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Fatime Zahra Morjani à l’Artorium

06/10/2020

Rituels de Fatime Zhara Morjani
Espace d’art Artorium à Casablanca
Fondation TGCC pour l’art et la culture jusqu’au 15 octobre

L’espace d’art Artorium est un magnifique lieu d’exposition près de la Gare de l’Oasis à Casablanca situé au siège social de la société des Travaux Généraux de Construction de Casablanca dirigé par Mohammed Bouzoubaa. Créé en 2017,  l’Artorium a pour mission de démocratiser l’art en offrant au grand public des conférences, spectacles, ateliers d’art plastiques, lancements de livres, etc. Sur son site web, vous trouverez en plus de vidéos donnant la parole aux artistes ou leur rendant hommages, de passionnantes publications concises & pédagogiques de La News Artsy que vous pouvez également suivre sur sa page facebook avec le début accrocheur Le saviez-vous ?

Pour notre plus grand bonheur, la fondation TGCC a décidé de prolonger l’exposition Rituels de Fatime Zahra Morjani. Lors de la précédente exposition à l’Artorium dont les bénéfices étaient destinés à l’Association EMA Enfance Maghreb Avenir, l’artiste plasticienne, ayant une formation d’architecte, avait comme d’habitude manifesté sa conscience écologique en questionnant la place de l’être humain dans la nature à l’ère de l’anthropocène – voir article et références sur ce blogue sous EMA’rt  #LesYeuxOuVerts. C’est suite à la lecture de Renaissance sauvage. L’art de l’anthropocène de Guillaume Logé, prônant le retour aux pratiques ancestrales pour sauver son humanité que Fatime Zahra Morjani a eue l’idée de cette exposition. En entrevue, l’artiste rappelle que les rituels ancestraux font partie de la mémoire collective. Il est intéressant de noter aussi que presque toutes les œuvres exposées sont soit composées d’éléments végétaux soit de pigments naturels tels que le carmin de cochenilles dont on a expliqué la provenance au billet du 12/05. Quant à Salinger 2018, vous devinerez que ce sont des gaines de seigle qui parsèment le tableau en hommage à l’auteur du célèbre Catcher in the rye. L’atelier de l’artiste, dont on peut voir une reconstitution à l’Artorium, démontre le contact direct qu’elle a avec la faune & la flore. Fatime Zhara porte d’ailleurs bien son nom, car « Morjana/i » signifie corail. De surcroît, on apprend dans le catalogue que sa grand-mère avait la réputation de pouvoir guérir son entourage à l’aide de plantes endémiques. Finalement, de générations en générations, ses connaissances se sont transmises et se poursuivent jusqu’à prendre une autre forme, admirée de nos jours par les amateurs d’art.

« Elle cueille, coupe, décortique, apprivoise le monde végétal. Graines, feuilles, racines
ici point de botanique, l’artiste détourne la flore et donne naissance à une taxidermie du paysage.
Graine de nigelle et de bardane, feuilles de bananier et de cactus, cyprès et fagots de bois mort,
la plasticienne détourne à souhait les éléments que lui prodige le monde terrestre.
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme dirait un Lavoisier.» Anaïs Fa – Commissaire

Visite virtuelle de l’exposition Rituels de Fatime Zahra Morjani et lire aussi sur fnh.ma
« Flore et faune inspirent à Fatime Zahra Morjani des œuvres pleines de mélancolie »

Ci-dessous le livre ayant inspiré l’artiste pour cette exposition
et quelques ouvrages sur le pouvoir des plantes médicinales

BELLAKHDAR Jamal (2019 édition augmentée). La pharmacopée marocaine traditionnelle
– médecine arabe ancienne et savoir populaire, Le Fennec en 2 volumes 1370 p.

Coll. (2018). Un tour du monde des plantes qui soignent sous la direction de J.Fleuretin et  B. Weniger, éditions Ouest-France, 240 p. Entrevue avec le co-auteur sur plantes-et-sante.fr
et autres suggestions sur le site de la SFE ethnopharmacologia.org

 Coll. (2020). Ethnomedicinal plant use and practice in traditional medicine, 380 p.

Voir aussi les références sur ce site sous EMA’rt #LesYeuxOuVerts
et Géologie et autres merveilles du Maroc.

La force du design

24/09/2020
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Génération Africaine – la force du design de Hicham Lahlou et Mugendi K. M’Rithaa
Version anglaise African Generation, the power of design également disponible
sur le site de l’éditeur Langages du Sud 2019, 244 p.

Ce magnifique livre nous fait découvrir 50 designers du continent africain, qui pour la plupart travaillent avec les artisans locaux et encouragent la création durable, le commerce équitable ou le recyclage voire surcyclage – terme qu’utilise Simon Constantin du Cameroun. Le surcyclage ou « upcyling » a été introduit par l’ingénieur et architecte d’intérieur Reiner Pliz en donnant une valeur ajoutée fonctionnelle ou esthétique à des produits ou matériaux inutilisés. Stephen Burks est allé jusqu’à créer le programme Design w/ conscience d’Artecnica et plusieurs autres militent pour les plus démunis, comme dans le cas de People of the sun du Malawi ou un hommage aux femmes avec l’exposition Oa Mpoana d’Atang Tshikare d’Afrique du Sud. Dans le domaine médical, on retrouve des mobiliers pratiques pour les services de santé en milieu rural iMobiMaMa conçu par Byron Qually de Reseach + DESIGN ou un lit à moustiquaire utile contre le paludisme d’Issa Diabaté de Côte d’Ivoire. Quant à Birth Chair de l’américano-éthiopien Jomo Tariku, elle est inspirée des sièges ou tabouret de parturientes encore utilisés dans certaines régions d’Afrique pour assurer une rétroversion du bassin avec une flexion des hanches de plus de 90°. Rappelons que l’accouchement en position assise remonte à 2500 AEC en Égypte et demeure fréquent en Loraine, Alsace et Allemagne jusqu’au XVIIIe siècle. Une étude comparative des différentes positions pour l’accouchement est disponible sur cochrane.org. Au centre ci-dessous, une chaise de Feriel Gasmi Issiakhem, fabriquée à partir d’une plante à fleurs sous-marine de la méditerranée appelée Posidonie ou Posidonia oceanica. Pour en savoir plus sur les rôles écosystémiques essentiels de cette plante lire l’article de C-F Boudouresque sur futura-sciences.com ou celui du Musée de Toulouse ainsi que l’entrevue avec la designer algérienne sur reporters.dz.

