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Littérature à la Biennale d’Art de Venise

20/06/2019

For, in your tongue, I cannot fit de Shilpa Gupta à l’arsenal

Biennale d’Art de Venise jusqu’au 24 novembre
May you live in interesting times
Commissaire : Ralph Dugoff

La 58e édition de la Biennale d’Art de Venise réserve non seulement de magnifiques surprises aux adeptes d’art numérique, de sciences & de technologies, mais également aux amateurs de poésie et de littérature qui pourront passer des heures à écouter des extraits de poèmes à l’installation de Shilpa Gupta à l’arsenal. L’artiste de Mumbaï dénonce la censure, en sélectionnant des vers de 100 poètes qui ont été emprisonnés du VIIIe siècle jusqu’à nos jours, pour que le public réalise également que la liberté d’expression est toujours menacée. D’ailleurs,  l’organisme PEN international  milite pour ce droit humain fondamental dans une centaine de pays. Le titre For, in your tongue, I cannot fit vient d’un poème d’Imadaddine Nassimi – auteur du XIVe siècle d’Azerbaïdjan connu pour ses ghazals. Chacun des 100 vers exclamés dans différentes langues, est également transcrit sur une feuille transpercée d’une tige en métal. Le visiteur peut choisir de se recueillir les yeux fermés ou de déambuler dans cette salle polyphonique et retrouvera alors « Thus, I offer my safe wings to the air / What others see far, I leave behind » de Giordano Bruno qui adhérait à l’héliocentrisme et prônait en plus un Univers infini dans lequel d’autres planètes tourneraient autour de d’autres étoiles que le soleil. La traduction française de ses écrits se retrouve aux éditions Les belles Lettres incluant Le procès de Giordano Bruno qui fut condamné au bûcher en 1600 après huit ans d’emprisonnement. Lire aussi l’article Bruno et Galilée au regard de l’infini de Jean-Pierre Luminet publié dans la revue Europe no.937 Mai 2007 p.16-29 et dans lequel on retrouve la suite de l’extrait exposé à l’arsenal  « C’est donc vers l’air que je déploie mes ailes confiantes, ne craignant nul obstacle, ni de cristal, ni de verre, je fends les cieux, et je m’érige à l’infini. Et tandis que de ce globe je m’élève vers d’autres globes et pénètre au-delà par le champ éthéré, je laisse derrière moi ce que d’autres voient de loin ».  Notez que dans une précédente œuvre intitulée While I sleep 2009 qui portait sur les préjugés et le pouvoir des images,  Shilpa Gupta avait collaboré avec la neuropsychologue  Mazharin Banaji et le linguiste Noam Chomsky comme le décrit ce communiqué du Laboratoire à Paris consacré sur l’Art & la Science et qui est installé à Cambridge depuis 2014. Pour en savoir plus sur cette formidable artiste, lire l’entrevue sur hindustantimes.com et visiter son site web.

One eye too many 2019 (détail) de Rosemarie Trockel / Cosmorama 2018 de Dominique Gonzalez-Foerster en collaboration avec Joi Bittle / Lord of abandonned success  ou L’Argile humide 2017
de Maria Loboda / Vol. XXVII d’Haris Epaminonda / Passage 2019 de Nujoom Alghanem
au pavillon des Émirats Arabes Unis avec la réalisatrice qui est également poète
et en dessous Bookshelf No.7 (détail) de Yin Xiuzhen.

Ci-dessus quelques ouvrages ayant inspirées des artistes de la Biennale, sans oublier The city & the city de China Melville que cite Ralph Dugoff,  le commissaire de la Biennale d’Art de Venise. De Gauche à droite L’Odyssée d’Homère (Pavillon de la République de Malte), Poème de Zuhayr bin Abi-Sulma faisant partie des Poèmes suspendus (Pavillon d’Arabie Saoudite), Poèmes d’Imadaddine Nassimi (Shilva Gupta – voir texte ci-haut), Lettre de Lord Chandos d’Hugo Von Hofmannsthal (Maria Loboda), Conditions de l’homme moderne d’Hannah Arendt (Rosemarie Trockel), Chroniques martiennes de Ray Bradbury (Dominique Gonzalez-Foerster ), L’invention de Morel d’Adolfo Bioy Casares (Haris Epaminonda) et Défis aux labyrinthes d’Italo Calvino (Pavillon de l’Italie).

Liste des lauréats des Prix de la Biennale d’Art de Venise 2019

Voir le prochain billet qui portera également sur la Biennale, ainsi que les deux précédents billets.

Sciences à la Biennale d’Art de Venise

15/06/2019

À droite : This is the Future 2019 de Hito Steyerl à l’Arsenal

Biennale d’Art de Venise jusqu’au 24 novembre
May You Live In Interesting Times
Commissaire : Ralph Dugoff

