écrits – l’Épopée de Gilgamesh d’il y a 3000 ans, dans une vidéo de Tala Hadid à la Villa des arts, aux contes de Kalila wa Dimna dans Stream of stories chap.6 de Katia Kameli,  jusqu’au roman graphique futuriste de Milumbe Haimbe bousculant les stéréotypes – The revolutionist.

Stream of stories chap.6 de Katia Kameli / Private rooms – détails de Ghada Amer /
Measuring of distance de Mona Hatoum / BD The revolutionist – planche de Milumbe Haimbe  /
« Art »  de Katharina Cibulka / Les femmes : la justice et la loi d’Anila Rubiku /
Typographie Fatima Al Fihri de Bea Schlingelhoff

L’Esprit de plusieurs poètes traverse la biennale de Rabat, en partant de la projection du concert mythique d’Oum Khaltoum chantant le poème d’Ibrahim Nagi – Al Atlal qui nous accueille à l’entrée ainsi que les leporellos d’aquarelle d’Etel Adnan –  un poème d’Aliah Mamdouh et  L’offrande à Neruda d’Al Bayati un peu plus loin à l’étage ou Le Surplus humain de Mohamed Al Maghout qui habite Séverine Chavrier, la directrice du CDN Orléans et dont la pièce de théâtre Après coups, projet un-femme dénonçant la violence faite aux femmes fut présentée en septembre dernier. D’un autre côté, des échanges épistolaires sont au cœur de certaines créations, par exemple la lettre à sa mère de Mona Hatoum ou directement à la Biennale par Celle qui manque soit Sonia Gassemi et pour l’œuvre textile d’Amina Agueznay, Ghita Triki lui rédige Le conte de l’indicible. Le Magazine Diptyk publiera quant à lui des communications ou réflexions des membres de son équipe dans Un instant avant le monde – solitude interrompue sous la direction d’Abdelkader Damani et Marie Moignard et terminons enfin avec quelques paroles puissantes d’artistes telles :

 « Des silences qui sont violences. Les trois jeunes femmes ne disent rien….mais ça ne veut pas dire qu’elles ne disent « plus » rien. Dans ce silence tout est dit, le poids du vécu, les blessures du corps, la souffrance de l’âme, la dignité bafouée mais reconquise. Un silence qui se veut traversée. Elles traversent des strates d’elles-mêmes, transpercent ce pacte du silence jusqu’à ce que la parole se libère, jaillisse et ébranle. Tombent les voiles, les armures, tout est dépouillé, dénudé, plus rien d’autre n’existe que cette sublime humanité qui est, simplement. Dans sa douleur, dans ses fragmentations, dans ses vérités. Et tout fait sens, et tout devient limpide. Et tous ceux qui seront témoin de cet instant, tous ceux qui se laisseront toucher par la grâce de cet instant, seront embarqués vers eux-mêmes, vers ce socle humain commun, éternel. » Bahïa Bencheikh El Fegoun – cinéaste

Poésie de Nadia Benbouta et poème d’Al bayati – L’offrande à Neruda d’Etel Adnan
Et quelques nues: The little girl de Ghada Amer / Fenêtre du beau sur jardin de Sadika Keskes d’Émouvance des Émouvants / Envers-Endroit de Zoulikha Bouabdellah / Source Mystérieuse dans laquelle le ventre féminin, origine du Tout de Khadija Tnana / Artefact de Eartly Wonders, Celestial Beings  de Rand Abdul Jabbar et vidéo de Clarisse Hahn sur les manifestations contre les expropriations de paysans au Mexique – Los Desnudos de la trilogie Notre corps est une arme.

« … Comment accepter de vieillir alors que l’on n’a pas grandi? / Enfermée, solitaire dans une bulle acidulée nécessaire à ma création / Une transe, une danse libre de jugement, libre de tourment / Bercée par la houle d’un océan mélancolique en perpétuel mouvement / Une mise à nu / Un rêve fou de jeunesse éternelle / La quête d’un amour immortel et absolu / Comme dans les films! / Le culte du corps et de la beauté / Un moment de grâce suspendu pour l’éternité / Quand les angoisses laissent place à la joie / À l’amour! » Où sont mes rêves ?  de la photographe Deborah Benzaquen

Voir les deux précédents billets sur la Biennale de Rabat qui se poursuit jusqu’au 15 décembre et ne manquez surtout pas la carte blanche à Mohamed El Baz – exposition collective La Forêt
au sous-sol du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain.

Sciences & Lettres à la Biennale de Rabat 2/3

01/11/2019

Baluchi de Mona Hatoum / Breeding space de Maria Mallo / Crâne de Jebel Irhoud

Biennale d’art contemporain de Rabat – Un instant avant le monde
Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain et autres lieux
Commissaire Abdelkader Damani
jusqu’au 15 décembre