iMobiMaMa Byron Qually / Poseidon Feriel Gasmi Issiakhem  / Birth Chair Jomo Tariku

Voici également trois bibliothèques de Younes Duret, Mahdi Naïm et  Sophia Chraïbi Giorgi. Parmi les œuvres de d’autres designers marocains, représentés dans cet ouvrage, on retrouve également une horloge en fonte d’aluminium de Karim Alaoui, des tables Cigales de Jamil Bennani, une chaise Hamak de Réda Bouamrani, des céramiques PikZel de Myriam Mourabit ainsi que Noor light de Mehdi Riah concepteur de l’application immersive Casa360VR. À la 2e rangée, un cabinet de Dokter and Misses dans un style propre au peuple Kassena du Nord du Ghana, sur lequel un extrait en langue sesotho inscrit d’après le syllabaire Ditama ou Isibheqe expliqué sur le blogue The Language closet. Quant à Saki Mafundikwa – designer, réalisateur et directeur de ZIVA Zimbabwe Institute of Vigital Arts, il est l’auteur de Afrikan Alphabets – the story of writing in Afrika aux éditions Mark Batty 2006, 192 p. Visionner sa conférence TED ci-bas, dans laquelle il fait un survol des différentes écritures africaines, symboles et syllabaires ex. nsibidi, adinkra, abakwa, bantu, shü-mom, vaï, mendé, etc. Pour approfondir sur ce fascinant sujet, vous pouvez également vous procurer Une histoire des langues et des peuples qui les parlent de Jean Sellier aux éditions La Découverte  2020, 720 p.

Bibliothèque Zelli de Younes Duret / Bibliothèque Cellulo de Mahdi Naïm  / Diogène Small Ethnochic de Sophia Chraïbi Giorgi / Kassena Isibheqe de Dokter and Misses / Afrikan alphabets – the story of writing in Afrika de Saki Mafundikwa.

Conférence Ted de Saki Mafundikwa qui termine avec cette citation de Marcus Mosiah Garvey
« A people without knowledge of their past history, origin and culture is like a tree without roots”

Pharm Fest

21/09/2020
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Social History of Pharmacy & Pharmaceuticals Festival du 24 au 29 septembre
Gratuit et en ligne, incluant des discussions avec les auteurs des ouvrages suivants :

DE VOS Paula (2020). Compound remedies: Galenic pharmacy from the ancient Mediterranean to New Spain, University of Pittsburgh Press, 352 p.
Modérateur: Petros Bouras-Vallianatos Samedi 26 sept. 13h

BIAN He (2020). Know your remedies: Pharmacy and culture in early modern China,
Princeton University Press, 214 p. Modérateur:  Rima D.Apple  Jeudi 24 sept. 10h30

GUBA David (2020). Taming Cannabis: French Pharmacy, Cannabis, and Exotic Drugs,
McGill-Queen’s University Press, 384 p. Modérateur: Erika Dyck Mardi 29 sept. 9h

CAMPBELL Nancy (2020). OD: Naloxone and the Politics of Overdose,
The MIT Press, 424 p. Modérateur: Joseph Gabriel Samedi 26 sept. 15h30

Programmation complète sur le site du American Institute of the History of Pharmacy.

Ci-dessus quelques œuvres d’artistes, inspirées de molécules pharmaceutiques ou de médicaments, mentionnées sur ce blogue 1ère rangée Damien Hirst et Collen Wolstenholme 2e rangée Mohammed El Baz, Adil Kourkouni, Julian Voss Andreae et Kjartan Slettemark
3e rangée Nicolas Baier, Collectif General Idea et Inaam Obtel.

Bio-Art au Art Laboratory de Berlin

17/09/2020
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Our Glass de Tarah Rhoda / Phytoteratology de Špela Petrič /Wombs – croquis de Margherita Pevere

The Camille Diaries – Current Artistic Positions on M/otherhood, Life and Care 
Art Laboratory / OKK à Berlin jusqu’au 4 octobre
Symposium en ligne le 26 septembre

Art Laboratory Berlin est un centre d’art & de recherche pour la diffusion de l’art contemporain aux intersections de l’art, la science et la technologie. Dans le cadre de The Camille Diaries – Current Artistic Positions on M/otherhood, Life and Care, les deux co-directeurs et commissaires Regine Rapp et Christian de Lutz ont invités des bio-artistes, qui se questionnent sur le réseau symbiotique de notre environnement et l’enchevêtrement des organismes vivants ainsi que problèmes auxquels on fait face tels que les changements climatiques, les enjeux de la bio-éthique, les questions de genres, etc. Le titre de l’exposition Camille diaries est en fait inspiré d’un chapitre de Staying with the Trouble 2016 de Donna Haraway dans lequel le personnage de Camille, qu’elle suit à travers cinq générations, est un être hybride sympoiétique – c’est-à-dire en interactions avec d’autres sans frontières ni spatiales ni temporelles, formé à partir d’un papillon monarque en péril (Danaus plexippus) et d’un enfant (Homo sapiens).  Philosophe et féministe, diplômée de zoologie, Donna Haraway s’est fait connaître par son Manifeste cyborg  et autres essais ainsi que son slogan « Make Kin Not Babies ». En complément à l’exposition, une série de discussions sur le thème de la maternité et de la reproduction dans la littérature féministe de science-fiction, fait partie de la programmation.