Interesting times… qu’est notre ère du numérique & transhumanisme et période de bouleversements climatiques qu’abordent plusieurs invités de la 58e Biennale d’Art de Venise. Les visiteurs auront la chance cette année de voir deux installations du même artiste, l’une à l’Arsenal et l’autre aux Giardini qui dialoguent entre elles et qui laissent en même temps libre court aux multiples facettes de l’artiste et interprétations du public. À l’Arsenal par exemple, This is the futurede Hito Steyerl nous invite à pénétrer son jardin numérique dont des algorithmes contrôlent le cycle de vie de fleurs qui auraient des pouvoirs,  non seulement médicinale et écologique, mais également politique ex. contre la propagande, la dépendance aux réseaux sociaux, etc. d’où le titre Power Plants,  installation constituée de 8 écrans géants. H.Broome décrit une version de réalité augmentée (RA) de Power plantsOS présentée à Londres il y a un mois, quant à la bande sonore composée en collaboration avec Kojey Radical et Susuma Yokota, elle est disponible sur le site de Vinylfactory.com.  Côté  jardins  cette fois, l’artiste nous rappelle d’une certaine façon le mythe de Promethée avec des dessins de sous-marins de Leonard de Vinci, tirés de son Codex Leicester, qu’il ne publia pas de son vivant de peur que les humains l’utilisent à mauvais escient. Toutes ces questions qu’HitoSteyerl  soulève à travers ses œuvres se retrouvent dans sa récente publication Duty free art – Art in the age of planetary civil waret fait écho à la thématique de cette biennale dont les œuvres ont tous en commun le fait de susciter une réflexion.

STEYERL Hito (2019). Duty free art – Art in the age of planetary civil war, éd.Verso, 256 p.
Quel est le rôle de l’art dans notre ère de mondialisation numérique ? Comment pouvons-nous concevoir les institutions d’art dans une période de guerre civile et d’iniquités croissantes ? Que pouvons-nous faire lorsque les manufacturiers d’armes commanditent les musées ? Comment déceler l’infox ? etc.

 

Biologizing the machine (Terra Incognita) 2019 d’Anicka Yi aux Giardini Pavillon central
Toxic reef : CO2 CA CO2 LA Ocean 2007-2019 de Christine & Margaret Wertheim 
Microworld 2018 de Liu Wei

Voici d’autres œuvres qui traitent de nature, science & technologie avec pour débuter du Bio-Art d’Anicka Yi qui explore les réseaux de communications entre l’intelligence artificielle et diverses formes vivantes dans sa nouvelle série Biologizing the machine.  Son installationTerra Incognita, consiste en des panneaux suspendus entre lesquels cohabitent des colonies d’algues microscopiques qui réagissent aux odeurs émient par des bactéries également présentent, le tout soumis à des variations d’humidité, de lumière et de températures. Anicka Yi fait recours à la colonne de Winogradsky afin d’illustrer l’interdépendance des divers organismes et leur interaction. Sergei Winogradsky est un des fondateurs de l’écologie microbienne; il publie en 1949 Microbiologie du sol, un traité qui couvre ses cinquante années de recherche et dans lequel il constate que  « le fonctionnement de la microflore ne devait pas être envisagé comme la somme des activités individuelles, mais comme le travail d’un collectif autoréglable« . Pour en savoir plus lire « Sergi Winogradsky : a founder of modern microbiology and the first microbial ecologist »  dans FEMS Microbiology reviews Vol.36, no.2 2012 p.364-379 ainsi que « Ce que doit l’assainissement à Serge Winogradsky » dans la revue EIN 2019 no.421 p.106-111 et étapes à suivre pour la préparation d’une colonne de Winogradsky sur le site de Didier Pol.  Quant à l’arsenal, Anicka Yi fait allusion à l’origine de la vie, mais aussi à l’impact de l’humain sur le climat et la biodiversité dans cette période que l’on désigne par le terme Anthropocène, à travers des lanternes en forme de chrysalides contenant algues, cellules cancéreuses et insectes animés électroniquement suspendus sur un étang. Lauréate du Prix Hugo Boss 2016, vous pouvez lire « Anicka Yi, celle qui créait l’improbable »de P.Pys sur lofficiel.com qui décrit ses installations olfatives et plusieurs autres…

Ci-dessus à gauche, de gigantesques sculptures en aluminium de Liu Wei, représentant un univers imaginaire de l’infiniment petit. Liu Wei, fait partie des artistes chinois les plus influents et touche à différents médiums; son Indigestion II avait fait la une il y a quelques années et dans cette entrevue pour Christie’s, il exprime son opinion sur les limites du monde digital 1/5/2019. Au centre,  une image du projet Hyperbolic Crochet Coral Reef qui a pour but de sensibiliser la population sur l’urgence de protéger les récifs coralliens qui abritent un tiers des espèces végétales et marines. Ne supportant pas de grandes variations de température, les coraux sont très vulnérables aux changements climatiques, ce qui explique entre autres la perte de 20% au cours des dernières années. Voir documentaire Chasing Coral 2017 de Jeff Orlowski 91 min. et suivre les bulletins de l’IFRECOR – l’initiative française pour les récifs coralliens. Les deux sœurs Wertheim, Christine qui est également poète & Margaret auteure d’une trilogie de vulgarisation scientifique se sont inspirés du crochet hyperbolique que s’est servit la mathématicienne Daina Taimina pour illustrer la géométrie non-euclidienne. Elles dirigent l’Institut For Figuring dédié à promouvoir les activités jumelant Arts & Sciences. Ci-bas deux ouvrages vous permettant de crocheter divers des coraux (cnidaires), concombres de mer (échinodermes), algues brunes, etc. A. WERTHEIM Margaret & Christine (2014). Crochet Coral Reef a project of the Institute For Figuring, 248 p. B. TAIMINA Daina (2018 nouvelle édition). Crocheting adventures with Hyperbolic planes – Tactile mathematics, éditions CRC Press, 372 p.