Un instant avant le monde est le titre de cette première édition de la Biennale de Rabat qui nous renvoie inéluctablement à l’origine de l’humanité et du monde de l’art. En plus d’être une biennale remarquable par son interdisciplinarité, les œuvres  traversent le temps et proposent des « dialogues entre l’archéologique & le contemporain » comme l’explique en entrevue le commissaire Abdelkader Damani.  Dès la première salle, on se retrouve face à face, avec le plus ancien Homo sapiens connu jusqu’à ce jour soit de 315 000 ans.  C’est en fait un facsimilé reconstitué à partir des découvertes au Maroc à Jebel  Irhoud, situé à 55 km de Safi et qui a fait la Une de la revue Natureno. 546 juin 2017 p.289-292 – voir aussi le billet Musée de l’histoire et des civilisations à rabat. Au sol dans cette même salle, une carte du monde tissé dans un tapis Baluchi 2007 rappelant celui de l’artiste montréalaise Dominique Blain aux motifs de mines antipersonnelles. Mona Hatoum est d’ailleurs connue au Canada pour entre autres, les clichés de sa vidéo d’une exploration endoscopique de son propre corps  présentés dans le cadre du Mois de la photo 2014 ainsi qu’à Ottawa en 2011 pour son rideau de barbelés. Keffieh 1999 également à la biennale, est tout aussi puissant comme message; il consiste en un voile brodé à partir de longs cheveux de femmes. Les parisiens peuvent admirer les œuvres de Mona Hatoum jusqu’au 23 novembre à la Galerie Chantal Croussel incluant un globe terrestre Hot Spot en métal & néons et Orbital II avec morceaux de bétons en guise d’objets célestes en orbites. Prêtez attention à deux détails sur Baluchi – premièrement que les continents sont en réalité des espaces vides  entre les océans et que deuxièmement la représentation du monde est selon la projection de Gall- Peters (1973) qui respecte les proportions réelles des continents,  contrairement à la projection de Mercator  (1569) la plus commune qui en revanche conserve les angles pour la navigation, mais déforme les surfaces au point que l’Antarctique apparait cinq fois plus grand et que l’Afrique semble être de la même taille que le Groenland, bien qu’elle soit en réalité 15 fois plus vaste – voir aussi cette vidéo de 6 min sur la chaine vox. Les projections de Gall-Peters sont également celles utilisées par Stéphanie Pommeret qui nous a présenté son travail il y a quelque mois à l’Espace d’art H2/61.26 dirigé par Mohammed Rachdi.

La biennale de Rabat est aussi l’occasion de découvrir la ville, car plusieurs participants exposent sur divers lieux, par exemple au Fort Rottembourg et à la Galerie du Crédit Agricole du Maroc, deux artistes s’inspirent des systèmes géométriques. La première, Dana Awartani fait référence à la mosaïque typique du Maghreb appelée zellige qui signifie « petite pierre polie » et pour l’architecte Maria Mallo ses créations hybrides évoluent avec les organismes qui y vivent en symbiose. Dans l’armature du dôme de Breeding space, elle y intègre des mycéliums de Pleurotus Ostreatus et pour la série Breeding territories c’est du kombucha qui est à l’honneur. Consommé depuis des millénaires pour ses supposées vertus médicinales, le kombucha est une boisson fermentée composée de bactéries d’acide acétique et de levures de types Saccharomyces qui donnent une apparence gélatineuse – lire « Microbiology and quality assurance of kombucha » sur sparkkombucha.com et « Are there benefits to drink kumbucha ? » NYTimes 16/10/2019.

Roches et matériaux du Maroc de Lara Almarcegui  / Expansion (détail) de Safaa Erruas  / 
1 module de Ramasser le monde de Rita Alaoui   / Sans-titre (détail) d’Amina Rezki

Le Maroc regorge de trésors archéologiques et géologiques qui attirent les chercheurs du monde entier. Ces deux cartes des gisements miniers et minéraux à travers les différentes régions du Maroc en témoignent. Fasciné par les sites d’excavations et sous-terrains des villes, l’artiste Lara Almatcegui relève le défi d’un projet colossal que celui de quantifier les roches & matériaux de Rabat en collaboration avec des géologues. Le tableau ci-dessus est le résultat de sa recherche qui permet aux visiteurs de la biennale de prendre conscience de la nature de ce territoire sur lequel ils se trouvent et de le préserver comme d’ailleurs la mission du plan de la gestion durable des ressources naturelles et de la biodiversité par le HCP . Lire aussi cette étude géologique d’une région du rif par Ahmed EL Bakouri & al. et consulter la Revue Marocaine de Géomorphologie . En guise de complément, le documentaire L’histoire de l’évolution des minéraux avec le géologue Robert Hazen, fait valoir qu’afin de mieux comprendre les origines de la Terre il y a 4.5 milliards d’années, l’étude de la composition minéralogique des roches est indispensable tout comme le rôle de leurs éléments dans notre quotidien ex. Molybdène rend l’acier plus dur et le cobalt augmente la durée de vie de notre portable. Entrevue avec l’artiste qui nous explique sa démarche en amont à sa participation de la Biennale de Venise en 2013 sur zerodeux.fr.

Aucune photo ne pourra mettre en valeur le magnifique travail monochrome et aérien  de Safaa Erruas. Tout en finesse & délicatesse, ses œuvres n’apaisent pas toujours l’âme et parfois tout le contraire ! Notes amères que vous pourrez voir sur son site, nous donnent des frissons tout comme d’autres avec aiguilles, seringues, lames, etc.  Pour la biennale, telle une chenille dentelière, l’artiste de Tétouan tisse non seulement un cocon mais des milliers, suspendus à des fils transparents. Aucun doute, toutefois, que cette artiste déploiera ses talents sur plusieurs continents au grand bonheur d’amateurs d’art à travers la planète. Voir aussi le billet être ici Tanger avec son installation de centaines de gypsophiles en suspension.

 «… il me vient une certaine mélancolie en pensant au tout début de l’humanité,
 à cet instant où l’homme s’est différencié de l’animal par la pensée et a commencé à utiliser des outils.