Staying with the Trouble de Donna J.Haraway  
Duke University Press 2016, 312 p.
En p.c. oeuvre de Geraldine Javier

Introduction disponible sur le site de l’éditeur
Conférence de l’auteur au SF Art Institute 
Résumé  par Just wondering….

Lire aussi l’article de J. Ackermann suite
à une exposition en ligne qui s’est tenue au
Jeu de Paume en 2017 ou procurez-vous
Habiter le trouble avec Donna Harawaa
aux éditions Dehors 2020, 384 p.

Extrait ci-dessous de p.166

 

STARHAWK’S SONG, TAUGHT BY THE SPEAKERS FOR THE DEAD
Breathe deep. Feel the pain where it lives deep in us for we live, still, in the raw wounds
and pain is salt in us, burning. Flush it out. Let the pain become a sound, a living river on the breath.
Raise your voice. Cry out. Scream. Wail. Keen and mourn for the dismembering of the world.

“[…] Crucial to the work was not to forget the stink in the air from the burning of the witches,
not to forget the murders of human and nonhuman beings in the Great Catastrophes named the Plantationocene, Anthropocene, Capitalocene, to “keen and mourn for the dismembering of the world.” Moving through mourning to represencing, to the practice of vital memory, was the work of the Speakers for the Dead. Their task was to strengthen the healing that was gaining momentum across the earth.
The fourth and fifth Camilles both traveled widely, drawing from their heritage of monarch symbioses, to teach and learn how to practice healing and ongoingness in the cyclones of continuing damage and partial resurgence.”

Voici un aperçu des onze artistes qui participent à cette exposition et qui abordent les problématiques mentionnées en introduction. On retrouve Sonia Levy militant pour la sauvegarde de la biodiversité avec son installation For the love of Corals et Mary Maggic contre la pollution du plastique dans Milik bersama rekombinan. D’autre part, certaines œuvres, encouragent une meilleure cohabitation entre organismes vivants comme par exemple Mammalga de Naja Ankerfeldt, Baum & Leahy qui nous rappellent aussi que l’algue rouge (Bangiomorpha pubescens) à l’origine des cellules eucaryotes est considéré comme le plus ancien organisme multicellulaire connu capable de reproduction sexuée. Notez qu’une étude récente de l’Université McGill à partir d’un fossile de cette algue confirme que la photosynthèse remonterait à 1,25 milliards d’années – réf. Gibson & al. Geology 2018 vol.46 no.2 p.135–138. Ci-haut, l’installation de Tarah Rhoda dans laquelle des molécules de chlorophylle extraites d’épinards apparaissent rouge lorsque soumises à des rayons UV – phénomène expliqué par S.Loubery sur rts-découverte. Nicole Clouston obtient aussi des prismes de couleurs mais à partir d’une transformation organique de la boue qu’elle insère dans des colonnes transparentes; elle approvisionne ensuite les bactéries qui s’y trouvent avec de l’eau, divers minéraux et du calcium provenant de coquilles d’œufs. La plus funambulesque est sans aucun doute, la vidéo d’Ai Hasegawa dans le rôle de mère porteuse pour des espèces en danger d’où le titre I wanna deliver a dolphin. De toute évidence, l’hybridation inter-espèces est un sujet qui fascinent plusieurs de ces artistes, dont quelques-uns vont jusqu’à utiliser littéralement une partie d’eux-mêmes pour leurs bio-art ou dans le cas de Cecilia Jonsson d’extraire le fer de 69 placentas humains pour fabriquer un compas avec l’aide de Rodrigo Leite de Oliveira de l’institut de Cancer des Pays-Bas. Quant à l’arabette des dames ou arabette de Thalius (ci-haut au centre et qui est en passant la première plante à avoir été entièrement séquencée en 2000), elle se développe dans un médium contenant des stéroïdes extraites de l’urine de l’artiste. Phytoteratology de Špela Petric  s’est d’ailleurs mérité un Prix Distinction au prestigieux Ars Electronica 2019 dans la nouvelle catégorie Artificial Intelligence & Life Art. Finalement « Make kin not babies »  de Donna Haraway résonne tout aussi fort dans l’œuvre de Margherita Pevere qui utilise également ses propres hormones mais avec des colonies de bactéries produisant un biofilm. Elle crée aussi en parallèle un écosystème hybride composé à la fois des cellules épithéliales de son vagin et d’un gastéropode. Dans cette vidéo, l’artiste récipiendaire d’un Digital Art Award en 2018, explique le contexte de Wombs et sa collaboration avec un endocrinologue et autres spécialistes.

Feminist SF: Visions of M/otherhood & Reproduction
Discussions animées par la commissaire et auteure Isabel de Sena
Invités : Alison Sperling 24 sept. / Christopher Coenen 29 sept. / Noemi Yoko Molito 13 oct.

Quelques publications du Art Laboratory Berlin
Voir aussi sur ce site les nombreux billets en lien avec le bio-art
et les références sous Exposition Em’Art, Que disent les plantes et Art écologique
ainsi que les 7 articles d’endroits à visiter à Berlin dont le Musée d’Histoire de la médecine.

