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Ici, la Terre

11/01/2023

BOUCHARD Frédéric (2022)  Ici la Terre – dix aventures scientifiques
qui ont changé notre image du monde, aux éditions Multimondes, 156 p.

Professeur au département de géomatique appliquée à l’Université de Sherbrooke, Frédéric Bouchard nous raconte dans Ici la Terre – dix aventures scientifiques qui ont changé notre image du monde. Géologue de formation, spécialisé en géophysique il a eu l’opportunité d’aller faire des recherches à la Baie James dès son baccalauréat puis a poursuivi dans sa maitrise à l’exploration du pergélisol au Nunavik puis celui en Sibérie, dans le cadre de son post doctorat, en lien avec le projet Make our Planet great again.

Ce livre grand public, nous fait part de découvertes marquantes en Sciences de la Terre à travers dix aventures impliquant des scientifiques méconnus, pour la plupart d’entre nous. Vulgarisé et rempli de fascinantes anecdotes, on retrouve dans Ici la Terre, d’inspirants personnages ayant joués un rôle important dans l’histoire des sciences. Chaque chapitre se termine d’ailleurs avec des références pour poursuivre la lecture sur le sujet. La méthode scientifique et la rigueur, dont ses chercheurs ont fait preuve, y sont aussi mis de l’avant tout au long du livre et comme on peut lire dans la préface « Un peu de culture géo-scientifique nous aiderait peut-être à dépasser ce sensationnalisme environnemental » faisant allusion que le poumon de la Terre serait plutôt les océans car la majorité de l’oxygène que l’on respire provient du plancton marin.

Dans quelques-uns des chapitres, Frédéric Bouchard revient sur le légendaire débat de la formation de la Terre qui, l’on sait aujourd’hui, remonte à 4,5 milliards d’années.  Il nous raconte de manière passionnante comment l’âge supposé de la Terre est passé de 6000 ans, voire précisément du 22 octobre 18h 40004 AEC selon un archevêque anglican, à plusieurs dizaines ou même centaines de millions d’années grâce aux observations de James Hutton à Siccar Point au XVIIIe en choisissant judicieusement cette citation de lui – « L’esprit semblait avoir le vertige en regardant si loin dans l’abîme du temps ». Notez que c’est un siècle et demi plus tard, grâce à Clair Patterson qu’on déterminera l’âge précis de la Terre soit 4,5 milliard d’années avec la datation absolue des roches à l’aide d’éléments radioactifs comme l’uranium.

Première rangée: Nicolas Stenon (1638-1686) et extrait de Canis carchariae dissectum caput tiré de Elementorum myologiae specimen de 1667 / William Smith (1769-1839) et une coupe transversale des différentes strates géologiques et altitudes relatives de sa première carte l’Angleterre, Pays de Galles et Écosse de 1815  Deuxième rangée :  Portrait de James Hutton (1726-1797) par Henry Raeburn de la Scottish National Portrait Gallery  / Dessin humoristique d’Alfred Wegener (1880-1930) pionnier de la dérive des continents par Gary Brown / Photographie de Marie Tharp (1920-2006) dans son bureau cartographiant la dorsale médio-océanique crédit : Granger historical picture.

Pour ceux qui connaissent Nicolas Sténon qu’à titre d’anatomiste et du canal éponyme, transportant la salive sécrétée par les glandes parotides, alors détrompez-vous ! On lui doit bien plus… Il démystifia entre autres la légende des glossopetrae qui ne sont pas du tout des langues pétrifiées de serpents ou dragons tombant du ciel mais des dents de requins. Tandis que dans le chapitre sur l’usage du système métrique, on est stupéfié d’apprendre qu’au XVIIIe siècle, certaines mesures variées d’une région à une autre – comme la livre qui pouvait passer de 380 à 550 g ! Ainsi que plusieurs autres exemples, menant à l’expression deux poids, deux mesures. Frédéric Bouchard nous décrit aussi les péripéties menant à la publication de la première carte géologique de l’histoire par William Smith en 1815, les différences entre glaciers alpins et continentaux appelés inlandsis, la mission épique d’Alexander Von Middendorff en Sibérie à Iakoutsk, qui est aujourd’hui la plus grande ville du monde construite sur le pergélisol. Frédéric Bouchard nous rappelle que c’est à l’Université McGill qu’Ernest Rutherford, qui était pour Einstein le second Newton, avait observé les rayonnements émis par des atomes radioactifs qui le mènera à l’obtention d’un prix Nobel de chimie en 1908 soulignant le fait que 12 de ses étudiants ou de ses collègues ont été des lauréats de Prix Nobel; et nous présente le premier géophysicien canadien – John Tuzo Wilson qui dans un article de 1965 décrit et démontre les failles transformantes à la base du modèle des plaques tectoniques terme introduit par Fred Vine et Harry Hess en 1968. Un chapitre est également dédié à celui qui pour l’auteur à le plus bouleversé la géologie – Alfred Wegener, un astronome et auteur de la thermodynamique de l’atmosphère, qui a était un des premiers à apporter une explication scientifique sur la dérive des continents mais qui malheureusement n’a pas eu les honneurs qu’il méritait. Autre injustice que Frédéric Bouchard soulève est celle de Marie Tharp qui a cartographié la dorsale médio-océanique – cette structure du fond marin longue de 65 000 km mais qui n’émerge qu’à certains endroits que Cousteau a pu corroborer en la captant dans son film présenté au Congrès océanographique à New York en 1959. Frédéric Bouchard dénonce aussi qu’à cette époque 4% seulement des doctorats en Sciences de la Terre étaient attribués à des femmes et le fait déplorable que Tharp n’avait pas le droit de faire des expéditions en bateau. Elle réussit tout de même avec son collaborateur Bruce Heezen de réaliser la 1ière carte mondiale du fond marin soit le World Ocean Floor Panorama – une oeuvre d’art en soit !

World Ocean Floor Panorama ou Première carte mondiale du fond des océans par Marie Tharp et Bruce Heezen 1977. Lire aussi le chapitre 10 Naissance, vie (mouvementée) et mort des océans dans Ici, la Terre de Frédéric Bouchard ainsi que The woman who changed the way
we see the seafloor dans atlasobscura.com

Entrevue avec l’auteur à l’émission Les années lumière du 8 janvier 2023.

Outre Trop belles pour le Nobel de Nicolas Witkowski aux éditions Seuil 2005, voici quelques autres billet sur ce blogue mettant à l’honneur les femmes en sciences – Dames de la sciences sur le livre de Jean C. Beaudet, poèmes et œuvres d’art en hommage à la naturaliste-peintre Maria Sibylla Merian, médecins et infirmières de l’Hôpital St-Barts de Londres et pharmaciennes de la Royal Pharmaceutical Society ainsi que tous les billets sur les Prix Nobel. Visitez également les sites web des organismes qui visent à promouvoir les femmes en sciences de la France, du Canada et de l’Unesco et cette publication récente : CURIR Anne (2022). Les femmes, les ciels, les cultures – De l’histoire de l’astronomie au rôle des femmes dans la science moderne, éditions L’Harmattan, 136 p.

Arts & Sciences – bilan 2022

30/12/2022
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Voici les 10 articles du blogue Arts & Sciences, les plus lus cette année,
outre le livre d’Anatomie et de physiologie humaines de la rubrique publication:

Turandot incluant les 3 énigmes à résoudre par Calaf dans cet opéra de Puccini, Poésie scientifique comprenant quelques extraits du formidable Muses et Ptérodactyles – la poésie de la science de Chénier à Rimbaud, Musique et génie de l’antiquité suite à une conférence pour la fondation Arte Musica en lien avec l’exposition Pompeii du MBAM,  le Musée national de Beyrouth abritant la plus grande collection d’art phénicien, Monde végétal et blob au Palais Tokyo faisant suite à l’exposition Réclamer la Terre, Horloge floral accompagné d’un poème de Delille qui décrit celle de Carl Von Linné basée sur le phénomène veille-sommeil des plantes, Joe Davis Bio-Art sur un des pionniers en art transgénique, Jardin rouge ou Fondation Montresso qui est un lieu d’exposition et de résidences d’artistes à Marrakech ainsi qu’un retour sur la Biennale Internationale d’Art Numérique de Montréal de cette année.