Cet instant où l’homme chassait, cueillait, écoutait le bruit du vent, observait la lune
et respectait les cycles du soleil. Cet instant où l’homme savait reconnaître les bonnes plantes
pour se soigner, cet instant où l’homme était en constant mouvement, dansant avec les forêts,
les plaines et les océans. Cet instant où les arbres étaient les maitres du monde,
où les aliments transformés n’existaient pas, où le gaz carbonique n’avait pas envahi
toute la planète et où dans le ciel ne volaient que des oiseaux… »  Rita Alaoui

Dernière oeuvre à droite, celle d’une troisième artiste marocaine,  Amina Rezki qui vit et travaille en Belgique. L’année dernière, pour l’ouverture de la Art Stories Gallery à Ixelles, elle a eu l’occasion de faire une exposition conjointe avec Arié Mandelbaum et trois de ses œuvres font partie du Wiels – centre d’art contemporain de Bruxelles. Deux de ses toiles de la biennale laissent supposé un regard sombre de l’avenir de l’humanité tandis que celle ci-haut est faite à partir de pages sur des traités d’architecture portant sur des plans de charpentes et circuits électroniques, comme quoi peut-être il faut se baser sur le savoir pour bâtir le futur de l’humanité.

Et pour terminer, l’artiste Lucy McRae nous projette dans un monde transhumaniste. Ci-dessous celle qui se définit en tant qu’artiste de science-fiction, réalisatrice et architecte du corps décrit ses projets utopiques &  futuristes – lire aussi l’entrevue sur neo.life.  L’Institut de l’Isolement présenté à la Biennale de Rabat est naît justement, de son rêve d’aller un jour dans l’espace et de son intérêt pour la médecine du futur – particulièrement les mécanismes d’adaptation du corps humain lors d’un vol spatial. Pour en savoir plus sur les défis de la médecine spatiale, voir le documentaire de Jean-Christophe Ribot Les cobayes du cosmos 2017, 90 min. 

Voir le précédent billet sur la Biennale de Rabat et bientôt la suite….

Sciences & Lettres à la Biennale de Rabat 1/3

31/10/2019

Biennale d’art contemporain de Rabat – Un instant avant le monde
Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain et autres lieux
Commissaire Abdelkader Damani
jusqu’au 15 décembre

La toute 1re biennale d’art de Rabat marque déjà l’histoire,  en étant dédiée exclusivement aux femmes artistes, outre les expositions et nombreux évènements en parallèle. Le commissaire Abdelkader Damani tenait à rendre hommage aux femmes créatrices, de domaines aussi variés que le cinéma, la danse, la littérature, l’architecture, la photographie, l’art numérique, la peinture, la sculpture, etc. tout en leur laissant libre cours à redéfinir notre monde et celui de l’art.  Le visiteur restera ému devant ces œuvres qui sont tantôt un cri du cœur, tantôt un « réceptacle » de justice et libertés ou d’autres… devoir de mémoire ex. Les trois Grâces de Marcia Kure. L’artiste nigérienne rend hommage à trois figures féminines de l’histoire africaine, dont Funmilayo Ransome Kuti (1900-1978) ayant milité pour l’accès des femmes à l’éducation et le droit de vote des femmes de son pays – lire aussi le billet sur ce site Qui veut la peau de Vénus ?  Parmi les militantes-artistes de la biennale,  on peut compter  Sonia Gassemi qui écrit des pièces de théâtre engagé et milite pour les droits des femmes, Anila Rubiku dont le travail a permis la libération de femmes incarcérées à Tirana,  Hania Chabane qui rappelle que la liberté est autant un droit qu’un combat et le collectif Feminist Collaborative Architecture qui manifeste contre l’exclusion sous toutes ses formes, pour ne nommer qu’eux. Plusieurs architectes de la biennale, font également leur part pour améliorer les conditions de vies des plus démunis, par exemple Tatiana Bilbao à travers des logements sociaux au Mexique ou DAAR – Decolonizing Architecture Art Residency avec des camps de réfugiés. Quant à Julie Nioche à l’origine de A.I.M.E.  l’Association d’Individus en Mouvements Engagés, elle se pose, en suspension sur des fils, la question existentielle : Qu’est-ce que mon existence pèse sur Terre ?

Le commissaire de la Biennale de Rabat donne également carte blanche à l’artiste Mohammed El Baz pour une exposition collective et à la réalisatrice Narjiss Nejjar pour une programmation cinématographie qui se tiennent tous deux au sous-sol du Musée Mohammed VI et pour clore la biennale le 18 décembre prochain Faouzia Zouari et Sanae Ghouati invitera une cinquante de femmes de lettres à lire leurs textes au Parlement des écrivaines. Plusieurs artistes de la biennale exposent leurs œuvres hors les murs du MMVI et à eux se rajoutent en guise de Street Art, au jardin Hassan II, cinq artistes marocains soit Ghizlane Agzenai, Yassine Balbzioui, Ed Oner, Iramo Samir, Mehdi Zemouri et nul autre que le graffeur Leonard Hilton McGurr  alias  Futura 2000.