L’art pour l’espoir

22/07/2020

Contact de Zakaria Ramhani dans le cadre de l’exposition collective avec artistes suivants:

Mohamed Abouelouakar   Saïd Afifi   Mo Baala  Fouad Bellamine  Saad Ben Cheffaj
M’barek Bouhchichi  Mustapha Boujemaoui   Mounat Charrat  Larbi Cherkaoui
Mohamed El baz  Bouhchta El Hayani  Nabil El Makhloufi  Safaa Erruas  Mohamed Fariji
Hassan Hajjaj  Majida Khattari  Fouad Maazouz  Najia Mehadji  Mohamed Melehi
Houssein Miloudi  Lamia Naji  Mohammed Quannibou  Mehdi Qotbi
Abdelkébir Rabi’  Zakaria Ramhani  Yamou  Fatiha Zemmouri

 

L’art pour l’espoir à L’Atelier 21 à Casablanca jusqu’au 15 août
Visite virtuelle sur le site de la galerie

Exposition regroupant 27 artistes qui expriment à leur façon ce bouleversement causé par la crise sanitaire, que ce soit l’abîme ou la solitude que certains ont pu vivre durant le confinement, ou l’effervescence d’ingéniosité pour d’autres, et heureusement l’espoir & le renouveau également. Dans le catalogue de l’exposition L’art de l’espoir on retrouve en introduction, une citation d’Emerson (1803-1882) disant que  « Tout mal auquel nous ne succombons pas est un bienfaiteur pour nous ». De surcroît en chinois, on représente le mot Crise en utilisant les idéogrammes de Danger  & Opportunité. Il ne me reste donc qu’à souhaiter à tou.te.s inspiration et créativité pour se réinventer et s’épanouir dans ces moments d’incertitudes.

La revanche de la nature de Saâd Ben Cheffaj, Carmin barbare de Yamou
et Le magot de l’Atlas « Macaque de Barbarie » de Mohamed Fariji

Ci-dessus, deux œuvres présentées à la galerie de l’Atelier 21 qui soulignent des problématiques environnementales soit Carmin barbare de Yamou désignant les ravages de la cochenille, dont est tiré le colorant rouge carmin ou Natural Red 4, sur la culture des figuiers de Barbarie – explications sur ce site au billet du 12/05/2020 et celle de Mohamed Fariji dénonçant le déclin des populations du Macaca sylvanus dans la région du Nord du Maroc et du Moyen-Atlas. Mohamed Fariji est un artiste engagé, cofondateur de L’Atelier de l’Observatoire – art et recherche qui participera au volet Le Tiers programme de la Biennale européenne Manifesta 13 Marseille du 28 août au 29 novembre 2020 via un projet d’échanges intitulé Al Moutawassit : la médiation culturelle comme point de rencontre . Son installation en bois à l’Atelier 21, est une façon d’avertir le public des « effets délétères de l’anthropisation » que subissent les macaques de Barbarie – seuls primates excluant l’humain, qui vivent au nord du Sahara. Sa survie est à ce point inquiétant, que des plans d’action ont été mis sur pieds pour la conservation de cette espèce endémique que l’on ne retrouve qu’au Maroc, en Algérie et à Gilbraltar. Au Maroc, la dégradation de son habitat, causé par le surpâturage et son commerce illégal sont les principales causes de 50% de sa perte en moins de trente ans Plus d’informations sur notre-planete.info  « Maroc : les singes magot sont en péril » 23/04/2020.

Pour en savoir plus sur l’impact de cette pandémie sur le marché de l’art
lire « Le champ marocain des arts plastiques face au coronavirus SARS-CoV-2 » de J-F Clément
dans lequel on retrouve aussi le poème ci-dessous de Ghita Triki responsable du centre d’art Actua

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve de Mounat Charrat à L’Atelier 21

Voir aussi sur ce site le diaporama COVIDArt d’artistes inspirés par la Covid
Et les billets sur Yamou, Mohamed El Baz et les lectures ayant marqué Mo Baala
Ainsi que ceux faisant mention des œuvres de Safaa Erruas, Hassan HajjajLarbi Charkaoui.

Musée de l’imprimerie à Lyon

12/06/2020

Musée de l’imprimerie et de la communication graphique de Lyon

La ville de Lyon a joué un rôle important dans la production d’imprimées selon la technique de Gutenberg. Au XVe siècle on compte une quarantaine d’imprimeurs installés surtout autour de la rue Mercière et un milliers de livres sont imprimés à l’époque pour atteindre son apogée au milieu du XVIe siècle. Les livres lyonnais sont alors distribués à travers le monde. Le musée de l’imprimerie de Lyon retrace l’histoire de la « révolution gutenbergienne » à travers des livres, estampes et matériel typographiques de l’imprimerie Audin. Deux presses lithographiques sont accompagnées d’une vidéo de Francis Magnenot expliquant le processus. Le prototype de la Lumitype inventée à Lyon en 1944 par René Higonnet et Louis Moyroud est également exposé ainsi que le premier livre entièrement photocomposé soit The wonderful world of insects publié en 1953.  Cette technique de photocomposition, faisant appel à la photographie ultra-rapide et un calcul binaire électromagnétique puis électronique, a permis de ne plus avoir recours à des textes en plomb. Pour en savoir plus lire Du plomb à la lumière – La Lumitype-Photon et la naissance des industries graphiques modernes d’Allan Marshall aux éditions MSH 2004, 432 p. Les dernières salles du musée font un rappel par la suite de la PAO Publication Assistée par Ordinateur des années ’70 et des premiers Macintosh en 1984 pour se terminer avec des affiches engagées du collectif de graphistes Grapus et la série Qui ? Résiste de Pierre Di Sciullo.

Le Musée de l’imprimerie et de la communication graphique de Lyon compte une riche collection de livres anciens tel le premier livre français imprimé avec des gravures sur bois dans le texte publié à Lyon en 1478 avec couleur peinte à la main d’une traduction du Speculum humanae salvationis de Mathieu Husz (ci-dessus à gauche). Évidemment, plusieurs d’entre eux portent sur l’art de construire des lettres, basé principalement sur les proportions idéales de Vitruve reprise par De Vinci.  Le traité de de Fanti de 1514 d’après les théories de Fra Luca Pacioli ou la construction géométrique des lettres d’Albrecht Dürer de 1535 en sont des exemples. Lire aussi De Pacioli à Truchet : trois siècles de géométrie pour les caractères de Jacques André ainsi qu’un exercice à faire en classe proposé par V. Cambrésy.