 

Découverte de l’année Québec Science et poésie

et le plus de « J’aime » sur facebook
l’expo Le droit de vivre – plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort !

 

Un grand merci encore, à tous les abonnés de ce blogue,
qui m’encouragent de partager avec vous mes coups de coeur,
et en espérant que cela suscitera en vous la curiosité d’aller peut-être
encore plus loin à travers les hyperliens, suggestions de lectures, etc….

Livres 2022

23/12/2022

Parutions 2022 mentionnées soit sur mes comptes facebook, instagram, twitter ou sur le blogue 
Arts & Sciences. Les listes des précédentes années se trouvent dans la rubrique « Livres ».

Les secrets de l’Univers de Jean-Pierre Luminet en version arabe / Une histoire vivante de la musique – du psaume à Pierre Boulez de Mélanie Lévy-Thiébaut / Des bombes en Polynésie – les essais nucléaires français dans le Pacifique sous la direction de Renaud Meltz et Alexis Vrignon / Homo numericus – la civilisation qui vient de Daniel Cohen / Les mots immigrés d’Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini /  Zakaria Boualem découvre l’histoire du Maroc de Réda Allali / La démesure d’un urbanisme 1907-1956 de Ahmed Chitachnni / M’hamed Issiakhem  – ma main au feu… portrait è l’encre de Benamar Médiène / Hommage à Hamdi Nacer-Khoddja – le « jumeau » / Subvenir aux miracles de Victoire de Changy autour d’une œuvre du Musée des confluences de Lyon / Impromptu de Catherine Mavrikakis / Dictionnaire amoureux d’Istanbul de Metin Arditi et  Alain Bouldouyre / Le mage du Kremlin de Giuliano da Empoli  / Numéro deux de David Foekinos / Gens du Nord de Perrine Leblanc / Anéantir de Michel Houellebecq / Savoir les marges – écritures politiques en recherche-création sous la direction de Nicholas Dawson et Marie-Claude Garneau / Mon frère fantôme de Mahi Binebine / Dans sa chair de Yasmine Chami / Texture du Chaos de Driss Ksikes / Les ombres blanches de Dominique Fortier autour d’Emily Dickinson comme son précédent Les villes de papier / Les dix commandements de Dorothy Dix de Stéphanie Jasmin / Tous les monstres naissent égaux de Marie-Pier Labrecque / La préhistoire du Québec partie 1 Dinosaures et animaux disparus de Patrick Couture et dessins de Martin PM / 3 minutes pour comprendre 50 moments clés de l’histoire de la bande dessinée de Benoit Peeters / Encyclopedia of world comics d’Aldama Luis Frederick et Christopher Gonzalezen 2 volumes / Mille ans de manga de Brigitte Koyama-Richard / Dessins d’humeur de Johan de Moor / Le Musée collectif – un musée citoyen pour la ville de Casablanca aux éditions de l’Observatoire / Basquiat soundtracks catalogue de l’exposition au MBAM – voir aussi le précédent billet sur ce blogue.  

POÉSIE

Nomenclature – new an collected poems de Dionne Brand / Enjeux du contemporain en poésie au Québec sous la direction de Joséane Beaulieu-April et Stéphanie Roussel / Là où les choses se touchent – méditation sur la beauté de Bahar Orang / Enfants du lichen de Maya Cousineau Mollen / Couchés en étoile dans la combustion lente des jours de Sophie Jeukens / Demeures de de Jean-Sébastien Huot / Mouron des champs de Marie-Hélène Voyer / Marche à voix basse de Nelly Desmarais / Forêt en chambre de Chantal Ringuet / Les vents de Memracook de Sarah Marylou Brideau / Nous sommes poésie – rencontres sur les sentiers de la poéticité essentielle de Jean Désy / Courbure de la Terre de Jonas Fortier / Une flambée mes mains d’Alycia Dufour /  Quelques enfants sauvages de Jean-Marc Desgent / Que ceux qui m’aiment me sauvent d’Alexandre Dostie / Glisser nue sur la rampe du temps de Souad Labbize / L’ongle et le vernis de Nicole Brossard et tableaux sonores de Symon Henry / Au milieu de la pénombre de Claudine Bertrand / Submersible de Carolanne Foucher / Et recoudre le soleil de Gaelle Josse / Trêve de Louise Marois / Survivaces de Geneviève Rioux / Vif oubli de David Goudreault / Les excroissances du carnavalesques de Rosie Desbiens.

 

Notez aussi plusieurs parutions de 2021 n’ayant pas fait partie de la liste en fin d’année.  

Les animaux parlent sachons les écouter de Nicolas Mathévon / Macadam Zulu. Basquiat et la musique de Christophe Deniau / Pluriverse – a post development dictionary Coll. / Peuple des humains – sur les traces génétiques des migrations, métissages et adaptations de Llius Quintina-Murci / Archéologies du handicap sous la direction de Valerie Delattre / Cinémas du Maroc. Lumière sur les salles obscures du royaume de François Beaurain /  Malaise dans la société de Mohamed Jibril / La religion dans la France contemporaine de Philippe Portier et Jean-Paul Willaime / Manger du Faux pour de vrai – les scandales des fraudes alimentaires d’Ingrid Kragl  / Rien du tout d’Olivia Tapiero / La promesse de Juliette de Mustapha Fahmi / Zahra de Soufiane Chakkouche   Poésie 2021 : Devenir de Mohamed Hmoudane / Puisque tu es la mer d’Alima Abdhat / Le vieil homme de Kébir M. Ammi / À l’encre tatouée de Dalila Hassain Daouadji et œuvres de Karim Sergoua / Habitantes d’Anick Arsenault / Le banquet des petites personnes ou La politesse du désespoir de Michel Garneau / Parmi celles qui flambent de Noémie Roy / Comment allons-nous dorénavant écrire ? d’André Roy / Une grande maison, cette nuit avec beaucoup de temps pour discuter d’Hélène Frédérick / Fouiller les décombres de Flavia Garcia / Dites ami.e et entrez de Victor Bégin / L’abattoir c’est chez nous de Fiorella Boucher / Poupée russe d Brouillard de Kathleen Laurin McCarthy / Mauve est un verbe pour ma gorge de Nana Quinn / Dis merci de Camille Paré-Poirier / Il fleurit de Justine Lambert / Tant que brille le soleil de Janet Rogers / Doublure du monde de France Cayouette / Jardin-cendre d’Hugues Corriveau / Disparaître de Denise Desautels /  La patience du Lichen de Noémie Pomerleau-Cloutier / Au plus clair de la lumière de Diane Régimbald / Nous ne trahirons pas le poème et autres recueils de Rodney Saint-Eloi / Pomme grenade d’Elkhana Talbi / Mes forêts d’Hélène Dorion / Et Projet Terre collectif sous la direction de Michel Thérien et Nelson Charest avec préface de Laure Waridel.