Notez également l’écran de 4500 néons de Tavares Strachan, qui souligne l’histoire méconnue de Robert Henry Lawrence Jr , premier astronaute afro-américain qui meurt en 1967 avant d’aller dans l’espace; Le buste en silicone de Faris, premier cosmonaute arabe Muhammed Faris d’origine syrienne qui faisait partie de la mission Soyouz 3 en 1987 par Halil Altendere; Dong Fang Hong I de Yin Xiuzhen réplique du premier satellite chinois mis en orbite en 1970; Veins aligned de 26 m de long en marbre et en vitre d’Otobong Nkanga donnant l’impression d’une cours d’eau polluée; Gabriel Rico, mélangeant taxidermie et Arte povera; La projection du cœur par hélice holographique d’Antoine Catala; Une construction d’Augustas Serapinas à partir du démantèlement de la centrale nucléaire d’Ignalina et en souvenir des 6 000 Lituaniens qui ont participés au nettoyage du site de Tchernobyl, etc. Puis ci-dessous de gauche à droite :  Divorce dump 2019 d’Andra Ursuta, L’origine du monde 2018 d’Alexandra Bircken exposant un placenta humain; Memoria nuqui 2017 du réalisateur Apichatpong Weerasethakul et de l’artiste japonaise Maria Katayama, née avec une maladie congénitale appelé Hémimélie tibiale et radiale en plus, qui se manifeste habituellement par un tibia et radius peu développés ou absents mais avec un péroné et un cubitus relativement normaux, qui l’a poussé à l’âge de neuf ans de se faire amputer les jambes.

Voir le précédent billet sur la performance Sci-Art d’Hicham Berrada
et ceux à venir sur d’autres artistes de la Biennale d’Art à Venise.

Présage d’Hicham Berrada à Venise

09/06/2019

« Mes pinceaux seraient la température, le magnétisme, la pression, la lumière, etc.
Mes pigments – les éléments de la table périodique. » Hicham Berrada

Présage de Hicham Berrada
Teatrino du Palazzo Grassi à Venise

Le Palazzo Grassi ainsi que son théâtre et la Punta della Dogana appartiennent au collectionneur François Pinault et ont été tous les trois rénovés par  le célèbre architecte japonais Tadao Ando.  Invité à la résidence d’artiste de Pinault Collection à Lens pour l’année 2018-2019, Hicham Berrada est un artiste-laborantin originaire de Casablanca,  diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.  Lors d’une vidéo-performance, Berrada créait en direct dans des béchers  projetés à l’écran, des tableaux fluides éphémères à partir de minéraux, cristaux et pigments. Il était accompagné sur scène de Laurent Durupt , qui composait un environnement sonore en symbiose avec ses créations chimériques qui évoluaient et se métamorphosaient  à un rythme contemplatif. Dans ses oeuvres antérieures, Hicham Berrada se sert d’outils aussi diversifiés que des aimants (Rapport de lois universelles), du fumigène artisanal (Serpent dans le ciel), ou de chaleur & lumière afin de recréer les conditions de l’apparition de la vie sur la Terre (Arche et Arche de Miller-Urey) et mettant toujours la Nature en premier plan; Mesk-Illil  ou galants de nuit en arabe (i.e. Cestrum nocturnum ou jasmins de nuit) en cours présentement à la punta della Dogana est d’ailleurs en continuité avec Natural Process Activation #3 Bloom 2012, basé sur l’éclosion des fleurs & le phénomène de photosynthèse.  Voir le site de l’artiste et lire son entrevue avec Mouna Mekouar dans le cadre de l’ exposition 74 803 jours à l’Abbaye de Maubuisson – site d’art contemporain à Val d’Oise ainsi que l’article « Présage  de Hicham Berrada : Art expérimental / expérimentation artistique » de Valérian Sache sur le site Voir et Penser 3/2/2018.

Mesk-Illil d’Hicham Berrada à la Punta della Dogana dans le cadre de Luogo e Segni
Commissaires:
Martin Bethenod et Mouna Mekouar jusqu’au 15 décembre
Lire aussi la revue Pinault Collection

La Punta della Dogana adjacente la basilique Santa Maria della Salute, est à la pointe du quartier Dorsoduro où se rejoignent le Grand Canal et le canal de la Giudecca. En haut de la tour, une imposante sculpture de Bernardo Falconi (1630-1697) représente 2 Atlas soutenant le globe terrestre avec au sommet Fortune tenant dans sa main un gouvernail, en guise de girouette.

Autres oeuvres de Bio-Art ou SciArt sur ce site –
Les prochains billets porteront sur la Biennale d’Art de Venise.

Lumières d’Afriques

15/05/2019

Darkness gives away to light de Aïda Muluneh d’Éthiopie / The Future de Napalo Mroivilli de l’Archipel des Comores / Electric bulb de Paa Joe du Ghana / Black light – White coal de Doung Anwar Jahangeer de l’île Maurice / Light switch de Emeka Okereke du Nigeria.