R.I.P. Natasha Megard (1967-2019)
Artiste de la Biennale décédée pendant les préparatifs du projet

 » Je pense aux mille et une nuit avec des racines / Je rêve / Instant d’avant / La beauté décuplée dans l’arc-en-ciel / Ta poésie est ta réalité / He ! En fait, / Peu importe la taille de la racine, l’essentiel
c’est qu’il y en ait deux / On articule, une en bas et une autre en haut / On les rassemble ensemble /
Et du coup elles forment idée / Bizous, mon loup d’amour «  Natasha Megard

 

Évènements à venir

Temps et création animée par Bouazza Benachir le 7 novembre à 19h
Avec Mustapha Kébir Amni, Touria Ikbal, Siham Issami et Muhammad Valsan

Pièce de théâtre Prise de parole d’Issam El Youskfi le 13 novembre à 20h
Avec Ilham Loulidi dans une mise en scène de M. Chahdi et scénographie de T. Ribh

La tendresse subversive avec Abdelkader Damani et autres intervenants le 17 décembre

Parlement des écrivaines sous la direction de Faouzia Zouari et Sanae Ghouati  le 18 décembre

Surveiller la mise à jour du programme sur https://www.biennale.ma/

Lire articles de M. Drissi K , A.Boushaba, F. MiskM.Moignard, E. Jardonnet et Z.Senoussi

Quelques bonnes adresses à Rabat sur ce site et la suite les prochains billets sur la Biennale.

Parcours artistique au jardin d’Essais

28/10/2019

Conception de l’affiche et Basic pattern of growth de Nassim Azarzar

État d’urgence d’instants poétiques jusqu’au 16 novembre
Entrée Avenue de la Victoire côté Nord
Jardin d’essais botanique de Rabat

Le jardin d’essais botanique de Rabat a initialement été conçu en 1914 par Jean-Claude Nicolas Forestier. Cet urbaniste- paysagiste féru en botanique aménage alors un jardin d’acclimatation, en plein cœur de la capitale du Royaume classée patrimoine mondial de l’Unesco, qui aujourd’hui s’étend sur 17 hectares  et abrite 650 espèces végétales. Pour en savoir plus sur sa vision, lire « Les influences théoriques et pratiques du Système de parcs de Jean-Claude Nicolas Forestier sur le travail d’Henri Prost en France. Expériences croisées 1913-1934 » de L. Hodebert dans les Cahiers thématiques Paysages vs Architecture no.13, 2014 p.85-95. C’est en aval de l’avenue de la Victoire que se tient la 2e édition d’État d’urgence d’instants poétiques. Une dizaine d’artistes ont été invités par Bouchra Salih, à créer une œuvre in situ autour du jardin andalou et du pavillon mauresque qui abrite l’agromusée. Ci-haut, une œuvre de Nassim Azarzar qui nous saisit par sa dichotomie nature/pollution puisqu’ elle est faite de goudron connu pour être cancérigène et ressemble à une chaussée bitumée dont l’exploitation est nocive pour l’environnement comme mentionné dans le billet Plume et bitume. Cependant, son motif végétal est en parfaite harmonie avec son environnement tout comme d’ailleurs les autres installations qui sillonnent le parcours. Lors du vernissage qui s’est tenue vendredi dernier, les artistes ont eu la chance de présenter leur installation.  Au courant de cette semaine, l’équipe de L’Art f’Dar propose en plus diverses activités aux élèves du primaire. Cet événement se clôturera avec une performance déambulatoire de Kamal Aadissa ainsi qu’une danse  nature urbaine de Nezha Rhondali alias Lisa Dali – fondatrice de l’association Irtijal qui dirige des ateliers de danse Contact Improvisation.

A piece of wood from three pieces of wood d’Abdellah M.Hassak / Destruction-construction de Mohamed Mourabiti / Chajara-Zaytüna de Younès Rahmoun / In tune with distorsion de Khalid
El Bastrioui / L’arbre qui cache la forêt de Badr El Hammami / Sisyphe de Driss Aroussi

Ci-dessus une photographie de l’installation sonore d’Abdellah M. Hassaki – artiste multimédia qui transpose  le son d’un cognement de morceaux de bois en notes de musique de trois grandeurs différentes, superposant ensuite ces trois partitions. Cette pièce polyrythmique fait écho à A piece of water à partir d’une goutte d’eau, qu’il visualise sous forme binaire et ternaire. Tandis qu’un de ses projets antérieurs, comprenant archives, entrevues et enregistrements sonores portait sur l’ancien aquarium de Casablanca qui a fermé ses portes en 1987.  D’autres œuvres d’artistes font appel s à des photographies  & archives telle l’installation de Badr El Hammami faisant suite à sa résidence à Lille dans laquelle il traitait les notions de frontières et de migrations (il décrit d’ailleurs sa démarche lors d’une rencontre avec des élèves qui s’est tenue dans le jardin samedi dernier) ou Chajara-Zaytüna de Younès Rahmoun – artiste de Tétouan qui avait présenté Taqiya-Noren 2017 à l’Arsenal pour la Biennale de Venise et précédemment en 2011 au Pavillon du Maroc. Sur le site de l’artiste vous pourrez voir toutes ses installations et visionner son film d’animation  d’une graine à la recherche d’un lieu idéal pour croître, intitulé Habba7 min. Quant à Khalid Bastrioui, dont on a pu voir les théières Warholienne à la Galerie Venise Cadre durant la semaine du Art Week Casablanca, amuse les visiteurs avec son installation cinétique de papillons In tune with distorsion.  Dernière photo ci-haut, la vidéo Sisyphe de Driss Aroussi, qui porte bien son nom, mettant en évidence le travail perpétuel et extrêmement ardu d’ouvriers sur des chantiers de pierre – lire aussi les textes sur  son site parvenu.free.fr. Parmi les autres œuvres, on retrouve  une installation sonore de Simohammed Fettaka, un enfilage de perles en verre d’Amina Agueznay , une vidéo de Lina Laraki qui à travers le rêve d’une plante aborde également les thématiques de migration, d’exil, etc. puis un terrain de végétation de Jamila Lamrani qui aime à varier ses médium et qui représentait le Maroc à l’exposition Lumières d’Afriques. Pour terminer, voici quelques vers de Voix d’auteurs du Maroc – Plumes et pinceaux tome 3 aux éditions Marsam 2019, 168 p.