Basquiat, Musique & Gray’s anatomy

19/12/2022
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À plein volume : Basquiat et la musique au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 19 février
Basquiat soundtracks à la Cité de la musique – Philharmonie de Paris du 6 avril au 30 juillet
Commissaires : Dieter Buchhart, Vincent Bessières et Mary-Dailey Desmarais

Le Musée des beaux-arts de Montréal s’associe à nouveau avec la Philharmonie de Paris pour cette première exposition mettant à l’avant, la place de la musique dans la vie de Jean-Michel Basquiat (1960-1988) et dévoilant par la même occasion, l’artiste polyvalent qu’il était. De surcroît, on s’aperçoit rapidement de sa fascination pour le corps humain dans un grand nombre de ses tableaux. Un de ses livres fétiches, depuis son plus jeune âge, étant Gray’s anatomy, que sa mère lui avait offert lorsqu’il avait 8 ans, après qu’il eut subi une ablation de la rate à la suite d’un accident de voiture. Le groupe qu’il fonde en 1979, avec le réalisateur Michael Holman, porte d’ailleurs aussi le nom de Gray – en souvenir de ce livre publié à l’origine en 1858 par le médecin anglais Henry Gray et illustré par Henry Vandyke Carter. Gray’s anatomy fut pendant plus d’un siècle, la référence ultime dans le domaine, et on en est rendu à sa 42e édition. Dans une des salles, on entendra le seul enregistrement sonore du groupe Gray, soit la chanson Drum mode pour le film Downtown 81; ce groupe de musique expérimentale était inspiré entre autres de John Cage et Stockhausen. Jean-Michel Basquiat jouait aussi de la clarinette et le synthétiseur, en plus d’être DJ à ses heures.Il affectionnait également les auteurs de la beat generation tels que Burroughs et Kerouac, mais se passionnait aussi des carnets de notes de Leonard de Vinci et du livre sur l’art africain rupestre  de l’archéologue Brentjes Burchard.

Détails anatomiques dans diverses œuvres de Jean-Michel Basquiat :  1ère rangée – Jazz embryo 1985
Sans titre 1985 / Estrella 1985 / Soft soap 1985     2e rangée – Negro period 1985 / Jazz 1986

 « L’art est la façon dont nous décorons l’espace, la musique est la façon dont nous décorons le temps » disait Jean-Michel Basquiat, chez qui on a découvert plus de 3000 disques de style variés que ce soit du jazz, disco, punk, no wave, hip hop, de la musique sérielle, ou autre…. Bien que le Bebop fût son genre de prédilection et associé à sa gestuelle artistique provoquant des émotions fortes dans une rapidité d’exécution, il lui arrivait, dans son atelier, d’écouter souvent en boucle le Boléro de Ravel ou des opéras avec Maria Callas dont la puissante voix accompagne le tableau ci-haut Anybody speaking words 1982 – On peut y identifier les artères transportant du sang oxygéné en rouge et les veines bleues au sang désoxygéné, comme dans tous les manuels d’anatomie et également des échelles pour représenter l’étendue de la voix avec des registres pouvant s’élever ou descendre. La Symphonie no.3 de Beethoven dite Héroïque est évoquée dans ses œuvres testamentaires Eroica de 1987 et Eroica I et II de 1988, en deuil alors de son ami Andy Warhol et peu avant son overdose d’héroïne le 12 août 1988. La formule chimique du TNT trinitrotoluène C6 H2 (NO2)3 CH3 ou C7H5N3O5 partiellement effacée aapparait aussi, pour symboliser peut-être une explosion d’émotions et de perturbations dans sa vie à ce moment. Dans cette vidéo du Centre for expanded poetics, Nathan Brown tisse des liens entre la révolution haïtienne et la série Eroica de Basquiat, car en effet outre la musique, les thèmes récurrents de Basquiat sont le colonialisme, le racisme, les injustices sociales, la violence policière, etc. Ci-dessous, quelques portraits d’idoles du jazz qui apparaissent sur les œuvres de Basquiat. Dans de nombreuses toiles, il fait référence à Charlie Parker soit en inscrivant son surnom bird, ou cprkr les consonnes de son nom, ou le nom de sa femme Chan ou de sa fille Pree décédée d’une pneumonie à l’âge de 2 ans et dont il ne put surmonter. Les titres de ses tableaux, ou inscriptions que l’on y retrouve font parfois référence à des albums de légendes de jazz comme par exemples : Sunny side up pour le Sonny side up de Dizzy Gillespie avec Sonni Stitt & Sonni Rollins, Kokosolo ou Klaunstance pour Charlie Parker, Ornithology pour le morceau composé par Parker et Benny Harris, d’autres pour Duke Ellington ou le single Beat Bop de Rammellzee et K-Rob produit par l’artiste lui-même. C’est en plus une vedette rock, Debbie Harry la chanteuse de Blondie, qui lui a acheté le premier tableau Cadillac moon pour 200 $, également à l’exposition du MBAM et notez que c’est aujourd’hui un collectionneur japonais qui détient une de ses toiles vendues en 2017 chez Sotheby’s pour 110,5 millions.

1ère rangée : Détails de portraits divers –  Louis Armstrong dans King Zulu 1986 avec 3 autres trompettistes Howard McGhee aux lunettes et costume bleu, Bunk Johnson en costume noir et Bix Beiderbecke en blanc / Charlie Parker au saxophone et Dizzie Gillepsie à la trompette dans Worthy constituents 1986  / Estampes de Lester Young d’après Basquiat avec références à Miles Davis, Charlie Parker et Dizzie Gillepsie  / Joueur d’accordéon Hohner   2e rangée : Catalogue de l’exposition du MBAM À plein volume : Basquiat et la musique / Pochette recto-verso de Beat bop avec un nom fictif de tartown record pour souligner la dépendance des musiciens aux produits pétroliers / Prospectus conçu par Tim Wright pour les spectacles de DNA et de Gray au CBGB 1980 / Prospectus de Basquiat pour Gray vers 1980.

Notez que la visite au Musée des beaux-arts de Montréal est dotée d’une application de réalité augmentée et que l’exposition Jean-Michel Basquiat : king pleasure à New York est en cours jusqu’en janvier. Dans le numéro de Connaissance des arts no.1006 hors-série, vous trouverez à la fin une liste de morceaux faisant partie de l’univers musical de Basquiat et lire aussi Macadam Zulu. Basquiat et la musique 2021 aux éditions Camion blanc, 248 p. de Christophe Deniau en entrevue sur France Culture à l’émission du 14/7/2022.

Littérature au 1-54 de Londres

15/11/2022

Fortitude (Women , the soul of movement) 2020 d’Adjani Okpu-Egbe – Galerie Edouardo Secci /
O barco ou Le bâteau de Grada Kilomba dans la cour du Somerset House  /
Huile sur toile et poème de Roland Dorcély –  Galerie Loeve & Co

Foire d’Art contemporain africain 1-54 de Londres
Prochaine foire d’art contemporain africain 1-54
à Marrakech du 9 au 12 février 2023

La foire d’art contemporain africain 1-54 a présenté plusieurs artistes engagés aux causes environnementales, comme le démontre le précédent billet, mais encore plus sont ceux qui dénoncent les injustices sociales, les politiques gouvernementales, les traumas de colonisation, les migrants, la violence policière, les sujets féministes, études de genres, etc.  La culture africaine et les rituels demeurent souvent en parallèle au cœur de leurs œuvres. Pour le 10e anniversaire de la foire 1-54, l’artiste pluridisciplinaire Grada Kilomba a installé dans la cour du Somerset house de Londres, 140 blocs de bois placés judicieusement en forme de bateau rappelant celui transportant les esclaves d’Afrique et d’où le titre O Barco. Un des 18 vers de son poème est gravé sur chacun des blocs en six langues différentes. Elle est aussi psychologue et auteure de Plantation memories aux éditions Unrast 2008 portant sur le racisme et le postcolonialisme. L’artiste camerounais Adjani Okpu-Egbe qui incorpore d’habitude des formules et symboles mathématiques passe ici des chiffres aux lettres dans ce présentoir de livres écrits par des femmes fortes et inspirantes. Quel bonheur aussi de découvrir Roland Dorcély (1930-2017) un artiste poète méconnu du grand public. La Galerie Loeve & Co affiche deux ou trois poèmes de cet artiste originaire d’Haïti, à côté de ses tableaux aux couleurs vives et aux courbes de Matisse. Originaire d’Haïti, Roland Dorcély a vécu une partie de sa vie en Europe et à côtoyé peintres et écrivains célèbres de l’époque.