 

Lumières d’Afriques au Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain à Rabat
Direction Artistique : Jean-Michel Champault jusqu’au 15 août

Cette exposition itinérante a été présentée pour la première fois au Théâtre National de Chaillot en 2015 en prévision de la Conférence internationale sur le climat de Paris  (COP 21) . Pour l’occasion, l’organisme African Artists for Development  a eu l’idée de regrouper des œuvres de 54 artistes africains sur le thème de la lumière, leur permettant ainsi de démontrer leur engagement pour l’avenir de leur continent et de la planète. Certains artistes ont choisi de traiter du post-colonialisme, de la migration, des droits humains et conditions féminines avec entre autres la cinéaste Maan Youssouf Ahmed qui avait réalisé en 2009 Fleur du Désert sur l’excision des femmes ou Christine Chetty-Payet dont certaines œuvres textiles antérieures, abordent aussi les mutilations génitales. D’autres œuvres de l’exposition dénoncent la guerre tel Gonçalo Mabunda, qui recycle les armes de façon créative afin de les détourner de leur fonction première. Par ailleurs, la lumière peut être vue comme le Savoir au Siècle des Lumières,  d’où le livre que tient le personnage d’Aïda Muluneh dans Darkness give way to light sur la photo ci-haut, inspirée d’un poème de Debebe Seifu (1950-2000) prônant l’éducation comme moyen de se sortir de l’obscurantisme  et utilisant l’écriture  amharique – langue sémitique d’Éthiopie et de plusieurs autres pays. Il en est ainsi aussi pour l’inscription en cire bordée de clous d’Amina Zoubir  « Le doute est [un état mental] désagréable, mais la certitude est ridicule » (Voltaire) et la sculpture Sous l’arbre du savoir, commandé par Tilder, de Freddy Tsimba pour qui l’Afrique est présentement dans son siècle des Lumières. Néanmoins, la plupart des artistes invités abordent la Lumière dans le contexte d’urgence d’agir en matière de Changement climatique (titre d’une œuvre d’Ibrahim Chahamata) et d’accès pour tous à l’électricité, étant donné que 645 millions d’Africains en sont privés – précisions sur afrikatech.com du 28/2/2019 et sur les données de la banque mondiale.

Turning on the light de Noah Mduli Swaziland / 673 A de Gastineau Massamba République du Congo / Electricity is a poetry of science de Ermias Ekube Érythrée / Key de Helen Nabukenya Ouganda / Peace & Milk de Mustafa Saeed Somalie / Soleil pour tous de Epaphrodite BInamungu Rwanda / Amalgam de Njogu Touray Gambie / The Future de Tchalé Figueira Cap-Vert.

L’exposition Lumières d’Afriques présente plusieurs œuvres symboles d’espoir (Africa dreams de Jamila Lamrani, The light within de Leslie Lumeh, Happy people de Deng Majid Chol, La forêt illuminée d’Hervé Youmbi, etc.) ou de solutions (photos ci-dessus). Alternative / SolutionÉnergie Durable et leDroit d’accès à l’énergie équitable sont d’ailleurs les titres de respectivement Cyrus Nganga Kabiru, Amy Sow et  Franck Ludangi. Mais de manière plus concrète,  voici en hyperliens les objectifs de  la Fondation Énergies pour l’Afrique, du think tank Club 2030 Afrique et  du One Planet Summit qui s’est tenue en mars au Kenya  car l’accès à l’électricité via des énergies renouvelables  permettra non seulement de contrer les problèmes du réchauffement climatique, mais  aussi  de procurer à la population de meilleurs soins de santé,  contrôle sanitaire,  taux de fréquentation à l’école,  services dans le domaine de l’agriculture et autres métiers,  bref … primordial pour son développement !

Pour terminer, une aquarelle de la série Lost Tribe de Steve Bandoma  de la République démocratique du Congo qui nous met en garde contre le colonialisme moderne à l’ère du numérique et des médias sociaux, ainsi que trois autres artistes de Lumières d’Afriques que l’on a pu voir également à la Foire d’Art Contemporain africain 1-54 à Marrakech cette année : Sukuru ou Pénombre de Nu Barreto de Guinée-Bissau, The future de Soly Cissé du Sénégal puis L’Homme Nature d’Abdoulaye Konaté  dont quelques toiles colorées en bazin sont accrochées à la Galerie 38 de Casablanca et son catalogue L’étoffe des songes est disponible en ligne –  on peut y lire p.18 « Le bazin, c’est donc une étoffe imbibée de la rumeur de la rue et teintée aux couleurs des rêves de dignité et de bonheur des Maliens, sans distinction sociale. »

Voir aussi sur ce site un aperçu de la Foire d’art contemporain africain 1-54
Et de l’exposition Material Insanity au MACAAL à Marrakech
qui se poursuit jusqu’au 22 septembre

Volubilis

29/04/2019

Vidéo de Mohamed Rhamati & Rashid Ait Daoud – Production ADR 2019
Puis suivez la visite guidée avec Mustapha Akti – conservateur du site de Volubilis et
Mohamed Makdoun – spécialiste de l’histoire ancienne à l’émission Au fil de l’Histoire
sur Medi1TV 31 mai 2017, 27 min. animée par la journaliste Ilham Berrada.

 

Site archéologique de Volubilis au Maroc

Le Maroc abrite de nombreux sites archéologiques. La découverte d’ossements humains de 300 000 ans à Djebel Irhoud avait d’ailleurs fait la Une de la revue Nature en juin 2017. Les recherches se poursuivent sur plusieurs autres lieux à travers le pays, qui fût l’hôte du 15e Congrès de l’Association Pan Africaine d’Archéologie. Dans le cadre d’un programme de conservation du patrimoine archéologique, on vient d’instaurer un laboratoire de restauration des vestiges de Volubilis – reconnu Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Volubilis ou Oualili en berbère, signifie laurier-rose (Nerieum oleander), plante que l’on retrouve à l’entrée de cette cité antique dont certains objets datent du néolithique.  De la période punico-maurétanienne, il ne reste cependant que des fondations et l’autel d’un temple situé dans une chapelle du capitole ainsi que des inscriptions  du III-IIe siècle AEC analysées par J.G. Fevrier dans la revue Études d’Antiquités africaines p.83-100.  Peu après l’assassinat du roi Ptolémée par l’empereur Caligula, Volubilis devient une ville romaine en 44 EC sous l’empereur Claude jusqu’à l’évacuation de l’armée romaine en 285. Puis, c’est à Volubilis qu’Idriss 1er s’installa en 789 fuyant les Abassides de Bagdad, mais son fils Idriss II décida en 808 de faire de Fès la capitale du Royaume du Maroc.