Parmi d’autres ouvrages scientifiques, outre les manuels techniques et cartographies, on retrouve un traité d’astronomie de 1516 du célèbre imprimeur vénitien Alde Manuce ou un d’Hippocrate des frères Sessa  de Venise également et des exemplaires du Journal des Savants de 1665. On apprendra que l’invention de la gravure en couleurs à partir des 3 tons primaires, date de 1719 grâce à Jacques Christophe Le Blon de Francfort selon la théorie des couleurs de Newton.  C’est son élève, Jacques Fabien Gautier d’Agoty – célèbre pour son Ange anatomique, qui popularisa cette technique en France. D’ailleurs la chromolithographie facilitera l’impression couleur un siècle plus tard.

Le musée compte dans sa collection, de grands classiques comme L’Histoire naturelle de Buffon 1767 avec des gravures de quadrupèdes par Jacques de Sève et d’oiseaux par François-Nicolas Martinet et L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert Paris, 1751–1776 ainsi qu’un livre grand format des œuvres de Rabelais par Gustave Doré de 1873 selon la technique du bois de teinte dessinant directement au lavis sur le bois que poursuivent les graveurs pour atteindre le tons parfait et autres détails complexes. Notez que le premier roman de Rabelais fût écrit durant son contrat à Lyon, en tant que médecin à l’Hôpital-Dieu de 1532 à 1535.

Ci-dessus, la page couverture de La pratique du trait à preuves – Traité de stéréotomie soit le dessin en taille de pierre ou ancêtre du dessin technique par le graveur Abraham Bosse et le mathématicien Girard Desargues inventeur de la géométrie dite arguésienne. On peut y voir aussi une édition du Traité de la peinture de Léonard de Vinci ornée de gravures de René Lochon d’après des dessins de Nicolas Poussin qui a été publié en 1651 simultanément en français et en italien.

Poursuivez la visite du musée virtuellement…

Lectures en lien

Coll. (2020). Guide déraisonné des collections du Musée ICG 158p.

TWYMAN Michael (2007). L’imprimerie – histoire et techniques, éditions ENS 118 p.

Coll. (2012).Histoire de l’imprimé – des objets qui racontent l’histoire, éditions EMCC, 119 p.
Avant-propos d’Alan Marshall – directeur du musée de l’imprimerie de Lyon

JIMENES Rémi (2017). Charlotte Guillard – une femme imprimeur à la renaissance, PUR

McNEIL Paul (2019). Histoire visuelle de l’art typographique 1454-2015, Actes Sud, 671 p.

Site de L’Institut d’histoire du livre ihl.enssib.fr

 

N.B. Pause gourmande au restaurant adjacent Le Musée – bouchon lyonnais typique & accueillant.

Prochaine exposition au Musée de l’imprimerie : Vinyles Mania du 1er oct. Au 21 février 2021

Notez aussi que le festival de Street Art Peinture Fraîche est reporté du 2 au 25 oct. 2020 et pour savoir tout ce qui se passe à Lyon consultez le guide urbain du Petit Bulletin.

Voir aussi sur ce site les billets du Musée des confluences et bonnes adresses à Lyon.

Foire Papier 2020

05/06/2020
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Paryse Martin – Galerie 3 / Jean-Paul Gauthier – Galerie Ellephant /
Lorraine Simms – Galerie McBride Contemporain / Véronique La Perrière M. – Galerie d’Este
Foire Papier 2020 organisée par l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC)

Papier 2020 Foire d’art contemporain du 4 au 21 juin

En raison de la pandémie qui sévit le monde entier, la 13e édition de Papier se déroule cette année virtuellement. Cette vitrine d’art contemporain regroupant 44 galeries à travers le Canada, propose plusieurs tables rondes que l’on peut visionner en ligne. Ci-dessus, quelques artistes qui se sont inspirés de la nature et du monde animal avec Mille lieux acides – Les oiseaux 2020 de Jean-Pierre Gauthier créateur surtout de sculptures cinétique & sonore et Pteropus Edulis, Manilla de Lorraine Simms. Notez que les chauves-souris du genre Pteropus sont un réservoir naturel du coronavirus (SARS-CoV-2) qui selon une étude dans Science Advances se serait peut-être recombiné avec un coronavirus de pangolins comme l’explique J.Kern sur Futura-sciences.com. Sur le site de Papier 2020, vous pourrez également admirer des arbres stylisés de l’artiste autochtone Lawrence Paul Yuxweluptun de la galerie Macaulay & co. fine art, des photographies environnementales de photographes divers à la Galerie Stephen Bulger et les œuvres de Michelle Bui de la Galerie Franz Kaka dont on a vu passer quelques œuvres insolites sur ce blogue.

Voici quelques autres œuvres de la galerie virtuelle de la Foire d’art contemporain évoquant les sciences & l’environnement. 1ère rangée : Camouflage II de Anna Torma (Galerie Laroche Joncas), Big data, cross waves d’Alain Paiement (cabinet d’avocats BLG), Old man of the wood of Strombliomyces de Robert Wiens (Galerie Paul Petro), R2 – série Interopera de Brian Boigon (Christie Contemporary). 2e rangée : Longitudinal de Daniel Agdag (Galerie Youn), Dépouilles au fleurs « Bleu de Delft » de Laurent Craste (Galerie 3), Map dreaming no.6 de Sebastian Maquiera (Mónica Reyes Gallery), Geometry  of a dream place de Sabrina Ratté (Galerie Ellephant).