Shed the soul 2007 de Fathi Hassan – Nil Gallery /
Pintadattitude shuffle
2022 d’Ernest Dükü – (S)ITOR Gallery /
Cardinal’s council 2 2021 de Sess Essoh – Louise Simone Guirandou Gallery

À gauche ci-dessus, les mots enchevêtrés dans la toile de l’ivoirien Sess Essoh qui pour lui, reflètent les maux de la société d’aujourd’hui et pertes de repère de notre époque. À droite, sont ceux inspirés de la graphie koufique et inventés par Fathi Hassan qui fréquente le milieu du spoken word. Il est fasciné par les écritures anciennes et dénonce la perte de la langue causée par le colonialisme. Et au centre, suivant une démarche spirituelle et inclusive,  Ernet Dükü amalgame les symboles des principales religions avec celle du peuple Akan qui se trouve au Ghana et à l’est de Côte d’Ivoire. Pour en savoir plus sur les pratiques contemporaines de cette religion ancestrale lire l’ouvrage de Maurice M’Bra Kouadio aux éditions L’Harmattan 2016, 222 p. Les références littéraires font définitivement partie du processus créatif de nombreux autres artistes de la Foire 1-54.  Les fables en langue Xhosa – la deuxième en Afrique du Sud après le zoulou, ont inspirées l’artiste Ayanda Mabulu, les poèmes de Mahmoud Darwich pour Yasmeen Abdullah ou ceux d’Édouard Glissant pour Johanna Mirabel et Cosmo Whyte – ce dernier représenté par la Fondation Montresso à Marrakech et ci-dessous quelques autres exemples d’ouvrages ayant inspirés les artistes de la foire 1-54 à Londres.

Catalogue de la foire d’art contemporain 1-54 Londres 2022

KILOMBA Grada 2010. Plantation memories, éditions Unrast – 6e édition, 151 p.
Artiste pluridisciplinaire dont le projet spécial O Barco est décrit ci-haut.

BRAND Dionne 2022. Nomenclature – new and collected Poems, éditions Dukepress, 672 p.
Pour l’artiste Taylor Barnes portrayant les femmes noires en utilisant du charbon et autres médiums.

BUTLER E. Octavia 2001 (v.o. 1988). La parabole des talents, éditions Au diable Vauvert, 588 p.
Source d’inspiration pour Atong Atem – Addis fine art et Taylor Barnes – galerie medium tings.

TUTUOLA Amos 1953 (v.o.1952). L’ivrogne dans la brousse, éditions Gallimard, 200 p.
Traduction par Raymond Queneau d’un des premiers romans africains.
Pour l’imaginaire fantaisiste de Bunmi Agusto – Dada gallery

SARO-WIWA Ken 2018. Silence would be a treason, éditions Daraja Press, 222 p.
Éditions revue et augmentée des derniers écrits de ce récipiendaire du Nobel Alternatif de 1994
que Clay Apenouvon rend hommage dans Film noir au cœur du Delta, mentionné dans
le précédent billet Foire 1-54 à Londres / Éco-Art.

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Rappelons que la Biennale de CasablancaLes mots créent des Images débute le 17 novembre
Le titre de cette 5e édition est tiré du photographe sud-africain George Hallett (1946-2020)
sur lequel, la directrice artistique Christine Eyene écrit une thèse et
vous pouvez l’écouter dans cette conférence du FotoFest 2020.

« Le lien entre littératures africaines et processus créatifs se déploiera à Casablanca et laissera place à l’imaginaire et aux récits nourrissant la création artistique contemporaine. La biennale s’intéressera au texte, mot, signe et aux langues, à la fois vernaculaires et à travers leurs relations avec l’héritage linguistique colonial en Afrique et au-delà. Il s’agira aussi d’interroger les modalités par lesquelles la langue influe sur les systèmes de pensée et, par extension, sur les discours et interprétations d’une œuvre d’art, tant dans sa matière qu’en son sens imagé. »

Atelier gratuit Langage du changement de la poétesse Amira Hanafi
le jeudi 17 nov. de 14-16h et le vendredi 18 nov. de 13-15h
Au American Arts Centre dans le quartier Gauthier
qui exposera 11 des 17 artistes de la Biennale et
expositions également au Bic Project Space
et à la galerie SoArt.

Foire 1-54 de Londres / Éco-Art

14/11/2022

Bioplastique 2022 de Nnenna Okore – Sakhile&Me Gallery / Parodie 2 2021 de Patrick Bongoy – This is not a white cube gallery à partir de caoutchouc recyclé / Ouroboros de Chris Soal – Whatiftheworld gallery à partir de capsules métalliques de bouteilles / Akpalakpa nk’abuo ou Weave no. 2 2020 d’ Ifeoma U.Anyaeji – Primo Marella Gallery à partir de sacs de plastiques tissés selon des techniques de tissages traditionnelles d’où le concept que l’artiste appelle Plasto-Art / Agua 20 2020 d’Anna Silva – Magnin-a gallery à partir de sacs de plastique, dessins et broderies / Unearthy III 2021 d’Alexandra Karakashian – Sabrina Amrani gallery à partir d’huile à moteur / Autoportrait 2020 de Clay Apenouvon –  Galerie Veronique Rieffel à partir de plastique noir et couverture de survie / Regard 2021 de Richard Atugonza – Afriart gallery à partir de charbon, sciure et résine.

 

Foire d’Art contemporain africain 1-54 de Londres
Prochaine foire d’art contemporain africain 1-54 à Marrakech du 9 au 12 février 2023

Le 10e anniversaire de la Foire 1-54 a été célébré en octobre dernier au Somerset House à Londres, en mettant comme à l’habitude à l’avant les artistes africains du continent et de la diaspora. Touria El Glaoui, fille du célèbre peintre marocain et ami de Winston Churchill, avait choisi cette ville pour sa toute première foire 1-54 en 2013 mais qui irradie de plus en plus avec ses antennes à New York, Marrakech et Paris depuis 2021. Dans le catalogue de cette année, plusieurs textes rendent hommage à sa fondatrice et soulignent le rôle important qu’elle a joué dans le rayonnement de l’art africain contemporain. Le texte intitulé A momentous first decade de Tom Flynn en dit déjà long et celui de Kami Gahiga le confirme chiffres à l’appui, tirés des rapports du marché de l’art d’ArtTactic qui précise par exemple l’intérêt grandissant envers les jeunes artistes africains ayant généré 25 millions de vente en 2021 et avec des prix d’achat en moyenne plus élevés, pour les femmes artistes. Petit tour guidé en compagnie de Touria El Glaoui disponible sur le site du 1-54 de Londres.

La foire d’art contemporain africain 1-54 inclut de nombreux artistes écologistes, en commençant par Clay Apenouvon qui pour la COP 21 à Paris avait conçu Film noir de Lampedusa suite au naufrage de 2013 causant 370 morts, mais de milliers d’autres dans les mêmes circonstances et pire à venir… car selon la Banque Mondiale « plus de 216 millions de personnes pourraient devenir des migrants climatiques internes d’ici 2050 ». Le plastique noir qu’utilise Clay Apenouvon de manière récurrente, symbolise dans cette œuvre, aussi bien la noirceur de cette tragédie, que le lien entre le corps des migrants et les déversements de pétrole. D’ailleurs les experts du GIEC, font consensus que l’exploitation de pétrole doit cesser si l’on veut atteindre les objectifs mondiaux en matière de climat. Au film étirable noir d’emballage, il associe parfois des couvertures de survie couleur or, symbolisant la poursuite de l’eldorado des migrants qui finalement, n’est pas toujours aussi doré. De plus, les séries Plastic Attack de cet artiste originaire du Togo, ont pour but de sensibiliser les gens à moins consommer de plastiques. En conversation avec l’activiste culturelle Louise Thurin, sur son interprétation de « cultiver le plastique » il raconte que son Film noir au cœur du Delta  est un hommage à l’écrivain et militant écologiste nigérien Ken Saro-Wiwa exécuté en 1995 et dont vous pouvez lire ses derniers écrits dans une nouvelle édition chez Daraja Press 2018. Dans cette même entrevue, Clay Apenouvon recommande le documentaire Le sang du Nigéria 2012 et poursuit ainsi « Il est tragiquement esthétique et m’a beaucoup inspiré. [Le Nigéria est le plus important producteur de pétrole du continent africain et le treizième au niveau mondial.] Le pétrole, c’est le sang de la terre – et le sang des Hommes versé pour lui. »

Plusieurs œuvres du 1-54 ont été conçues à partir de matières recyclées, soit pour sensibiliser les gens à la pollution due aux déchets plastiques ou aux problèmes de surconsommation, soit pour illustrer la pénurie de ressources naturelles ou pour faire directement partie intégrante de la phase de la ligne de recyclage comme l’affirme Richard Atugonza en se faisant un devoir de n’utiliser que des produits naturels de son environnement. Nnenna Okore va jusqu’à produire elle-même du bioplastique à partir des restes alimentaires « explorant ainsi les thématiques de la décomposition environnementale, le renouveau, la transformation pour pousser à la conscience environnementale ».