À une trentaine de kilomètres de Meknès, Volubilis est un des sites archéologiques les plus visités en Afrique du Nord et un des plus vaste avec ses 42 hectares. Comme toute cité romaine, Volubilis était doté d’un système hydraulique complexe et réseau d’assainissement efficace comprenant un collecteur central dallé encore visible tout au long de l’artère principale allant de l’Arc de triomphe à la Porte de Tanger, ainsi qu’une plaque d’égout en forme de laurier-rose à l’entrée sud du forum. Outre les thermes de l’époque romaine, on retrouve le plus ancien hammam de l’époque arabe dans le quartier sud, sur la rive droite de l’oued Khoumane. Le parcours de Volubilis est délimité par quatre zones  décrites sur le site volubilis.ma. Le quartier monumental est celui où se trouvent les plus imposantes constructions tels l’arche de triomphe, le forum, la basilique et le capitole. Dans la vidéo ci-haut, le conservateur du site de Volubilis explique le fonctionnement du pressoir à olives adjacent les thermes de Gallien. Quant aux mosaïques que l’on peut admirer à ciel ouvert, elles valent à elles seules le détour, comme celles de la Maison à l’Éphèbe ou des Travaux d’Hercule ou celles ci-dessus  de gauche à droite: Orphée envoutant les animaux en jouant de sa lyre, Dionysos & les quatre saisons, Bacchus découvrant Diana dans la Maison au Cavalier, l’acrobate à la Maison du Desultor et Diana & le nymphe des bains à la Maison de Vénus. Ne manquez pas non plus les pièces exposées au Centre d’interprétation au bas des escaliers, bien que la plupart des artefacts sont au Musée de l’histoire et des civilisations de Rabat, dont les 28 magnifiques bronzes incluant la tête de Juba II  faisant partie des Splendeurs de Volubilis et voici d’autres publications qui pourraient vous intéresser :

Coll. (2000). Volubilis – de mosaïque à mosaïque, éditions EdiSud, 96 p.
Coll. (2018). Volubilis après Rome, Arts and Archeology of the Islamic World Vol.11, 446 p.
Coll. (2014). Splendeurs de Volubilis – bronzes antiques, Actes Sud, 192 p.
THÉBERT Yvon (2013). Thermes romains d’Afrique du Nord, École française de Rome, 735 p.
PANETIER Jean-Luc et LIMANE Hassan (2002). Volubilis une cité du Maroc antique, éditions Maisonneuve & Larose, 175 p. Et MÉNARD André (2018). Le Maroc – trente siècle d’histoire, La croisée des chemins, 510 p.

Voir aussi  sur ce site, les billets portant sur le Musée de l’histoire et des civilisations à Rabat, la riche collection de mosaïques du Musée Bardo à Tunis, ainsi que ceux sur le Musée national du Bardo à Alger, l’explorateur Ibn Battouta, Musique & Génie de l’antiquité et Pompéï.

Concert Sur les traces de Da Vinci

09/04/2019

Concert Le pont de Léonard de Vinci avec l’ensemble Constantinople
Sous la direction de Kiya Tabassian et avec comme invité le ténor Marco Beasley
Samedi 13 avril à 20h à la Salle Bourgie de Montréal

L’ensemble Constantinople présentera son concert Sur les traces de Vinci dans la splendeur de la Salle Bourgie inaugurée en 2011 grâce à la Fondation Arte Musica du mécène Pierre Bourgie et en collaboration avec le Musée de Beaux-Arts de Montréal. Comme déjà mentionné sur ce site, cette ancienne église de style néo-roman comprend la plus grande collection de vitraux Tiffany au Canada, une conque en bois de merisier pour ses propriétés acoustiques, trois clavecins dont un clavicytherium, deux pianos Steinway et un grand orgue Wolff et finalement pour ses 462 convives, des fauteuils signés Michel Dallaire – pionnier québécois du design industriel. Sous la direction de Kiya Tabassian au chant et au sétâr également, l’ensemble Constantinople met en musique le projet de construction d’un pont à Istanbul en 1502 par Leonard de Vinci. Les croquis retrouvés font preuve du génie De Vinci qui résout le problème de résistance aux vents en faisant recours à des arches paraboliques et autres principes géométriques procurant l’intégrité structurelle nécessaire à un pont d’une si longue portée. L’artiste norvégien Vebjorn Sand en construit un à échelle réduite du pont de la Corne d’Or en 2001, selon le modèle de Léonard de Vinci puis collabore pour celui du Château du Clos Lucé installé en 2016. De Vinci y vécu les trois dernières années de sa vie et plusieurs événements s’y tiennent cette année afin de commémorer les 500 ans de sa mort. Lire aussi le dossier sur vinci-closluce.com et quelques notions de base sur lesponts.e-monsite.com.