Le prochain billet portera sur la 1ère Biennale de Rabat qui met à l’honneur  les femmes artistes.

Omar Ba, Ying Gao et autres au MBAM

29/08/2019

Afrique now, War junkie et catalogue de l’exposition Omar Ba – Same dream / Vision partagée 2019

Omar Ba – Vision partagée  
Commissaire : Nabila Abdel Nabi
Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 10 novembre

Le Musée des beaux-arts de Montréal présente, en collaboration avec le Power Plant de Toronto, l’exposition de l’artiste sénégalais qui réside à Genève – Omar Ba.  Partant toujours d’une toile de fond noire, il y dépeint une multitude d’injustices avec en arrière-plan une luxuriante flore telle une source d’oxygénation nécessaire pour passer à travers les barbaries de l’être humain et la destruction de l’environnement. Omar Ba invite d’ailleurs le public à s’attarder devant les œuvres  et réfléchir sur les thèmes qu’il aborde comme par exemple la religion, la guerre, la colonisation, la dictature, la mondialisation et les injustices sociales avec souvent des titres aux mots évocateurs ex. médias, informations, manipulation, pouvoir pour d’autres 2012 ou Afrique, Pillages, Arbres, Richesses 2014.  Notez aussi que la thèse d’Omar Ba portait sur la transformation du monde végétal. Lire aussi  » Omar Ba – vision partagée : Troublante Afrique actuelle  » de C. Montpetit dans Le Devoir 29/5/2019 et écouter la conversation entre l’artiste Omar Ba et l’historienne de l’art Nabila Abdel Nabi qui s’est tenue l’hiver dernier au Power Plant de Toronto.

Également au sous-sol du Pavillon Jean-Noël Desmarais du MBAM, passez voir le nouvel accrochage incluant d’anciennes et nouvelles acquisitions décrites sur westmountmag.ca. Ci-dessous de mains en bronze de l’artiste cubain Yaoan Capote, à partir des mains de travailleurs migrants épelant le mot « Libertad » et évoquant l’absence de voix d’une partie de la population. Quant au Planetarium en verre soufflé de Jana Serbak connue pour son Vanitas – Robe de chair pour albinos anorexique, il émerge de son intérêt pour l’astronomie et les théories de l’Univers de Stephen Hawking dont ses Brèves réponses aux grandes questions vient de paraître aux éditions Odile Jacob 2019.

Abstinence (Liberté) de Yoan Capote et Planétarium (Version Montserrat) de Jana Sterbak

Il ne reste qu’à peine une semaine pour admirer Thierry Mugler – Couturissime et Montréal Couture qui présente le travail de 10 créateurs québécois soit Marie Saint-Pierre, Denis Gagnon, Helmer Joseph, Marie-Ève Lecavalier, le duo Fecal Matter composé de Hannah Rose Dalton & Steven Raj Bhaskaran et Ying Gao alliant Art & Technologie avec ses robes interactives dont on a pu voir Play time en action à Vienne dans le cadre de l’exposition Technosensual – where fashion meets technology. Parmi ses dernières créations, on compte Flowing water, standing time ACT 3 – eau grise inspirée du célèbre livre L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau du neurologue Olivier Sacks, ainsi que sa robe Possible tomorrows activée par un système de reconnaissance d’empreintes digitales mais conçue à l’inverse pour ne s’animer qu’en présence d’inconnues et  No (where), now (here) activée cette-fois par le regard du visiteur selon la technologie oculométrique.

Voir aussi les précédents billets Joueuses / Joueurs et Autres expos à Montréal.

Joueuses / Joueurs au MBAM

27/08/2019

Joueuses / Joueurs
Musée des Beaux-arts de Montréal jusqu’au 1er juin 2020
Commissaires : Geneviève Goyer-Ouimette, Anne Grace et Sylvie Lacerte

Voici cinq œuvres d’artistes québécois parmi la quarantaine proposées qui s’articulent toutes autour du jeu – jeux d’enfant, jeux de rôle, jeux de piste, jeux d’esprit ou Quodlibet  qui signifie en latin « n’importe quoi, tout ce qui plaira » et titre d’un tableau de Sylvie Bouchard au motif végétal dans un environnement laissant planer le doute entre fiction ou réalité ? Considérée comme une artiste de la nouvelle figuration elle s’intéresse particulièrement à l’espace et à la perspective des peintures de la  renaissance, elle revêt les murs de la Bibliothèque du Cégep Ahuntsic et en 2015 le MAC lui consacre une rétrospective de ses 20 ans de carrière. Ce mois-ci au 37e Symposium international d’art contemporain de Baie Saint-Paul – Art, architecture, paysage et environnement, elle intègre dans son œuvre la nature, la géométrie et la luminosité de la région de Charlevoix. Density as a physical property  d’Adam Basanta nous déconcerte par cette installation, statique et muette en béton, venant d’un compositeur, artiste sonore & multimédia dont on a pu voir la sculpture cinétique A truly magic moment au festival Elektra de Montréal en 2017 et qui présentera Landscape past future – a brief history of cultural production part 1 dans le cadre de Momenta Biennale de l’image et POP Montréal du 12 septembre au 12 octobre à la Galerie Ellephant à Montréal. Jonglant habituellement avec les 4 éléments, le sculpteur André Fournelle détourne le jeu universel qu’est le Tic tac toe en utilisant trois formes de charbons : noir, cendre et blanc, tout en symbolisant aussi le marquage de territoire et les thèmes de migration qu’il aborde dans d’autres œuvres ex. Soleil des migrants. Lire sa monographie de 50 ans de carrière aux éditions Del Busso 2016, dont vous verrez un aperçu sur ce blogue. Et faisant référence à Marcel Duchamp, ayant dit en passant «  L’art est un jeu entre les hommes de toutes les époques », le « ready-made aidé » de BGL qui transforme un Jouet d’adulte polluant en trophée de chasse. Pour en savoir plus sur ce collectif, qui ne vise rien de moins que le Syndrome de Stendhal, voir le documentaire BGL de fantaisie du réalisateur Benjamin Hogue. Vers la fin de ce parcours, parfois sérieux, parfois ludique, vous pourrez vous amuser à deviner sur Page miroir : or 1317 oratoire,  les mots manquants du dictionnaire Le Petit Robert découpés minutieusement par l’artiste pluridisciplinaire Rober Racine, qui a autant de talent à écrire de la musique ou des romans et créer des œuvres sur la conquête de l’espace  telles  C’est moi, Bi, Cycle de la méditation, Dernier volet du cycle lunaire pour ne mentionner que celles déjà présentées sur le blogue Arts & Sciences.