Suivez les discussions et rapports de la COP 27 sur unfcc.int
Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques 2022 jusqu’au 18 novembre.

Julumbu 2018 d’Abu Bakarr Mansaray – Gallery of Everything / Isabelle D. – Galerie Nosco /
Ghizlane Sahli 28 X 4 2021 – Sakhile & Moi

Tout le monde s’entend que l’Afrique est une des plus grandes victimes du réchauffement climatique et bien que certaines solutions proposées proviennent directement de leur façon ancestrale à cultiver la terre, il reste encore beaucoup à faire pour sauver la situation. Un article dans le Journal Le Monde rapporte que selon Hamidou Traoré et autres journalistes africains à la COP 27 le problème de l’eau n’a pas été suffisamment discuté, considérant que 400 millions de personnes en Afrique n’ont pas accès à l’eau potable. Ci-haut complètement, une œuvre de la série Agua d’Anna Silva qui déplore l’accès à l’eau potable en Angola pour au moins la moitié de sa population – RL Blanes explique la situation dans le magazine The conversation.com et il existe toutefois quelques projets en cours d’infrastructures de rétention et de stockage d’eau.  Quant à Manel Ndoye du Sénégal, il dénonce la destruction des ressources marines par les méga cargos et les conséquences sur la pêche local. Mais pour Mariana Rocha, le milieu marin sert plutôt de métaphore pour symboliser son propre corps intérieur. Artiste, avocate et chercheuse, elle avait en 2018 collaboré avec la faculté de médecine de l’Académie Royale de Catalogne et le MACBA pour Insepulta – instruction pour une autopsie dans un amphithéâtre d’anatomie du XXIIe siècle à Barcelone. Tandis que ses sculptures de Réflexions sur l’espace et la décomposition 2012-2014 sont faites d’os divers et Devorus 2019 en bronze noir.  Pour représenter le poids de restant humains après la crémation, elle installe sur une balance des objets de toutes sortes de poids comparable soit 300 grammes.

Ci-dessus à gauche, un dessin d’ingénierie de machines futuristes sorti tout droit de l’imaginaire de Abu Bakarr Mansaray – un artiste autodidacte du Sierra Leone. La Cité des sciences à Paris lui a consacré d’ailleurs une exposition cette année.  Il fabrique aussi des jouets et objets décoratifs en fil de fer imagine en plus des machines futuristes et à droite une splendide œuvre crochetée d’Isabelle D,  qui ne laisse supposer le trauma du colonialisme que tient à souligner l’artiste qui a grandit en Algérie. On peut lire sur le site de la galerie Nosco, que l’artiste s’exprime à travers des savoir-faire maitrisés à l’origine par des femmes, et que détourner un élément de son contexte naturel est pour elle un travail de mémoire et d’introspection. Et pour terminer, une autre artiste féministe qui utilise le textile et qui dans son cas, fait souvent appel aux femmes artisanes du Maroc. Ghizlane Sahli avait déjà conçue des œuvres avec de matières recyclées, en guise d’appui de son collectif Zbel Manifesto pour le développement durable. Au 1-54 cette année, nous avons pu admirer le splendide cœur tissé de fils de soie rouge et or de sa série Histoire de tripes dont une acquise par le Musée Victoria & Albert Museum et sa toute nouvelle série plus intimiste 28 X 4 composée de vingt-huit petits cadres de représentations, plus ou moins imaginaires, de vulves brodées sur papier. Olivier Rachet du magazine Diptyk raconte la genèse de cette série, à la suite d’une résidence d’artiste à la Cité des Arts de Paris et lire aussi la diapo du mois qui lui est consacrée sur le blogue Arts & Sciences.

Parmi les autres artistes marocains de cette édition, que vous pourrez certainement revoir au 1-54 de Marrakech prévu du 9 au 12 février 2023 on retrouve : Ghizlane Agzenaï, Amina Benbouchta, Hicham Benohoud, Mahi Binebine dont une exposition se tiendra à L’atelier 21 dès le 6 décembre, M’barek Bouhchichi, Safaa Erruas, Hassan Hajjaj en entrevue dans le catalogue de 1-54 p.390-397, Mohamed Hamidi, Khadija Jayi, Anuar Khalifi, Younes Khourassani, Mous Lamrabat, Omar Mahfoudi, Amina Rezki et Fatiha Zemmouri . Notez aussi que la galerie Primo Marella avait exposé une œuvre textile de l’artiste malgache Joël Andrianomerarisoa qui nous offre sa carte blanche Our land ust like a dream au Musée MACAAL à Marrakech jusqu’au 16 juillet 2023 et qu’à l’entrée de l’aile Est du Somerset house on a pu assister à la présentation de l’inspirant Bikoka Art Project par Christine Eyene qui assure la direction artistique de la Biennale de Casablanca qui débute cette semaine – Programmation complète sur https://www.biennalecasablanca.org/.

Aperçu d’une précédente édition de 1-54 à Marrakech sur ce blogue
https://lmoussakova.wordpress.com/2019/02/17/foire-1-54-de-marrakech/

Wellcome Collection

26/10/2022

Musée de la Wellcome Collection au 183 Euston road à Londres

La fameuse Wellcome library est réputée mondialement comme ayant une des plus riches collections d’ouvrages de toutes sortes dans le domaine de la santé. Pour sa part, le Wellcome Trust est une des plus grandes fondations visant à promouvoir la recherche médicale, tout en encourageant l’accès libre des publications de recherche. Tout ceci, grâce à son fondateur Sir Henry Wellcome (1853-1936) qui était à la tête de la compagnie pharmaceutique Burroughs Wellcome & Company, qui devint Glaxo Wellcome en 1995 pour se fusionner à nouveau en 2000 sous le nom de GlaxoSmithKline.

Voici le lauréats de Prix Nobel ayant travaillé dans les laboratoires Wellcome : Henry Dale (1936 –  transmission chimique de l’impulsion nerveuse) le troisième debout à partir de la gauche, John R.Vane (1982 – pour ses recherches sur les prostaglandines) ainsi que Sir James W. Black, Gertrude B. Elion et George H. Hitchings ( 1988 – principes du traitement médicamenteux) et autres contributeurs majeurs pour le développement de la pharmaceutique provenant du laboratoire de recherche Burroughs Wellcome dans cet article de RUBIN R.P. (2018) Burroughs Wellcome: The Seminal Link between Academia and the Pharmaceutical IndustryInternal Med Res Open J Vol. 3 no.4 p. 1–6.