L’Ensemble Constantinople présentera également son concert Sur les traces de Rumi le 8 juin à la Salle Bourgie ainsi qu’un spectacle à l’Institut Français de Casablanca le 17 mai à 22h30.

Et notez la soirée bénéfice du Centre des Musiciens du Monde avec l’Ensemble Constantinople.

Alserkal Avenue à Dubaï

19/03/2019

Alserkal Avenue à Dubaï – Art Week du 18 au 23 mars

Les précédents billets, vous donneront un aperçu de deux expositions en cours
L’exposition collective Personal Revolutions à la Fondation Attassi hangar # 60 et
The river that was in the south de Sadik Kwaish Alfraji à la Galerie Ayyam hangar #11
Ne manquez pas non plus la bouleversante exposition Fabric(cated) Fractures
d’artistes du Bangladesh et de l’Asie du Sud-Est à l’espace Concrete

Et voici quelques œuvres d’artistes émiratis

Hussain Al Moosawi
Facade to Facade au GPP Golf Photo Plus  hangar #36
Ci-dessus façades des tours  Al Moosa, Deira et Saeed  de Dubaï
et dans la 2e rangée des édifices de Muroor road et de la Corniche d’Abu Dhabi.

Mohamed Ahmed Ibrahim
The space between the eyelid and the eyeball à la Galerie Lawrie Shabibi hangar #21

Shamma Al Amri
Everything you can think of is true au ZUUSS Zayed University Urban Satellite Space hangar #48

Hassan Sharif
Exposition collective à la Fondation Jean-Paul Najar hangar #45
dans le cadre d’une exposition sur le monochrome ayant comme fil conducteur l’essai de Marica Hafif intitulé Beginning Again. En guise d’introduction, on y fait un bref survol de l’Histoire du Monochrome au-delà du fameux  Carré noir  1915 de Malevitch. Les œuvres considérées précurseurs au mouvement suprématiste qu’il crée remonteraient aussi loin à la représentation de l’Univers avant la création de Robert Fludd en 1617 dans son ouvrage intitulé Histoire métaphysique, physique et technique de l’un et l’autre monde, à savoir du grand et du petit ou la fameuse page noire dans le vol.1 du roman Tristram Shandy en 1759 deLaurence Sterne, pour illustrer la profonde tristesse du protagoniste; Mais de manière plus explicite, le Combat de nègres dans un tunnel par Paul Bilhaud présenté en 1882 à l’exposition Les Arts Incohérents, repris d’ailleurs par Alphonse Allais dans son Album primo-avrilesque, accompagné de six autres monochromes en 1897. Lire aussi « Le Tableau noir, une mise à jour » de Jacques Lennep sur le site koregos.org.

Voir aussi Fondation Atassi, Sadik Kwaish Alfraji,
Galeries d’art de Dubaï partie 1 et partie 2, Musées de Dubaï et Palm Jumeirah.


Sadik Kwaish Alfraji

19/03/2019

Sisyphus goes on demonstration de Sadik Alfraji – extrait de sa monographie aux éditions Schilt 2015

The river that was in the south de Sadik Kwaish Alfraji
Galerie Ayyam hangar #11 jusqu’au 25 avril
Alserkal avenue à Dubaï

Non loin de l’entrée d’Alserkal Avenue, où se déroule cette semaine le Art Week, la Galerie Ayyam présente l’exposition The River that was in the south de l’artiste irakien Sadik Kwaish Alfragi – titre éponyme de son film d’animation qui est  projeté en continu. D’ailleurs, l’exposition au complet s’avère être un conte existentiel en noir & blanc. Dans une monographie de ses 35 ans de carrière, l’artiste explique en entrevue, ses inspirations i.e. artistiques d’expressionnistes allemands, historiques qu’il tire des Assyriens et des Grecs anciens, mythologiques telles les légendes de Sisyphe et de Gilgamesh, et littéraire venant des personnages de Godot et George Samsa ou des poètes Rainer Maria Rilke et Malik Ibn Arrayb. Les silhouettes noires omniprésentes tout au long des années, font suite à une visite dans un hôpital psychiatrique de Bagdad où il est frappé par les visages déformés ou sans expression des patients immobiles. L’installation For the love of Zainab est quant à elle, en hommage à sa petite sœur handicapée pour qui il écrit ceci: «  my dear little sister / amongst the ruins of a shapeless city / and fruitless dreams ». Vous pourrez voir plusieurs autres œuvres sur les années sombres en Irak, depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui, voire même les espoirs perdus du printemps arabe qu’il exprime dans son poème Sisyphus goes on demonstration sur son site web sadik.nl.

Détails de River’s book 2018 de Sadik Kwaish Alfraji à la Galerie Ayyam sur Alserkal Avenue à Dubaï

Fondation Atassi

17/03/2019
Robe 2019 Impression textile avec codes QR à scanner de Sulafa Hijazi

Exposition collective Personal revolutions jusqu’au 8 avril
Atassi Foundation for art & culture sur Alserkal Avenue hangar #60 à Dubaï