Terminons avec des lettres & des mots au cœur des œuvres John Latour de la Galerie Pierre Francois Ouellette,  Geneviève Seillé de la Galerie Robert Poulin, Marina Roy de la Galerie Wil Aballe Art Projects, Cindy Phenix de la Galerie Hugues Charbonneau, Evan McGraw de la WAAP ainsi que l’impression 3D du Livre des livres de Guillaume Lachapelle de la Galerie Art Mûr et dont un projet spécial en collaboration avec Ubisoft représente le phénomène de robotisation dans lequel nous nous dirigeons. Vous trouverez également un incontournable pour la Foire Papier, soit un livre sculpté de Guy Laramée – voir aussi Meyers Lexicon sur ce site.

Programmation des tables rondes virtuelles incluant
Le devenir sensible des plantes – dimanche 7 juin à 12h
Avec Richard Ibghy, Marilou Lemmens, Catherine Lescarbeau, Bénédicte Ramade
Et animée par l’historienne de l’art Julia Roberge Van Der Donckt 
Lire aussi le billet sur l’exposition Que disent les plantes ?

Et plusieurs autres magnifiques œuvres en ligne sur papiermontreal.com

Alien perception de Pascal Dufaux avec sablier de miel et flûte de pan en coll. avec Sarah Wendt
Restez au courant des créations & expositions à l’année longue, en vous abonnant aux magazines
d’art contemporain québécois Vie des ArtsEspace Art ActuelCiel VariableEsse

Voir aussi Foire Papier 201720152014 sur ce blogue.

Yamou

12/05/2020
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Diapositive de Pathologies & Arts avec artistes marocains et autres…
faisant suite à la série Diapo du mois sur ce site.

On reconnait d’emblée les œuvres organiques d’Abderrahim Yamou qui, de son atelier de Tahannaout à 30 km de Marrakech, cultive un jardin et accueille des visiteurs. Force est de constater, que l’Univers de Yamou va de l’infini petit à l’infini grand. D’ailleurs une section dans sa monographie publiée en 2014, porte le joli titre de Poétique de gemination et Cosmogénèse. Michel Gauthier y sillonne les oeuvres de Yamou, inspirés dans les débuts par les peintures pariétales (paléolithique ex. grotte de Chauvet) et rupestres (néolithique ex. Antilopinés de Souissa de la région de Figuig) pour ensuite poursuivre avec une période de calligraphies telle que dans l’histoire de l’humanité,  l’apparition de l’écriture vers 3 500 AEC marquant la fin de la Préhistoire. Pour en savoir plus sur l’Art rupestre du Maroc lire « Note sur la découverte de nouvelles gravures dans le nord d’Akka » de Naïma Oulmakki dans la revue L’anthropologie 2019 vol.123 no.1, les publications d’A.Lemjidi également de l’INSAP et voir la vidéo des gravures de la région de Guelmin au sud d’Agadir ainsi que les références sur ce site au billet Musée de l’histoire des civilisations à Rabat.

Ci-dessus, Molécules P4-18 2018 et D’un état à un autre 2018 donnant l’impression de molécules organiques, semblables à des hydrocarbures d’apparence cycliques tel le graphite se transformant en diamant comme dans cette simulation dont l’explication de point de vue thermodynamique est donnée sur le site de l’Université Le Mans via les ressources pédagogiques Numéliphy. Bien que le Maroc n’ait pas de mines de diamants et très peu de graphite, il regorge de merveilles géologiques comme celles mentionnées sur ce site et pour connaitre les lieux exacts de gisements de minéraux, consultez cartesgeoscientifiques.mem.gov.ma.

« Même si les références botaniques sont évidentes, ces tiges sont aussi nos artères.
Il y a du sang dans les œuvres de Yamou ; des nerfs, des cellules, des lipides, des ovules,
des neurones, des tissus nerveux et des codes ADN. Ces tableaux suggèrent la réalité
qui existe Deep inside et qui s’agite, là dans les profondeurs. Ils évoquent ce qui grouille
dans les êtres vivants et au plus profond de l’utérus rond de l’univers, parce que j’y vois aussi
des astres et des météorites, l’humidité primitive, la grande obscurité et la voie lactée.»
Marta Moriarty – extrait du catalogue de la galerie d’art L’atelier 21  Deep Inside p.11

1ère rangée : Monographie 2014 aux éditions Skira & L’Atelier 21 avec Les coulés 3 2013 en page couverture, Horloge biologique 1999 et Procession 2010  (détail) composé de bois, clous, tampons nettoyants et œufs de caille 2e rangée : Molécule de Chlorophylle 2014 en bois
et May koun Bass 2015 en bronze –  https://yamou-abderrahim.com/

En attendant avec impatience la prochaine œuvre de Yamou, où il utilisera un rouge profond – le carmin de cochenilles. Ce colorant naturel, riche en acide carminique, est produit en laissant sécher à l’air libre des cochenilles femelles Dactylopius coccus que l’on a collecté du cactus.  On peut également obtenir une couleur rouge similaire d’une autre espèce de cet insecte hémiptère, le Dactylopius opuntiae considérée sauvage, mais qui par contre fait des ravages dans plusieurs régions du Maroc en infestant les figuiers de barbarie et autres variétés de cactus Opuntiae. La culture de ces cactus fait partie du plan de développement durable du Maroc à cause de leur capacité de s’adapter à des longues périodes de sécheresse et d’être utiles à la fois pour le fourrage du bétail, l’alimentation humaine ainsi que pour les produits cosmétique et pharmaceutique. Pour en savoir plus, lire l’article de M. Arba du laboratoire d’Écophysiologie végétale de l’Institut Agronomique et vétérinaire Hassan II et Écologie, culture et utilisations du figuier de Barbarie 2018 publié par l’ONU incluant un chapitre sur l’élevage des cochenilles p.109-117.

Voir aussi images de l’expo de Yamou au Comptoir des mines à Marrakech sur ce site
Et les prochaines diapositives de Corps humains et pathologies à travers l’art.

mounir fatmi

29/04/2020

Diapositive de Pathologies & Arts avec artistes marocains et autres…
faisant suite à la série Diapo du mois sur ce site.