Le prochain billet portera sur d’autres expositions en cours au Musée des beaux-arts de Montréal.

Hexadome et autres expos à Montréal

25/08/2019

Thresholds Lara Sarkissian & Jemma Woolmore par le ISM de Berlin

ISM Hexadome au Musée d’Art Contemporain de Montréal jusqu’au 9 sept.

Dans le cadre de la 20e édition de Mutek qui vient de se terminer, le Musée d’Art Contemporain de Montréal invite son public à vivre l’expérience immersive 360° ISM Hexadome du Institute for Sound and Music e.V. de Berlin à travers 10 œuvres alliant Art & Technologie.  Ci-dessus, Thresholds avec un visuel de cristaux kaléïdoscopiques de l’artiste Jemma Woolmore sur une musique composée par Lara Sarkissian qui explique en entrevue l’influence de ses origines arméniennes dans ses œuvres faisant référence à la mémoire, la reconnaissance et le territoire et qui incorpore fréquemment  des instruments traditionnels.  Le Studio Multimédia Pfadfinderei qui a conçu cette installation à 360° présent également une œuvre intitulée The P!eace en collaboration avec René Löwe alias Vainqueur. Voir aussi leur animation interactive Data space où ils convertissent des données en images selon les modifications des visiteurs ainsi que la façade pour l’Institut Paul Drude qui met en perspective les différences de taille entre un enfant de 1 m de haut, une cannette de 11 cm, une fourmi de 9 mm, un microcristal de 3 µm et des nanotubes de 100 nm jusqu’à une chaine d’atomes à 0,8 nm. Ne manquez pas ce soir au MAC de Montréal, la performance de l’artiste multidisciplinaire Herman Kolgen. Ce sculpture audio-cinétique de Montréal nous présentera Rétina Live à 18h et 20h !

« Via cette frontière ouverte qu’est notre œil, Herman Kolgen sonde la coexistence de l’humain et de ses territoires intermédiaires. Un double rapport au réel, à la fois intime et extérieur dans tout ce qu’il y a de fragile, de plus perméable et de plus nerveux. À se demander, entre bombardements de photons et fréquences optiques, ce qu’il restera de nos instants diffractés et de nos flashs éphémères, un souvenir à la fois net et flou ? Une amnésie rétienne ou une empreinte indélébile ? »  Herman Kolgen
Vidéos d’Herman Kolgen sur https://vimeo.com/kolgen

 

Voir aussi les œuvres bouleversantes de Rebecca Belmore  au MAC jusqu’au 10 octobre
Ci-dessus Blood on the snow et 1181 clous dans une bûche, correspondant au nombre de femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada, selon un rapport de la GRC. Vous trouverez sur le site Arts & Sciences des billets sur la Biennale d’art contemporain autochtone 2016 et 2014.

 

Et l’exposition Ghost lights ou Feu-follet 2019 de Marc Séguin
À la Galerie Simon Blais jusqu’au 7 septembre
Notez que cet artiste peintre, graveur, romancier et cinéaste engagé dénonce dans sa série la fragilité de la forêt boréale tout en gardant l’espoir grâce au phénomène de régénérescence suite aux feux de forêts.  Vous pourrez également visionner son vidéoclip de la chanson Where we started de Dear Criminals dans quelques semaines et lire l’article d’Éric Clément dans La Presse du 13 août 2019.

Autres expos à Montréal dans le prochain billet.

Prête-moi ton rêve

19/07/2019
tags:

Exposition Prête-moi ton rêve
Villa d’Anfa à Casablanca jusqu’au 31 juillet
Commissaires : Yacouba Konaté et Brahim Alaoui