La Fondation Atassi a pour mission première de faire connaître l’art syrien du XXe siècle jusqu’à nos jours, depuis déjà 30 ans. Le projet de numérisation MASA – Modern Art Syria Archive est un autre moyen de préserver l’héritage culturel de ce pays et sera bientôt en ligne sur leur site web. L’exposition en cours Personal Revolutions présente une douzaine d’artistes syriennes du monde de l’art contemporain.  À l’occasion du Art week d’Alserkal avenue, l’artiste multidisciplinaire Khadija Baker du Centre d’histoire oral et de récits numérisés de l’Université Concordia à Montréal invitera le public à écouter son spoken word My little voice cannot lie, avec une mélodie du musicien kurde Gani Mirzo, à travers des microphones insérés dans ses longues nattes. Elle a également collaboré à la pièce Traversée en langue des signes sur la musique de Diane Labrosse et l’on a pu assister à ses performances dans plusieurs galeries d’art de Montréal, Toronto et ailleurs dans le monde. Ci-haut, une robe de Sulafa Hijazi alliant artisanat & technologie, car elle renferme des broderies aux motifs de codes QR que l’on peut scanner et qui nous dirige vers des informations portant sur cet art traditionnel du Levant et ses artisans. Spécialiste en multimédia, Sulafa Hijazi a créé la maison de production bluedar.net axée principalement sur l’éducation et le développement des enfants à travers l’art et une prise de conscience environnementale. Des symboles de guerre et la douleur qu’elle engendre apparaissent sur plusieurs des œuvres exposées à la Fondation Atassi, mais également une profonde nostalgie comme l’installation Séparation 2017 d’Iman Hasbani, artiste qui a remporté d’ailleurs le 1er Prix Peinture à la Biennale d’Art Miniature du Canada en 2008.

De gauche à droite ci-dessus :  Page couverture d’une monographie de Leïla Nseir dont on peut voir un autoportrait dans l’exposition;  Hindmost 2014 d’Azza Abo Rebieh  – le NYTimes lui consacre un article pour ses dessins de femmes qui, comme elle, furent incarcérées pour avoir milité contre le régime de Bashar Al Assad; Place of memory 2018 de Reem Yassouf illustrant la profondeur des couches de la mémoire collective et des réfugiés comme témoins du passé; Le livre des mathématiques 2016 de Hiba Al Ansari  suite à la découverte du cahier d’une jeune élève décédée lors de bombardements dans la ville de Kafranbel . À partir d’objet trouvés sur les lieux, l’artiste monte ce cahier surréaliste pour dénoncer l’absurdité de la guerre.

Un autre illogisme est sans contester, celui du rituel de bénédiction d’armes à destruction massive par des prêtres en Russie qu’Alina Amer soulève dans sa vidéo Blessing with infection 2018; Tandis que les miroirs dans In view 2018 de Randa Maddah  reflètent la souffrance aussi bien des Israéliens que des Syriens, de chaque côté de la ligne de cessez-le-feu sur le plateau de Golan, dans sa ville natale de Majdal Chams, principale localité druze; De la douleur on en ressent aussi en regardant Coutures 2019 de Nour Asalia, qui sont en fait les yeux de l’artiste, imprimés sur du délicat papier de riz puis cousus avec du fil en guise de compassion envers sa mère et sa fille qui ont subi injection & chirurgie oculaires respectivement. On retrouve aussi dans la galerie,  une inclusion en résine de sa série Mémoire telle les insectes, témoins du passé, préservés dans de la résine fossilisée. Vous pouvez lire son texte « Artistes syriens du militantisme à la désespérance » ainsi que plusieurs autres sur son site; Chemise de nuit de Nagham Hodaifa qu’elle peint avec un corps semblable au sien mais omettant la tête. À cet égard, soulignons que l’artiste, sculptrice aussi, a rédigé sa thèse de doctorat sur la question de visage dans l’œuvre de Marwan (1934-2016) publiée aux éditions Peter Lang. Elle signe également un texte dans le catalogue de l’exposition sur le féminisme dans l’art syrien et a récemment fait une conférence sur le travail de Laila Muraywid dont A poem that doesn’t heal est présenté à la galerie de la Fondation Atassi. Dans « Le corps en fragment de Laila Muraywid » sur blogs.mediapart.fr, on analyse son Doux cercueil de la chair suite à la censure du Printemps des Arts en Tunisie en 2012. Muraywid s’est joint à Khaled Takreti et à Ola Abdallah pour une œuvre commune aux éditions Area. Ola Abdallah présente d’ailleurs un triptyque Peace is green à l’exposition Personal Revolutions.

Islamic Scientists de Mahmoud Hammad du Musée de la Civilisation Islamique à Sharjah

L’exposition Personal Revolutions à la Fondation Atassi de Dubaï compte également des broderies, tapisseries et œuvres de plusieurs autres pionnières de l’art Syrien incluant un autoportrait de Derrie Fakhoury Hammad (1930-2015) épouse de Mahmoud Hammad – un maître de l’art abstrait syrien qui a peint la fameuse toile des Savants de la civilisation islamique 1988 dans laquelle font partie :  Ibn Zakaria, Jabir Ibn Hayyan , Al Kindi, Abbas Ibn Firnas,  Khalid Al-Marwarrudhi, Farabî, Al Biruni, Ibn Yunus, Avicenne, Abu al-Qasim, Al Idrisi, Averroès, Nasir al-Din Tusi, Ibn Nafis,  Abul Fida et Ibn Khaldoun. Voir aussi sur ce site les billets sur le colloque Transfert des savoirs médicaux et celui sur les Sciences à l’Institut du Monde Arabe à Paris.

Et pour terminer, voici un extrait du concert multimédia Home within en hommage aux réfugiés  syriens avec l’artiste visuel Kevork Mourad et le clarinettiste Kinan Azmeh.
Ils expliquent en entrevue la genèse de ce projet.