Mounir Fatmi est un artiste né à Tanger, connu mondialement pour ses participations à différentes Biennales et dont les œuvres se retrouvent dans diverses collections publiques. The blinding light  fait partie d’une série de photomontages et vidéos autour d’un tableau du XVe siècle de Fra Angelico intitulé La Guérison du diacre Justinien quireprésente la transplantation d’une jambe d’un éthiopien sur celle de l’empereur, effectuée par Saint-Damien & Saint-Côme, décrite dans le précédent billet sur le blogue Arts & Sciences.Pour Mounir Fatmi, qui a également une version imprimée sur une surface miroir, cette œuvre «superposant les espaces temps, fait apparaître la technologie, l’anesthésie dans un monde fait auparavant de miracles divins », illustre en même temps la dualité entre science & religion.

Dans cet article de la revue Québec Science, la journaliste M-P Élie nous apprend que le Vatican fait d’ailleurs appel à des scientifiques pour la canonisation de nombreux saints, dont l’hématologue Jacalyn Duffin auteure de Medical Saints : Cosmas and Damian in a Postmodern worldaux éditions Oxford University Press 2013, 256 p. qui avait pour son précédent livre épluché des milliers de dossiers s’étalonnant sur quatre siècles. Aujourd’hui, on sait qu’un bon nombre de soi-disant « miraculés » sont guérit en fait par chimiothérapie ou transplantation de moelle osseuse ou naturellement grâce aux systèmes immunitaire et hormonal comme les exemples de rémissions ou régressions spontanées de cancer cités dans Science & Vie 25/3/2019 et Le Monde 26/1/2018 sans oublier les pouvoirs de l’esprit sur le corps expliqués par le psychiatre Patrick Clervoy aux éditions Odile Jacob 2018, 352 p.

Quant à la greffe, elle symbolise pour Mounir Fatmi une sorte d’hybridation entre religions & cultures ou comme l’écrit Barbara Polla « la greffe culturelle, douloureuse mais indispensable, forgeant sa propre pensée et son travail d’artiste ». D’une autre part, la greffe représente aussi le métissage et d’ailleurs dans sa version vidéo, apparait en négatif l’inverse, c’est-à-dire une jambe blanche sur un patient noir. D’après Blaire Dessent, cette transposition dans une salle d’opération ultra-moderne évoque « les obsessions de notre époque pour la chirurgie esthétique, les implants et les transformations physiques… efface ainsi les frontières entre l’ancien et le nouveau, entre le spirituel et le scientifique, pour montrer les connexions qui existent entre eux ». Lire aussi « Le miracle de la jambe noire – Entre discours médical et fascination artistique » de Pierre-Yves Theler dans Corps recomposé – greffe et art contemporain sous la direction de Barbara Denis-Morel aux éditions Presses AMU 2015 160 p. p.33-45.

Tête dure/Le cogito 2006, Nada – danse avec les morts 2015-2016, Mécanisation 2010-2011,
L’année zéro 2012 et Le livre de la perfection 2016-2019 de mounir fatmi.

Le livre de la perfection ou Kitab al-Istikmal كتاب الإستكمال sur lequel repose les trois vidéos de Mounir Fatmi, correspond au titre éponyme d’un ouvrage d’Al Mutaman – mathématicien du XIe siècle et roi de Saragosse qui succéda à son père également savant & philosophe. Cet ouvrage représente une synthèse de célèbres traités mathématiques grecs et arabes mais … également la plus ancienne description connu du théorème de géométrie du triangle,  plus de 600 ans avant que Giovanni Ceva en fasse la démonstration. Jan Pieter Hogendijk décrit chacune des parties de cet ouvrage que l’on a reconstitué dans les années quatre-vingt, à partir principalement du manuscrit Or. 82 de la Bibliothèque Royale de Copenhague et souligne les contributions d’Al Mutaman dans l’Histoire des sciences. Vous pouvez également lire les publications de Youssef Guergour et d’Ahmed Djebbar sur ce mathématicien qui mérite à être connu.

Mecanisation de Mounir Fatmi est un autre projet inspiré par l’Âge d’or des Sciences arabes et plus particulièrement la fabrication et l’utilisation des astrolabes dont le nom en grec veut littéralement dire « Instrument qui sert à prendre la hauteur des astres ». Cette série colorée est un collage de tapis de prière aux motifs rappelant l’industrialisation, science et technologie. D’ailleurs, il utilise fréquemment des câbles d’antennes noirs et blancs, des cassettes VHS ou des motifs et titres faisant références aux réseaux de neurones comme interrogations sur notre rapport aux nouvelles technologies et qu’il publie sous The White matter 2019 et The Process 2019.

Ci-dessous, le catalogue de l’ensemble des travaux de Mounir Fatmi en lien avec un poème de Frederick Soddy – lauréat du Prix Nobel de chimie en 1921. Kissing precise a été publié dans la revue Nature en 1936, avec l’ajout d’un 3e paragraphe qui s’étend aux sphères l’année suivante, et fait référence au Théorème de Descartes permettant le calcul du rayon et de la courbure d’un ou des cercles dit de Soddy tangents à trois autres qui le sont entre eux, que l’on explique dans cette vidéo.

Outre les références au mythique baiser d’Ingrid Bergman & d’Humphrey Bogart dans le film Casablanca, Mounir Fatmi  fait parfois référence à L’enfant Sauvage de François Truffault et  à plusieurs écrivains de la Beat Generation tels Paul Bowles qu’il a cotoyé,  William Burroughs et Brion Gysin auxquels il rend hommage dans diverses installations ainsi que d’autres pour des auteurs de différents styles et époques comme par exemple les poètes soufis Attar de Nishapur (XIe siècle) et Sidi Abderrahman el Majdoub (XVIe siècle), Claude Levi-Straus, Jacques Risser, Salman Rushdie et Les monuments 2008-2009 ceux ayant forgé la pensée de l’artiste i.e. Walter Benjamin, Georges Bataille, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Jean Baudrillard, Pierre Bourdieu, etc. tous inscrits sur des casques de construction. Pour terminer Toss Holder 01 2019 ci-bas, dans lequel il y insère La Crise de la culture d’ Hannah Arendt, L’Œil et l’Esprit de Merleau-Ponty, La Philosophie critique de Kant de Deleuze ainsi que La Dame au petit chien d’Anton Tchekhov.