Medecine man sera remplacée bientôt par une nouvelle exposition permanente, qui continuera toutefois à mettre en valeur les artefacts de la Collection Wellcome. Ci-dessus, des prothèses variées rappelant les améliorations d’Ambroise Paré en matière de prothèses de membres ou même de visage. Il inventa la ligature des veines et fut d’ailleurs le chirurgien attitré de quatre rois de France, en soignant tout d’abord Henri II de sa blessure mortelle en 1559. Ci-dessus un modèle en ivoire de femme enceinte et il y en a d’ailleurs un autre, d’après le célèbre tableau La leçon d’anatomie du Dr. Tulp de Rembrandt, des stéthoscopes du XIXe siècle – le monoaural similaire à celui qu’avait inventé René Laennec en 1816 et le biaural développé autour de 1850. Parmi les items en vedette que vous pouvez voir sur leur site, la brosse à dents de Napoléon en poils de cheval, une canne ayant appartenu à Charles Darwin en forme de crâne en os de baleine en guise de memento mori et une vanité en cire et en tissus comme allégorie du caractère éphémère de la vie. Des centaines de milliers d’images de leur collection sont disponibles sur wellcomecollection.org.

Le musée du Wellcome est un lieu à fréquenter aussi bien pour lire et travailler que pour participer aux nombreux évènements qui y sont organisés. Plusieurs activités se déroulent dans la magnifique salle de lecture du 2e étage où sont accrochés aussi bien des tableaux de la renaissance que des œuvres d’artistes contemporains. Ci-dessus, l’élégante robe rouge en fourrure synthétique d’Helen Storey, représentant une étape importante en embryologie, soit celle de la fermeture du tube neural qui lorsque incomplète peut causer des malformations plus ou moins graves, comme par exemple le spina bifida,maisqui heureusement peut être évité avec la prise additionnel d’acide folique ou vitamine B9. Helen Storey est une pionnière dans le monde du design, science & technologie et enseigne au Centre de la mode durable de l’UAL.  Elle termine en plus cette année, sa résidence au Haut-Commissariat des Nations Unis pour les Réfugiés avec un projet Dress for our time servant à communiquer les problématiques environnementales et sociales à travers la mode. Come Dancing est une autre robe au Wellcome qui suscite l’attention. L’artiste textile Susie Freeman et Dr. Liz Lee ont eu l’idée de fabriquer une robe à paillettes à partir de 6000 emballages de pilules contraceptives soit l’équivalent d’une consommation pendant 26 ans tout comme l’utilisation parfois d’un stérilet rajouté à la robe et provenant d’une patiente. Elles ont déjà été récipiendaire du Prix Wellcome Trust Sciart et collabore avec l’artiste numérique David Critchley. Leurs œuvres en lien avec le domaine médical et les soins, sont regroupées sur le site Pharmacopoeia.

Being Human est une autre exposition en cours au Musée Wellcome Collection qui fait le tour des avancés scientifiques, tout en nous mettant en garde des dérives possibles de celles-ci ou simplement de nos appréhensions face à l’inconnu et à notre capacité d’adaptation. Une section soulève d’ailleurs les problèmes environnementaux. L’artiste nigérien Yinka Shonibare présente un astronaute vêtu de wax, pour à la fois montrer que les scientifiques de toutes les ethnies peuvent contribuer à la découverte spatiale mais aussi que cet astronaute réfugié, est à la recherche d’une région habitable et non à la poursuite de la conquête du monde tels que les colonisateurs des siècles derniers. En entrevue, l’artiste tient aussi à faire un lien entre la croissance des cas d’asthme causant la mort et la pollution de l’air qui ne fait qu’empirer. Une étude par la revue The lancet Planetary health a publié cette année, que la pollution de l’air ambiante était responsable de la mort de 9 millions de personnes. L’OMS avait déjà conclu que le dioxyde d’azote était associé aux maladies respiratoires et a émis lui aussi des recommandations pour améliorer la qualité de l’air. Les photos d’Adam Chodzko en arrière-plan reflètent aussi cette ambiance sinistre de catastrophes environnementales. En utilisant des objets de la vie quotidienne tels que les cocottes-minutes de son exposition Un monde sous pression, l’artiste marocaine Batoul S’Himi désire montrer que les changements climatiques affectent toujours les plus vulnérables comme le démontre aussi les chiffres de l’OMS. Isaac Murdoch de la nation ojibwe mais vivant à Nimkii Aazhibikongsur un territoire anichinabés et Lawrence Paul Yuxweluptun, plasticien militant salish de la côte ouest dénoncent eux aussi respectivement la pollution de leurs rivières et la déforestation de leur territoire. Dans la revue le Franco, MP Berthiaume décrit bien la situation à Fairy Creek au sud de Vancouver où des milliers de citoyens se sont opposés à l’abattage de forêts ancestrales au profit de l’exploitation forestière. Terminons en beauté avec No human being is illegal (in all our glory) un collage de Deborah Kelly qui avait été présenté à la Biennale de Sidney en 2014. L’artiste explique en entrevue, la genèse de ce formidable projet collectif, humaniste et inclusif.

Jukebox par Kin Design commande du Wellcome pour l’exposition Being Human avec sculpture en verre de Bethan Laura Wood et Pietro Viero. Le lecteur de musique enchaine des chansons du XXI siècle sur les pandémies, maladies diverses et campagnes de santé publique. Ex. 92 Weird diseases de Magnetic Field, War on Malaria de 2face Idibia qui encourage la responsabilisation de chacun pour contrer le paludisme en subissant des tests et s’y nécessaire utiliser l’ACT soit Artemisinin-based combination therapy, des conseils contre les moustiques du genre Aedes transmetteur du virus Zika dans la chanson We nuh want zik du  Dr Michael Abrahams – médecin lui-même, Let’s talk about PrEP par KC Ortiz & Big dipper pour engendrer la communication et envisager la prophylaxie pré-exposition orale qui a été prouvé efficace comme prévention contre le SIDA, deux chansons sur l’ébola soit State of emergency de Tan Tan B et Quincy B et Ebola in town de D-12 & Kuzzy of 2kings et évidemment plusieurs sur la COVID comme par exemple Quarantine speech de Lady Leshurr ou la version anglaise de Ghen co vy par le NIOEH pour la campagne au Vietnam contre le coronavirus ainsi que Something to live for de Jimmy Somerville et On every corner d’Ani De Franco. Consultez aussi la rubrique MedPoe pour des poèmes en lien avec le domaine médical.

Et voir les 2 précédents billets pour des références
ainsi que  d’autres musées sur l’Histoire des sciences et de la médecine.

Musée de l’Hôpital St-Barts à Londres

24/10/2022
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Musée de l’Hôpital St-Bartholomew à Londres

L’Hôpital St-Bartholomew de Londres est le plus ancien du Royaume-Uni, encore sur le même site, et qui a été fonctionnel tout au long de ces 9 derniers siècles ! Fondé en 1123, L’hôpital a dû subir une reconstruction majeure au XVIIIe siècle par l’architecte James Gibb qui est relaté en détails sur le site Barts heritage. On construit alors 4 bâtiments, autour d’un carré central, avec un hall pour les grandes occasions, orné de tableaux et d’un majestueux escalier dans l’aile Nord pour lequel William Hogarth (1697-1764) a peint la gigantesques fresque du Christ à la piscine de Bethesda et Le bon samaritain avec les patients de l’hôpital servant comme modèles. Peintre et graveur, William Hogarth est connu pour ses illustrations de la satire sociale et politique mais dont la récente exposition au Tate Britain a causé une polémique – comme vous pouvez lire dans The art newspaper du 24/11/2021 ou dans Hogarth à la mode : Brexit ou wokisme ? par Jean-Loup Bourget revue Critique mars 2022 no.898 p.226-235. À surveiller également, un prochain numéro de la revue Écrans qui tournera autour de l’influence de Hogarth dans le cinéma.

L’Hôpital St-Bartholomew est également familier aux lecteurs de Sir Conan Doyle, car c’est le lieu de rencontre du Dr. Watson et de Sherlock Holmes dans le premier chapitre de Study in Scarlet ou Une étude rouge 1887. L’auteur été lui-même médecin, et s’était inspiré de son professeur à Édimbourg Dr. Joseph Bell qui lui a inculqué l’art de la déduction en observant subtilement le patient. De surcroit, la série Sherlock avec Benedict Cumberbatch et Martin Freeman fut aussi tourné à l’hôpital St-Barts.