« I certainly know that the clarinet cannot stop a bullet, it cannot feed the hungry …
it cannot bring the refugees back home, but what it can do it can inspire »
Kinan Azmeh

Autres expositions sur Alserkal Avenue dans les prochains billets…

MACAAL à Marrakech

05/03/2019

What Happened Happened Happened et One thousand voices d’Owanto au MACAAL

 

Material Insanity jusqu’au 22 septembre
MACAAL – Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden à Marrakech

Le MACAAL est situé dans un lieu magnifique de Marrakech à quelques mètres du Parc de sculptures Al Maaden où est installée entre autres Nomade – une sculpture monumentale de l’artiste québécois Jean Brillant. Inauguré en 2018, ce musée indépendant à but non lucratif a ouvert préalablement ses portes en 2016 pour la Conférence mondiale sur le climat COP 22 de Marrakech. L’exposition Essentiel Paysage –  en référence à Aimé Césaire, regroupait pour l’occasion des artistes faisant l’éloge de la nature et revendiquant sa préservation. Ci-bas vous pourrez consulter le catalogue et voir quelques œuvres. Le volet éducatif a une place prépondérante au MACAAL comme en témoignent les ateliers du MACAAL Lab. On en compte déjà un sur la confection d’un livre en forme d’accordéon que l’on appelle leporello, avec l’aide de Rita Alaoui, des formations pour photographes avec Mustapha Azeroual ou de mapping vidéo –  utilisé pour les spectacles de son & lumière avec Youness Atbane pour des étudiants en design, et d’autres pour enfants telles que la réalisation d’une fresque vitrée dirigée par Coquelicot Mafille ou laissant libre cours à leur imagination avec Mo Baala.

Les commissaires de Material insanity, Meriem Berrada et Janine Gaelle Dieudji ont fait appel à Zineb Andress Arraki pour la scénographie de cette exposition regroupant une trentaine d’artistes. Chaque œuvre est mise en valeur et laisse pleinement le visiteur à s’en imprégner voire même à nous inciter à agir pour la protection des migrants en voyant Les passeurs 2019 de Clay Apenouvon ou à militer contre les mutilations génitales devant l’installation d’Owanto. À l’étage dans un coin de recueillement, le visiteur reste consterné devant les mots bordés des victimes et les mots d’excuse des exciseuses que l’artiste franco-gabonaise nous présente dans One thousand voices et mis en lumière au centre avec des néons de What Happened Happened Happened Happened.  Dans une entrevue sur iam-africa.com,  l’artiste dénonce les 200 millions de mutilations génitales que des femmes ont subis et la « conception de ce « nous » féminin ».

Ci-dessus, les échantillons d’odeur inusitée qu’Esmeralda Kosmatopoulos nous invite à identifier tel le marbre, plâtre, plastique, etc.. Selon les maximes d’Anaxagore & Lavoisier, Moffat Takadiwa, Nari Ward et Cyrus Kabiru combinent & transforment des matières recyclées diverses pour fabriquer des œuvres suspendues soit Washen again avec des brosses à dents, Flower prayer avec des lacets ou des masques à partir de pièces électroniques. Tandis que des emballages en aluminium pour les plaquettes de médicaments servent de matière première à l’artiste Adil Kourkouni qui en fait des portraits, en lien d’une certaine façon à son projet  sur « l’identité visuelle d’une société pharmaceutique spécialisée dans les psychotropes » comme il l’explique en entrevue pour lesiteinfo.com. Puis, avant de passer au jardin, le salon de thé de Hassan Hajjaj aussi appelé le « Andy Warhol de Kech » nous met dans une ambiance conviviale. La cour de ce splendide musée, dont le bâtiment à l’origine fut conçu par l’architecte Didier Lefort de DL2A puis réaménagé par Lazraq Studio en collaboration avec Jean-François Bodin, affiche en plein air des photographies de Nicolas Henry – photographe, plasticien et metteur en scène, il nous fait voyager aux 4 coins du monde  à travers des installations dans des lieux inusités transformés en théâtre de la vie. Cabanes imaginaires du monde entier aux éditions Albin Michel s’est mérité le Prix Méditerranéen du livre d’Art 2017 avec en page couverture de la tôle et de la paille goupillées pour pouvoir transporter des enfants éthiopiens à l’école. D’ailleurs, on pourra voir bientôt son assistant, Mohammed Aroussi dans le court métrage Du baume au cœur avec deux comédiens non-voyants. Pour terminer, l’affiche ci-bas et le catalogue de l’exposition qui s’est tenue au MACAAL dans le cadre de la COP 22 de Marrakech en 2016. Notez The aliens most sufisticated nuclear hammer SUV 2010 de Abu Bakarr Mansaray, Love supreme 2007 de Mohamed El Baz, La fuite des cerveaux 2004 de Chéri Chérin, Hôpital des pêcheurs 1996  de Moké, Prophecy 2013 de Fabrice Monteiro,  The petro beads 2015 de Moataz Nasr, L’enfer du cuivre 2006 de Nyaba Léon Ouedraogo,  Plastic  Tree 2014 de Pascale Marthine Tayou, etc.

Voir aussi le Musée Yves St-Laurent &  jardin Majorelle, la Maison de la photographie dans la médina, le Musée Dar Si Daid du tissage et des tapis marocains pas loin du Palais Bahia qui est à deux pas de la place des Ferblantiers, les Galeries d’art du quartier Guéliz ainsi que les deux précédents billets sur la Foire 1-54 de Marrakech et le Comptoir des mines galerie.

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