Tools holder 01 2019 et Les monuments 2009 http://www.mounirfatmi.com/

Pour en savoir plus sur l’Âge d’or des Sciences arabes voir les billets suivants :
Ulug Beg – L’astronome de Samarcande, Ibn Battouta, Musée du Bardo pour sa collection d’astrolabes, Fondation Atassi avec la toile des Savants de la civilisation islamique, Musée de l’histoire et des civilisations pour les recherches en archéologie incluant les découvertes sur le site de Jebel Irhoud ainsi que Volubilis et Géologie & autres merveilles du Maroc et les ouvrages en référence sur celui de l’Institut du Monde Arabe et des Transferts des savoirs médicaux.

Autres diapos de Corps humain et Pathologies à travers l’art à venir…

Pathologies & Arts – diapo du mois

28/04/2020
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Diapositive du mois tirée du tableau Pathologies & Arts

Cette scène de Fra Angelico relate le miracle de Saint-Damien et Saint-Côme – deux frères jumeaux nés en Cilicie au IIIe siècle qui auraient parcouru le Moyen-Orient en guérissant sur leur chemin ceux dans le besoin. Ils auraient d’après la légende, sauvé le diacre Justinien en lui transplantant une jambe prélevée d’un Éthiopien décédé la veille. C’est dans un conte médiéval intitulé La légende dorée de Jacopo de Varagine, que l’on raconte en détail cette intervention qui fut reprise par la suite par beaucoup de peintres, un des plus anciens étant celui du XIIIe siècle de  Matteo di Pacino – maître de la Chapelle de Rinuccini. Ci-dessous plusieurs représentations de la greffe de jambe de Saint-Damien & Saint-Côme datant du XV et XVIe siècles et une plus récente d’André Durand tiré de l’excellent site russe Med-in-art.livejournal.com. Un article de Dr. Nebojsa J. Jovic dans AMHA 2015 vol.13 no.2 p.329-344 mentionne plusieurs icônes orthodoxes du XXe siècle illustrant cette scène dont une au monastère Agathonos à Phthiotide et une autre à l’église St-Anargyri à Thessaloniki recensées dans One leg in the grave revisited– The miracle of the transplantation of the black leg aux éditions Barkhuis 2013, 159 p. Parmi les passionnants articles du blogue de Dr Xavier Sierra Valenti, il remarque sur le retable de Jaume Huguet (ci-dessous), qu’en arrière-plan on voit les saints médecins couper la jambe droite du maure alors que sur l’image au centre, c’est la jambe gauche du diacre qui est greffée. Il attire également notre attention sur la jambe pleine d’ulcères sans érythème sous-jacent, du tableau de Rincón (ci-dessous) qui selon son collègue José R. Alonso souffrait d’une ischémie aiguë due probablement à l’ergotisme. Dr. Alonso revient par la même occasion sur la Première mondiale de la greffe de deux jambes par Dr. Pedro Cavadas, d’un patient qui ne pouvait se prévaloir de prothèses et qui malheureusement a dû se faire amputer la greffe, deux ans plus tard dû à une maladie l’obligeant à suspendre sa prise d’immunosuppresseurs.

Notez que les premières greffes réussies de l’Histoire de la médecine sont celles de l’épiderme en 1869 Dr. Reverdin, la cornée en 1905 Dr. Zim, le rein en 1954 Dr. Murray, le pancréas en 1966 Dr. Lillehei & Dr. Kelly, le cœur en 1967 Dr. Barnard,  le foie en 1968 Dr. Starzl, le bloc cœur-poumon en 1981 Dr. Shumway & Dr. Reitz, la main en 1998 et des deux mains en 2000 Dr. Dubernard, la langue en 2003 Dr. Ewers et al., le visage en 2005 Dr. Dubernard & Dr. Devauchelle, les deux jambes en 2011 Dr. Cavadas comme mentionné ci-haut, l’utérus en 2013 Dr. Brännström et naissance en 2014 d’une patiente greffée. Au-delà de l’amélioration des traitements immunosuppresseurs, les transplantations du futur risquent de changer radicalement comme l’explique Agnès Vernet dans La Recherche 2019 no.543 « Les greffons de demain naissent in vitro » !

Pour en savoir plus sur les greffes
consultez les ouvrages en référence aux billets
Don d’organes, Guerre et Médecine, Greffes cardiaques sur ce site.

1ère rangée : Illustration d’un manuscrit de Legenda aurea par Jacopo Varagine
à la Librairie Henry Huntington à San Marino en Californie / Matteo di Pacino maître de la chapelle de Rinuccini  2e rangée : Jaume Huguet Retable des Saints Abdon et Sennen à Terrassa  / Francesco di Stefano dit Pesselino au Louvre / Sano di Pietro dans un couvent à Sienne / Icône tirée de investigacionconcanto.wordpress.com 3e rangée : École de Castille-et-Léon / Maître de Los Balbases / Miquel Nadal de la cathédrale Santa Cruz à Barcelone 4e rangée : Anonyme du Landesmuseum Württemberg à Stuttgart / Fernando Del Ricón au Musée du Prado / Isidro de Villoldo
au musée national de la Sculpture à Valladolid  / André Durand tiré de med-in-art.livejournal.com.  

Lire le prochain billet sur Mounir Fatmi de la série Pathologies & Arts avec artistes marocains…

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