Parmi les médecins célèbres de l’Hôpital St-Bartholomew, on compte notamment William Harvey (1578-1657) qui suivit pendant cinq ans des cours d’anatomie & de physiologie à l’Université de Padoue avant de revenir en Angleterre. Il publia en 1628 son fameux traité sur la circulation sanguine appuyé de preuves expérimentales  irréfutables, comme le raconte cet article d’Histoire et civilisations 2/2022 avec à la une un tableau d’Ernest Board dépictant une démonstration de William Harvey au roi Charles 1er. Si on remonte un siècle en arrière, le chirurgien Thomas Vicary été attitré médecin de la cour royale jusqu’à la Reine Élizabeth I. On le voit ci-dessus, dans ce tableau de Holbein le jeune qui se trouve au Barber-Surgeons’s Hall à Londres, recevoir d’Henri VIII la charte de 1540 unifiant les barbiers et chirurgiens. Remarquons aussi que Mal de Pott, maladie de Paget et la triade de Hutchinson portent tous le nom de médecins ayant travaillé à St-Barts. Le premier, Percival Pott qui pendant sa convalescence pour une fracture subit lors d’une chute à cheval, publia plusieurs traités sur les fractures et dislocations, James Paget fut quant à lui un des chirurgiens attitrés à la Reine Victoria et enfin son élève, Jonathan Hutchinson qui contribua durant sa carrière aux diagnostiques de nombreuses maladies et plusieurs éponymes lui sont attribués. Soulignons également, que l’Hôpital Saint-Bartholomew a reçu la première femme médecin aux É-U et Royaume-Uni Elizabeth Blackwell (1821-1910) qui avait préalablement fait ses études à New York et Ethel Bedford Fenwick (1857-1947) considéré la mère des infirmières des temps modernes pour avoir mis sur pied une école reconnue mondialement en soins infirmiers et fondatrice du Conseil International des Infirmières. Elle est une figure marquante de l’histoire des soins infirmiers britanniques avec Florence Nightingale, Mary Seacole d’origine jamaïcaine et Edith Cavell pour qui Stefan Zweig disait, que son exécution fut plus fatal à l’Allemagne qu’une bataille perdue. Ci-dessous les statues de ces 3 grandes dames à Londres – Nightingale à la place Waterloo, Seacole au parc de l’Hôpital St-Thomas et Cavell à la place St-Martin.

Musée de la pathologie de l’Hôpital St-Barts

En face du musée de l’Hôpital St-Bartholomew, se trouve un trésor caché de plus de 5 000 spécimens réparti sur trois mezzanines. Sur le site du musée, vous pouvez en voir quelques-uns, dont un foie supposément déformé par l’usage du corset et une distorsion de pieds causés par le bandage des pieds pratiqués en Chine pendant des siècles. Un article sur TV5Monde décrit cette mutilation portant le nom de petits lotus dorés,  mais loin d’être aussi poétique. Il y a quelques années Amanda Sutton dirigeait des ateliers de taxidermie au musée de pathologie de St-Bartholomew, qui n’est dorénavant ouvert que sur rendez-vous.

Cahiers d’activités pour enfants disponibles en ligne pour le musée de l’Hôpital St-Bartholomew

Infos sur Vital Arts – programme qui a pour but d’offrir aux patients un meilleur environnement.

 

Voir aussi le précédent billet sur le musée de la Royal Pharmaceutical Society
Et le site des Musées de la santé et de la médecine à Londres sur http://medicalmuseums.org/

Ainsi que ceux dans la rubrique histoire des sciences du blogue Arts & Sciences tels que
le musée de la pharmacie à Lisbonne, le Musée d’histoire de la médecine à Berlin et le cabinet des curiosités d’Olbricht, le Musée de pathologie & d’anatomie à Vienne, celui sur la contraception et le Josephinum sur l’histoire de la médecine, l’amphithéâtre anatomique de Padoue, les modèles anatomiques de cires au Musée du Palazzo Poggi à Bologne, l’exposition sur l’Histoire de la médecine à Valence,  celle de Guerre et médecine à Ottawa, la collection d’art de l’Hôpital Sainte-Anne à Paris, etc.

Royal Pharmaceutical Society Museum

20/10/2022
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Musée de la Royal Pharmaceutical Society à Londres
Au 66 East Smithfield près de St Katharine Docks et du Dickens inn pub

La Royal Pharmaceutical Society a fêté l’année dernière son 180e anniversaire. De réputation mondiale, elle a été créée au XIXe siècle par des chimistes et pharmaciens pour se distinguer des apothicaires s’ayant eux même dissociés des épiciers en créant leur propre association en 1617. L’Honorable société d’apothicaires faisait preuve de rigueur et exigeait sept années d’expériences pour pouvoir pratiquer; elle avait d’ailleurs même acquis en 1704, le droit de prescrire des médicaments et d’exercer la médecine jusqu’à la création du General Medical Council en 1858. C’est donc en 1841, que Jacob Bell rassemble une centaine de signatures pour fonder la Royal Pharmaceutical Society, nommant alors comme premier président de la société, William Allen – chimiste et abolitionniste dont le portrait par le célèbre Henry Perronet Briggs  (cousin de Jacob Bell) se trouve dans les bureaux de la société, ouverts au public près de St Katharine Docks. On peut aussi y voir le portrait de Jacob Bell, effectué quelques jours à peine avant sa mort par Sir Edwin Henry Landseer connu pour sa peinture animalière et ses lions de Trafalgar. La société commença à publier le Pharmaceutical journal et avec ses membres, ils établirent rapidement les bases pour la formation et diplomation de la première école de pharmacie qui a ouvert ses portes l’année suivante et qui fait encore partie de l’Université de Londres.

Claire Anderson est l’actuelle présidente de la Royal Pharmaceutical Society qui compte aujourd’hui 46 000 membres avec plus de 60% de femmes enregistrées au Conseil général de la pharmaceutique dont Margaret Buchanan fut la première membre du conseil de la gente féminine en 1918, suivit ensuite par Alice Freke en 1927. Néanmoins, ce n’est presque quarante ans après sa fondation, que la Royal Pharmaceutical Society accueilli en 1879 ses deux premières membres soit Isabella Clarke-Keer et Rose Coombs Minshull, mais ce n’est qu’en 1947 qu’une femme est élue présidente avec Jean Kennedy Irvine, à droite ci-dessus dans un portrait par Norman Hepple qui immortalisa plusieurs membres de la famille royale. Agnes Borrowman est quant à elle, la première femme à faire partie du comité d’évaluation et devint propriétaire du Deane and Co. Chemists ltd qui fut à l’origine acheté par Margaret Buchanan. 2e photo à gauche Ada Francis Richardson, une des premières elle aussi, à être propriétaire en 1906 d’une pharmacie. À gauche complétement, Alice Vickery (1844-1929) première femme à se qualifier comme chimiste & pharmacienne par la société et qui devint médecin et militante des Droits de la femme. Notez que le site web de la Royal Pharmaceutical Society comprend une rubrique étoffée sur l’équité salariale, l’inclusion et la diversité.