Exposition panafricaine qui poursuivra sa route vers Abidjan, Dakar, Lagos, Addis-Abeba, Cape-Town pour revenir ensuite au Maroc avec une dernière escale à Marrakech.  Voici les portraits des 28 artistes invités, dont quatre Marocains dans chacun des coins du montage ci-haut.  De gauche à droite, l’artiste et écrivain Mahi Binebine qui vient de publier son dernier roman Rue du Pardon présente, en plus d’un triptyque qui apparait dans le vidéo, Le Migrant 2016 en bronze à l’entrée du jardin de la Villa d’Anfa; également dans le jardin La fourmi 2019 de Fathiya Tahiri puis un diptyque organique de Fatiha Zemmouri et géométrique de Mohamed Melehi . La troisième sculpture installée dans la cour, est  celle de Freddy Tsimba de la République démocratique du Congo qui pour le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme avait conçu l’année dernière Porteuse de vies , à partir de milliers de douilles de cartouche et que l’on peut voir au Théâtre National de Chaillot à Paris. Rêves ou cauchemars, espoirs ou désenchantements, paix ou violence,  tradition ou modernité cette vingtaine d’artistes s’exprime à leur manière et comme on peut lire dans le catalogue de l’exposition : « L’artiste a vocation à donner forme et volume aux rêves de l’homme. Il sait rendre visibles les cauchemars qui empêchent les hommes de dormir tranquilles. Dans l’enchevêtrement de l’utopie et du cauchemar, au carrefour de la séduction et du désenchantement, il tisse sa toile. » – Yacouba Konaté

En ordre d’apparition dans cette vidéo sont des œuvres de : Abdoulaye Konaté (Rouge touareg), Viyé Diba (Révélation), Mohamed Omar Khalil, Jems Koko Bi (Les hommes de cèdre), Nnenna Okore (Earth bound), Mahi Binebine, Chéri Samba (Le secret d’un petit poisson devenue grand), Jems Koko Bi (Two similar words), Siriki Ky (Têtes précieuses), Dominique Zinkpè (L’œil du jaloux et Séduction), Vitshois Mwilambwe Bondo (La reine Rwe), Bill Kouélany, Mohamed Melehi (African dawn and twilight), Barthélémy Toguo ( Homo Planta I et II), Yazid Oulab, El Anatsui (Iris), Ouattara Watts, Adel El Siwi,  Siriki Ky (L’Afrique face à son destin). Les artistes suivant participent également à Prête-moi ton rêve : Jane alexander, Joseph Francis Sumégné, Kofi Setordji, Soly Cissé, Meriem Bouderbala, Zoulikha Bouabdellah, Olu Amoda ainsi que William Kentridge avec un film d’animation.

Quant à la plasticienne congolaise Bill Kouélany, elle révèle que la poésie de Tchicaya U Tam’si a littéralement transformée son travail, alors voici pour terminer quelques vers de ce poète mélancolique au pied-bot, le mal aimé comme il disait…

[…] Suant la langueur d’un blues /de la tête aux pieds / écoutez je déchire ma peine à chaque pas
je renonce à tous mes membres / je me fais étranger et je me chéris / je requitte mon cœur
je m’en vais / la tête dans mes jambes / pour mieux nouer mon destin / à l’herbe des chemins
À triche-cœur de Tchicaya U Tam’si

 

Autres expositions en cours à Casablanca

Zineb Bennis à SoArt Gallery terminée
Soly Cissé à la Galerie 38 jusqu’au 20 juillet
Farid Belakahia à l’Artorium jusqu’au 20 juillet
Exposition collective à la Galerie Nadar jusqu’à la fin juillet
Vingt ans, une œuvre à l’Atelier 21 – exposition collective jusqu’au 31 juillet
Mon rêve est pop au Lof Art Gallery – exposition collective jusqu’au 3 août
Art d’Écho à la Villa des arts de Casablanca jusqu’au 25 août
Avec Antonio Marest et Mehdi Zemouri dans le cadre du Festival Sbagha Bagha
Thema Galerie d’art avec pour quelques semaines encore des oeuvres d’Yvanovitch Mbaya
Mounat Charrat, Aziz Sahaba, Mostafa Ait Boukioud, Amina Rezki, Nabil Boudarqa et Youssef Douieb
Visitez aussi la galerie GVCC, la B&S Art Gallery, Casart Urban Gallery, ThinkArt,
Laredo Art Gallery avec l’artiste Isabelle Renou utilisant des matières recyclées.

Voir aussi le billet sur l’exposition Lumières d’Afriques à Rabat jusqu’au 15 août.

Autres expos à la Biennale de Venise

27/06/2019

When I count, there are only you… but when I look, there is only a shadow
Farideh Lashai (1944-2013)

The Spark Is You: Parasol unit in Venice jusqu’au 23 novembre
Au Conservatoire de musique Benedetto Marcello de Venise

Une pléthore d’évènements se déroule en parallèle de la Biennale d’Art de Venise et parmi eux, une vingtaine d’exposition officielle dont The spark is you par la commissaire Ziba Ardalan qui dirige la fondation d’art contemporain à but non lucratif Parasol Unit. Pour l’occasion, elle a regroupé le travail de neuf artistes iraniens, tous vivants sauf pour Farideh Lashai (1944-2013). Une de ses dernières œuvres,  est celle dont le titre est tiré du poème The West land de T.S. Eliot qu’il dédia à Ezra Pound pour l’avoir aidé à le publier. Farideh Lashai reprend les scènes de 80 des 82 estampes des Désastres de la guerre de Goya (1746-1828), qu’elle digitalise et dépouille de figures puis imprime sur une pellicule transparente. Elle y rajoute  ensuite en animation les personnages, superposés sur plusieurs couches vidéo. Éclairées par un projecteur qui se déplace au rythme du Nocturne de Chopin, les gravures reprennent ainsi vie tout en rappelant les atrocités de la guerre. Notez que le conservatoire de musique, qui abrite l’exposition, porte le nom du compositeur vénitien Benedetto Marcello (1686-1739) dont vous pouvez écouter deux morceaux sur musicologie.org et que le précédent billet porte sur
la littérature à la Biennale d’Art de Venise.