Le Musée de la Royal Pharmaceutical Society expose aux visiteurs, un échantillon de produits montrant l’évolution de la pharmacologie incluant plusieurs, qui ne pourraient plus se retrouver sur les tablettes de nos jours – comme par exemples les pastilles pour la gorge de la cie Allenburys contenant de la cocaïne et de la morphine, les savons à base d’arsenic, etc. Certains croyaient que mélangé au tabac l’arsenic pourraient guérir l’asthme ou que mélanger à du poivre noir servirait d’antidote contre le venin de serpent – réf. A product of its time sur le blogue de Chris Root. De plus, un article du Science Museum Group dévoile l’utilisation de la céruse ou blanc de plomb par Elizabeth I pour l’obtention de son teint ultra blanc, populaire à l’époque – lire aussi Histoire d’un poison légal par Judith Rainhorn au Presses de Sciences 2019. Dans le cas de l’arsenic une loi empêchant son interdiction avait été voté en 1851 et maintenue jusqu’en 1933. Il demeure un des dix produits majeurs néfastes à la santé publique selon l’OMS dont la principale source de contamination se fait via la contamination des eaux souterraines. La collection du Musée de la Royal Pharmaceutical Society comprend également plusieurs étagères de faïences, des mortiers du XVIe siècle, d plusieurs étagères de faïences du XVIIe et XVIIIe siècles, l’herbier Hortus Siccus de John Bateman datant de 1718, des spécimens de la Collection Materia Medica de l’apothicaire John Burges (1745-1807) et plusieurs caricatures mettant en garde contre le charlatanisme avec une entre autre un avertissement sur les fausses pilules contre le scorbut par Henry William Bunbury (1750-1811) et The Quack Doctor par Thomas Rowlandson (1756-1827) avec des bouteilles de cantharidine, arsenic, opium, sel de nitre et vitriol.

Quel lien y a-t-il entre chacune de ces images et la pharmacologie ?
Réponses à la rubrique Pharmacie – la mère des inventions sur le site de la RPS

Et autres billets à venir sur l’art et l’histoire de la médecine.

Faune & Flore dans l’art textile aborigène

19/09/2022

Jarracharra – Vents de la saison sèche  jusqu’au 1er octobre
Premières nations de l’Australie de la Bábbara Women’s Centre à la galerie Abla Ababou de Rabat

La galerie Abla Ababou de Rabat et l’ambassade de l’Australie au Maroc, vous invitent à découvrir des œuvres textiles du peuple des Premières Nations du nord de l’Australie. Au Maroc, la maîtrise des arts du textile par le peuple amazigh remonte à des millénaires et pour en savoir plus lire le document sur mda.gov.ma et celui sur amadalamazigh.press.ma qui décrit le nœud berbère en tissage ainsi que les symboles de l’art rupestre transposés sur les tapis. De cette exposition, naîtra aussi une collaboration entre l’artiste Elizabeth Wullunmingu et la styliste marocaine Yasmina Dadi pour la création d’un caftan à partir d’un textile aborigène avec le motif du crabe de mangrove, porté élégamment, lors du vernissage, par Safae Bouchkhachekh – attachée culturelle de l’ambassade. Le Scylla serrata, également appelé crabe de palétuviers, est très abondant dans la région de Maningrida au Nord de l’Australie d’où sont originaires les 17 artistes invités, membres du Bábbarra Women’s Centre. Ce centre fondé en 1987, représente des femmes issues de diverses communautés aborigènes parlant au total douze langues dont voici la répartition géographique sur ce territoire qui signifie en langue Njebbana L’endroit où les rêves changent.

babbarra.com

L’exposition Jarracharra, déjà présentée à Paris, Dubaï, Berlin et Madrid, fait référence aux vents de la saison sèche qui s’étalent de mai à septembre, période dans laquelle, soit dit en passant, le risque d’incendie a décuplé ces dernières années. Notez qu’il y a une semaine, le pays a adopté son projet de loi dans le cadre de son objectif de zéro émission nette d’ici 2050. Le terme a toutefois été choisi, comme métaphore pour un vent qui unit les Premières Nations et la centaine de clans, de cette partie de la Terre d’Arnhem, à travers les arts & rituels rendant hommage à la nature et à leurs ancêtres. Lire aussi « Australie en terre Darnhem avec ces aborigènes qui font vivre leurs traditions depuis 60 000 ans » sur geo.fr.

Vous trouverez sur le site du Bábbarra Women’s Centre la biographie de tous les artistes et descriptions des motifs soit en mémoire de leurs traditions ancestrales, récits mythologiques ou de la nature qui les entourent. Pour préserver leur héritage linguistique, le titre des œuvres est donné à la fois en anglais et en ndjébbana, la langue parlée du clan Kunibidji qui habite autour du centre. Bábbarra est à la fois le nom du billabong, c’est-à-dire cours d’eau typique de l’Australie qui ne s’assèche jamais, et celui d’une des deux sirènes aux cheveux blancs qui ont le pouvoir de permettre aux gens d’enfanter par le simple fait de boire l’eau du billabong. Ce lieu qui regorge d’une faune diverse et d’une flore luxuriante est un lieu sacré.

Quelques oeuvres textiles de l’exposition Jarracharra par les artistes aborigènes – Deborah Wurrkidj, Jennifer Wurrkidj, Belinda Kuriniya, Janet Marawarr et Dora Diaguma

Première rangée ci-dessus, représentations de quelques espèces végétales de la région avec de gauche à droite : manwak ou fleurs de mumeka provenant d’un arbuste de la famille des Melastomataceae dont le fruit au centre ressemble à une fraise mais avec la particularité d’être astringent / Mankurndalh ou Vitex glabrata communément appelée prune noire ou prune de brousse / prunes noires, oignons de brousse non comestibles et les nénuphars ou Nelumbo nucifera ayant une grosse racine ronde sous terre avec nématodes et coléoptères aux alentours afin de représenter de façon imaginaire ce que l’on trouve sous terre lorsque l’on cherche à se nourrir / Manyawok ou cheeky yam connu sous le nom scientifique de Dioscorea bulbifera qui peut être mortel s’il n’est pas préparé au préalable selon une technique qui prend 2 jours de préparatifs, décrite sur le site de pad.katalyst.com.au.

Deuxième rangée : Filets à poissons appelés mandjabu, tissés selon une méthode ancestrale à partir de la vigne Trophis scandens, appelée aussi burny vine / Sacs traditionnels australiens pouvant être fabriqués à partir de la vigne ou de Pandanus spiralis, un buisson aux feuilles épineuses arrangées en forme de spirale / Kunkurra le vent spiral faisant allusion à la fois aux cyclones qui sévissent la terre d’Arnhem et à un lieu sacré près de la ville de Mankalord, sur lequel se trouve une pierre qui se serait transformée à partir du gras de goanna laissé par un père et son fils après avoir mangé ce lézard du genre des Varanus sp. de la famille du célèbre dragon de Komodo / La Canaroie semipalmée  ou Anseranas semipalmata du Nord de l’Australie qui peut mesurer 90 cm, au cou allongé et pattes faiblement palmées. Pour découvrir la faune & la flore de la terre d’Arnhem – ce trésor du Nord de l’Australie qui appartient aux aborigènes, visitez australia-australia.com et le site du Parc National de Kakadu adjacent à ce territoire. Voir aussi le Centre d’Art Injalak, Maningrida Arts & Culture et Bábarra Women’s Centre et pour terminer voici une vidéo sur l’histoire de ce centre incluant les artistes Deborah Wurrkidj, Sonia Namarnyilk, Janet Marawarr, etc. et Helen Williams fondatrice du Bábarra women’s centre.

Autres expositions en cours à Rabat

Au Musée Mohammed VI
Une archéologie des images –
le billet de banque marocain au prisme de l’histoire de l’art jusqu’au 30 octobre
Exposition du photographe Touhami Ennadre – Quasida noire jusqu’au 30 janvier 2023
Et au rez de chaussée, la nouvelle scénographie des peintres marocains de la collection nationale.

Galerie de la Fondation Mohammed VI sur l’avenue Allal El Fassi
Les cordes invisibles de Mohammed Cherkaoui Sellami jusqu’au 30 septembre

Espace Rivages de la Fondation Hassan II pour les marocains résidant à l’étranger
Mon interprétation de Salma Ezzammoury jusqu’au 15 octobre

Villa des arts de Rabat au 10 rue Beni Mellal
Chronique du design – de l’expérimentation artisanale au produit fini jusqu’au 29 septembre
Avec des créations d’Amina Agueznay, Younes Duret et Sammy Bernoussi
Mon rêve de Nassim Gryech jusqu’au 30 novembre

Musée national de la photographie du Fort Rottembourg
Femmes photographes – 23 femmes photographes en prolongation

 

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