[…] And the dead tree gives no shelter, the cricket no relief,
And the dry stone no sound of water. Only
There is shadow under this red rock,
(Come in under the shadow of this red rock),
And I will show you something different from either
Your shadow at morning striding behind you
Or your shadow at evening rising to meet you;
I will show you fear in a handful of dust. […]
The waste land (1922) de TS Eliot

Autres événements collatéraux en images :

Elsewhen de Philippe Parreno à l’Espace Louis Vuitton de Venise jusqu’au 14 novembre /
Ecologue for [in] habitability de Sondra Perry à l’exposition The Future Generation Art Prize
à l’Université IUAV pavillon Ca’Tron jusqu’au 18 août / Living Rocks: A Fragment of the Universe de  James Darling & Lesley Forwood avec la collaboration de Jumpgate Virtual Reality, l’ASQ – Australian String Quartet et le compositeur Paul Stanhope jusqu’au 24 novembre.

Voir aussi Sciences à la Biennale d’Art de Venise
Et la création en direct  d’œuvres éphémères par Hicham Berrada.

Littérature à la Biennale d’Art de Venise

20/06/2019

For, in your tongue, I cannot fit de Shilpa Gupta à l’arsenal

Biennale d’Art de Venise jusqu’au 24 novembre
May you live in interesting times
Commissaire : Ralph Dugoff

La 58e édition de la Biennale d’Art de Venise réserve non seulement de magnifiques surprises aux adeptes d’art numérique, de sciences & de technologies, mais également aux amateurs de poésie et de littérature qui pourront passer des heures à écouter des extraits de poèmes à l’installation de Shilpa Gupta à l’arsenal. L’artiste de Mumbaï dénonce la censure, en sélectionnant des vers de 100 poètes qui ont été emprisonnés du VIIIe siècle jusqu’à nos jours, pour que le public réalise également que la liberté d’expression est toujours menacée. D’ailleurs,  l’organisme PEN international  milite pour ce droit humain fondamental dans une centaine de pays. Le titre For, in your tongue, I cannot fit vient d’un poème d’Imadaddine Nassimi – auteur du XIVe siècle d’Azerbaïdjan connu pour ses ghazals. Chacun des 100 vers exclamés dans différentes langues, est également transcrit sur une feuille transpercée d’une tige en métal. Le visiteur peut choisir de se recueillir les yeux fermés ou de déambuler dans cette salle polyphonique et retrouvera alors « Thus, I offer my safe wings to the air / What others see far, I leave behind » de Giordano Bruno qui adhérait à l’héliocentrisme et prônait en plus un Univers infini dans lequel d’autres planètes tourneraient autour de d’autres étoiles que le soleil. La traduction française de ses écrits se retrouve aux éditions Les belles Lettres incluant Le procès de Giordano Bruno qui fut condamné au bûcher en 1600 après huit ans d’emprisonnement. Lire aussi l’article Bruno et Galilée au regard de l’infini de Jean-Pierre Luminet publié dans la revue Europe no.937 Mai 2007 p.16-29 et dans lequel on retrouve la suite de l’extrait exposé à l’arsenal  « C’est donc vers l’air que je déploie mes ailes confiantes, ne craignant nul obstacle, ni de cristal, ni de verre, je fends les cieux, et je m’érige à l’infini. Et tandis que de ce globe je m’élève vers d’autres globes et pénètre au-delà par le champ éthéré, je laisse derrière moi ce que d’autres voient de loin ».  Notez que dans une précédente œuvre intitulée While I sleep 2009 qui portait sur les préjugés et le pouvoir des images,  Shilpa Gupta avait collaboré avec la neuropsychologue  Mazharin Banaji et le linguiste Noam Chomsky comme le décrit ce communiqué du Laboratoire à Paris consacré sur l’Art & la Science et qui est installé à Cambridge depuis 2014. Pour en savoir plus sur cette formidable artiste, lire l’entrevue sur hindustantimes.com et visiter son site web.

One eye too many 2019 (détail) de Rosemarie Trockel / Cosmorama 2018 de Dominique Gonzalez-Foerster en collaboration avec Joi Bittle / Lord of abandonned success  ou L’Argile humide 2017
de Maria Loboda / Vol. XXVII d’Haris Epaminonda / Passage 2019 de Nujoom Alghanem
au pavillon des Émirats Arabes Unis avec la réalisatrice qui est également poète
et en dessous Bookshelf No.7 (détail) de Yin Xiuzhen.

Ci-dessus quelques ouvrages ayant inspirées des artistes de la Biennale, sans oublier The city & the city de China Melville que cite Ralph Dugoff,  le commissaire de la Biennale d’Art de Venise. De Gauche à droite L’Odyssée d’Homère (Pavillon de la République de Malte), Poème de Zuhayr bin Abi-Sulma faisant partie des Poèmes suspendus (Pavillon d’Arabie Saoudite), Poèmes d’Imadaddine Nassimi (Shilva Gupta – voir texte ci-haut), Lettre de Lord Chandos d’Hugo Von Hofmannsthal (Maria Loboda), Conditions de l’homme moderne d’Hannah Arendt (Rosemarie Trockel), Chroniques martiennes de Ray Bradbury (Dominique Gonzalez-Foerster ), L’invention de Morel d’Adolfo Bioy Casares (Haris Epaminonda) et Défis aux labyrinthes d’Italo Calvino (Pavillon de l’Italie).

Liste des lauréats des Prix de la Biennale d’Art de Venise 2019

Voir le prochain billet qui portera également sur la Biennale, ainsi que les deux précédents billets.

%d blogueurs aiment cette page :